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Sur le blog de Jean Claude Bologne
Serge Safran, Le voyage du poète à Paris, Léo Scheer, 2011.


Qu’auraient été les Illusions perdues si Lucien de Rubempré n’avait eu aucune illusion à perdre ? Telle est la question qui m’a suivi tout le long de ce roman évoquant l’arrivée dans la capitale, en 1980, d’un poète de trente ans venu d’Ariège. D’emblée, il est précisé que ce voyage n’est qu’un prétexte. Philippe porte à la boutonnière « son malheur de vivre et sa dépendance, sa haine de soi et sa déchéance ». Et surtout, sa culpabilité d’avoir quitté Sandra, l’adolescente avec laquelle il a partagé sa vie, un amour dévorant et une passion sexuelle sans tabou. Tiraillé entre ses ambitions et ses amours, entre les réalités de la vie et les souvenirs du passé, il sombre dans une semi-dépression qui le mène au bord du suicide, entre les velléités de retour et les maigres promesses qu’il décroche à Paris. Son « corps étranger à lui-même, perdu dans la matière brumeuse de ses investigations » marque par des rhumes spectaculaires son refus de passer un hiver à Paris. Sa personnalité, qui n’a pas « la consistance mate de l’adulte », glisse dans la vie « comme une sirène pâle éperdue de sombres désirs ». Paris n’est pour lui qu’un appartement vide et un profond ennui — « il se demandait s’il méritait un tel ennui », note-t-il en se disant qu’au moins, dans l’Ariège, « il aurait pu faire l’amour à Sandra »… Pour meubler le temps, il y a l’écrit : les lectures, l’écriture, et les lettres de Sandra. Tout cela donne un peu de matière au récit.

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Mais que représente encore Sandra, au delà du désir physique parfois très cru ? Un souvenir précieux, mais qui s’efface ? « Sandra était une trace, une survivance d’humanité en lui qui s’étirait jusqu’au silence, jusqu’au drame du souvenir, de l’absence, de la jalousie. » L’espoir de renouer avec un passé que l’on regrette et que l’on rejette ? « Bien sûr rien de définitif, d’absolu, n’existait. Il n’y avait qu’à chier au lieu d’écrire, bien sûr. »
La force de ce court récit est de ne pas savoir, de ne pas vouloir savoir, d’hésiter constamment sur les décisions à prendre, comme sur le ton à adopter, entre lyrisme et crudité, pour parler de cette passion qui résiste à la séparation. Nous sommes loin d’une démonstration balzacienne, mais au creux d’une âme ballottée entre espoir et regret, peur et appétit de vivre. Et cela sonne juste. Parce que son angoisse, en fin de compte, coïncide avec celle de toute une génération qui, à la fin des années 70, se demande si elle va garder la liberté décomplexée de son adolescence. Mais aussi parce que la distanciation, parfois, est le meilleur garant de la sincérité. Le protagoniste, Philippe Darcueil, caresse en 1980 le projet d’écrire sa vie au passé, à la troisième personne. Peut-être y arrivera-t-il en 2011 ? L’expérience serait curieuse…

 

Jean Claude Bologne (2011)

 
Article de Jérôme Leroy sur Causeur.fr (25/06/2011)



 
Serge Safran aux Jeudis littéraires de Radio Aligre
  Serge Safran sera l'invité de Philippe Vannini dans son émission « Les Jeudis littéraires » sur Radio Aligre le jeudi 30 juin à 10 heures à l'occasion de la parution de son roman Le Voyage du poète à Paris (éditons Léo Scheer).
 
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