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Entretien avec Oncle Paul (Babelio) (25 mai 2011)

 

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Serge Safran et ses lectures

Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

Quelques vers de Verlaine, je pense, il y a très longtemps, dans l’enfance.

Quel est l`auteur qui vous a donné envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles...) ?

 

Aucun, pour l’instant.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Verlaine.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Je ne relis pas beaucoup, car c’est une expérience généralement décevante. À l’exception des Fleurs du mal ou des Fables de La Fontaine.

 

Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Don Quichotte, mais j’espère réparer cet outrage dès que possible.

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Cette année, je citerais L’honneur manque de bras, de Marc Vaillancourt, aux éditions Obsidiane.

Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Il y en a tant !

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Carpe diem ?

Et en ce moment que lisez-vous ?

 

Beaucoup de choses, comme d’habitude, mais j’ai toujours un livre de chevet. Après la Correspondance complète de Céline, j’ai attaqué Dassoucy & les garçons, de Jean-Luc Hennig.

Entretien entre Serge Safran et OnclePaul, membre de Babelio :

En lisant L`amour gourmand : libertinage gastronomique au XVIIIe siècle, paru aux éditions La Musardine, je me suis dit que pour écrire un tel ouvrage il fallait être curieux, chercheur, pugnace, persévérant, hédoniste et épicurien. Etes-vous tout cela à la fois ?

 

Cela est fort probable. Et j’ai sûrement d’autres défauts.

L`amour gourmand explore les plaisirs de la vie. Mais pour écrire un tel ouvrage qui ne se conçoit pas comme un roman, il vous a fallu lire les œuvres, les éplucher, relever les passages intéressants. À combien de temps estimez-vous le travail passé à lire, compulser et rédiger L’amour gourmand ?

 

Dès qu’on aborde la notion de temps, je suis perdu. Je ne le comptabilise pas. C’est lui qui m’emporte, avec le sentiment d’une accélération qui souvent frôle le vertige. J’ai lu des auteurs libertins pendant plusieurs années pour le plaisir et pour de nombreux projets d’édition ou de réédition dont on peut trouver le résultat au catalogue des éditions Zulma. J’ai bien sûr intensifié ces lectures, et me suis livré au travail que vous évoquez au cours d’une année de congé pour formation professionnelle de l’Éducation nationale, en parallèle avec mes activités éditoriales et journalistiques. On pourrait parler de deux ans environ pour la rédaction de ce livre, ce qui ne signifie pas grand-chose à mes yeux.

Les livres dont vous empruntez les citations, les passages, les extraits sont-ils soigneusement et amoureusement rangés dans votre bibliothèque ou avez-vous joué au rat de cave ?

 

Je ne suis pas un bibliophile maniaque, même si je possède quelques trésors que je conserve jalousement. J’ai plusieurs étagères en effet où ces livres sont regroupés. J’ai dû en perdre ou en donner. J’ai passé du temps aussi en bibliothèque, mais pas trop, préférant posséder les livres pour les raturer au crayon.

Vous montrez qu`au XVIIIème siècle, celui des Lumières, gastronomie et érotisme sont étroitement liés. N`est-ce plus le cas aujourd`hui ?

 

Si, bien sûr, enfin je suppose, il faudrait étudier de près la question car si ces deux caractéristiques ont été souvent liées, cette liaison « dangereuse » dépend de la société dans laquelle elle évolue. De la classe sociale, de la culture qu’on a et qu’on peut partager. Et il ne faut pas oublier la dimension littéraire à laquelle je m’attache et dont j’ai essayé d’explorer les significations, la symbolique. Ce qui m’a frappé, en l’occurrence, c’est l’expression de son apogée dans le genre romanesque, alors genre mineur, en cette période si particulière de la fin de ce qu’on appelle communément l’Ancien régime.

Cette association littéraire est-elle typiquement française ou bien la retrouve-t-on dans les littératures d`autres pays ?

 

Non, je ne crois pas, mais pour répondre à cette question, il faudrait des connaissances en littérature étrangère, particulièrement en ce domaine, que je n’ai pas. Ou pas suffisamment. J’aimerais bien en tout cas qu’on me le démontre, le cas échéant.

Il existe beaucoup de textes pornographiques ou flirtant avec le genre tout au long du XVIIIème siècle. Quelles étaient les limites que leurs auteurs ne franchissaient pas ?

 

Il faudrait de prime abord définir ces limites. Et si l’on prend en considération l’œuvre de Sade, je ne pense pas qu’on puisse trouver un autre écrivain qui soit allé aussi loin que lui dans la transgression de toutes les limites possibles ou imaginables.

De tous les auteurs de l`époque que vous citez dans votre ouvrage, quel est celui qui a votre préférence ?

 

Casanova, sans aucune hésitation.

D’où vous est venue cette idée (question que j’aurais dû peut-être poser en priorité) ?

 

S’il s’agit de l’idée d’un lien exceptionnel entre nourriture et érotisme, elle est née de la fréquentation des textes libertins, et de la comparaison implicite avec les textes plus « classiques » de la même époque, et des siècles proches, du moins dans la représentation qu’on en a, qui est souvent en partie fausse puisque dépendant d’une culture par laquelle on est toujours plus ou moins influencé.

