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Salon du Voyage « en Littérature » le 15 juin 2011

Pour la première fois, l'association Cocktail & Culture organise le Salon du Voyage « en littérature », parrainé par Olivier Poivre d'Arvor et Sylvain Tesson.

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Serge Safran y dédicacera Le Voyage du poète à Paris le mercredi 15 juin 2011, de 19 heures 30 à 21 heures 30, à bord de la péniche du Cercle de la Mer, Port de Suffren, Paris 7ème.

 

Pour plus d'informations: Philippe Aubier, Librairie Fontaine-Haussmann: Tél: 01 45 22 21 73

Et: Alessandra Fra et Alexandra Rossi

 

Plan d'accès

 
Le désarroi d'une génération

 

Supplément de L’Humanité

Mensuel – Juin 2011

 

Le désarroi d’une génération

Le nouveau roman de Serge Safran s’attache aux illusions de la génération qui a suivi 68.

 

Avec son Voyage du poète à Paris Serge Safran présente une histoire assez simple, bien qu’elle foisonne de détails savoureux, une histoire d’un temps très proche puisqu’il se trouve juste derrière la porte de notre mémoire. La France est encore pour quelques mois sous le règne de Giscard mais le narrateur, Philippe d’Arcueil, qui se veut poète et l’est sans aucun doute, n’en a cure. Il quitte l’Ariège, où il a résidé dans une communauté avec l’insouciance d’une vie très bohème, teintée d’esprit soixante-huitard. Tel Rubempré, il est en route pour Paris afin de s’y faire une position car il se croit promis à un bel avenir, du moins celui qu’à trente ans tout ambitieux s’autorise à espérer. Pourquoi pas ? Reste à savoir si ce genre d’opération est facile à mettre en œuvre malgré les appuis dont on peut disposer. En réalité, en Ariège Darcueil laisse avant tout Sandra, jeune lycéenne de seize ans très amoureuse, dont il a goûté les faveurs avec avidité et envers qui il ressent, non seulement un attachement physique très fort, mais un sentiment complexe de possession. Sandra est pour lui un ornement de luxe, voire de grand luxe, ce dont il se rend compte progressivement quand il est à Paris, mais elle n’a pas pour autant acquis le statut d’alter ego sans qui la vie dans sa plus grande ampleur serait impossible. Si leur aventure n’a pas tourné ainsi, c’est parce que Darcueil préfère être aimé qu’aimer, recevoir que donner. Sous des apparences d’autorité, c’est un faible inquiet et tourmenté, trouvant moins dans les autres qu’en lui-même ce qui lui permettrait de rayonner. En quittant Sandra il sait que la séparation altérera gravement leur relation et il affronte cette perspective avec une inquiétude qu’il croit pouvoir refouler par la présence d’amies et d’anciennes partenaires.

Comme bien d’autres qui ont cru que Paris est le lieu idoine pour être reconnu, Darcueil se retrouve condamné à attendre on ne sait quel miracle dans un petit appartement, taraudé par l’angoisse et la solitude. Ce ne sont pas les piges et le boulot de sondeur qu’il décroche qui sont de nature à provoquer son enthousiasme. Ses souffrances sont réelles, au point de l’amener à tâter du chantage au suicide pour forcer la main des amis qui tardent à l’aider. Quant à Sandra, lassée d’attendre, elle se trouve des compensations et ajoute la jalousie à ses problèmes. Dans ses moindres détails Le Voyage du poète à Paris montre comment Darcueil macère dans ses inquiétudes, ses fantasmes érotiques, ses calculs amoureux, ses doutes, sa mélancolie, comment il se débat dans des frustrations issues de son repliement sur soi, comment, finalement, il est victime de son égoïsme.

Avec ce court roman Serge Safran donne un portait douloureux mais beau d’une génération qui a connu les films de Godard et de Truffaut, la musique de Garland Jeffreys, d’une génération qui a cru que la vie s’ouvrait toute grande devant elle, qu’elle allait s’imposer à la société et qui finalement n’aura été qu’un jalon vers l’époque actuelle, avec ses destructions de valeurs sociales, sa frénésie d’égoïsme, son culte des gagneurs et son mépris des vies ordinaires – comme si une vie pouvait être ordinaire – son indulgence pour les puissants et la sévérité brusquement retrouvée dès l’instant qu’il est question des fautes des petites gens.

Le Voyage du poète à Paris est l’histoire d’une embellie qui a tourné en flétrissure.

François Eychart

 

Serge Safran, le Voyage du poète à Paris, Editions Léo Scheer, 160 pages, 17 euros

 
Le maître des orties par Yann Moix (05/05/11)

 
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