Parallèlement vous êtes éditeur, je crois même que c’est votre fonction essentielle. Comment concilier la lecture d’ouvrages que vous éditez et partager votre temps dans la rédaction de vos propres ouvrages ?

 

Mon activité essentielle, à vrai dire, est l’écriture, liée bien entendu à la lecture. Il n’y a de conciliation entre mes différentes activités que par la lutte menée contre les impératifs de tous ordres que nous impose la vie.

Vous venez de fonder une nouvelle maison d’édition qui portera votre nom. Vous êtes seul dans cette entreprise ?

 

Il ne s’agit pas d’une maison d’édition, mais d’un label, faisant partie intégrante des éditions Zulma que j’ai cofondées et dont je suis directeur littéraire. Je suis seul à m’occuper du label, dans toute sa chaîne éditoriale, mais en bénéficiant en partie de la logistique de Zulma, notamment en ce qui concerne les droits étrangers.

Quel sera le nombre d’ouvrages publiés annuellement et quelles en seront les tendances littéraires ?

 

Au départ, il s’agit de publier deux à trois titres par an, de littérature française contemporaine, avec une priorité accordée à de nouveaux, et si possible, jeunes auteurs. Sans a priori particulier si ce n’est celui du plaisir de la découverte.

À propos de cette nouvelle maison d’édition, je me sens un peu obligé de revenir sur cette triste affaire de la société Safran qui vous a interdit d’utiliser le nom initial que vous aviez déposé. Comment un tribunal peut-il donner raison à ce genre de plainte sachant que d’abord c’est votre nom et qu’ensuite la maison d’édition et la société Safran ne proposent pas les mêmes services ?

 

Oh, cela est plus ridicule que triste. Et n’a pas grand intérêt si ce n’est de mettre en relief les aberrations de la folie sociale dans la quelle on vit. Et dans ce genre de situation le bon sens n’est pas la chose la mieux partagée. Il serait trop long d’entrer dans les détails de cette affaire, qui n’a pas eu besoin d’aller en justice, heureusement, pour être réglée. Elle n’a fait qu’ajouter des problèmes à la création du label dont je me serais volontiers passé.

Quels sont vos projets d’écriture ?

 

J’en ai un qui est primordial : l’écriture et, éventuellement, la publication de mon Journal, dont une partie a déjà été publiée en volume (L’année Alison) ou par fragments dans La Revue littéraire. J’en ai d’autres également mais je viens de publier un deuxième roman, Le Voyage du poète à Paris, aux éditions Léo Scheer, qui devrait permettre à ceux qui auraient envie de me lire, sans parler des livres déjà parus, de patienter en attendant de futures publications.


Découvrez "L`amour gourmand : libertinage gastronomique au XVIIIe siècle" de Serge Safran !
L`amour gourmand : libertinage gastronomique au XVIIIe siècle par Serge Safran

A propos d`OnclePaul :

 

Classé 6ème graphomane de Babelio, Paul Maugendre, par ailleurs membre de notre jury polar, est l`auteur de Mystère Jazz un blog passionnant sur la littérature et le jazz ! Vous pouvez retrouver toutes ses critiques sur son profil !

 
Le poing et la plume de William Irigoyen (21/05/11)

Le poing et la plume


Le présentateur d'Arte Journal - 19 h - parle de livres et de musique en essayant d'être "péremptoire dans l'admiration et modeste dans le dénigrement" (Jean-Philippe Toussaint)

 

 

 

Je parlais ici-même de Jean-Bertrand Pontalis dont le dernier livre Un jour, le crime, édité chez Gallimard, est sorti il y a déjà quelques semaines. Voici un autre éditeur-écrivain, Serge Safran qui, tout en travaillant pour les éditions Zulma (noble maison dans le catalogue de laquelle on trouve Jean-Marie Blas de Roblès, Boubacar Boris Diop, David Toscana, Hwang Sok-Yong pour ne citer que ceux dont je me suis déjà fait l'écho) développe une collection en son nom propre (ici) et vient  de publier un roman qui figure déjà sur la première liste du Prix Renaudot 2011.

 

L'histoire se résume en quelques phrases : Philippe, poète trentenaire, monte à Paris, ville de toutes les promesses, surtout celles d'une nouvelle existence possible. Les années soixante-dix s'achèvent. Les communautés se disloquent. Le collectif n'est plus à la mode, annonçant l'arrivée de l'individualisme des années quatre-vingt.

 

Il fallait qu'il sorte de cette torpeur douce et impitoyable qu'avait développée chez lui l'inactivité sociale, dans une communauté rurale au fin fond de l'Ariège. Vivre hors des conventions l'avait préservé, croyait-il, des compromis factices et artificiels de ses contemporains. Il débloquait un peu, comme on disait parfois de lui.

 

Petit « détail » : Philippe a laissé derrière lui Sandra, une adolescente avec laquelle il vivait jusqu'alors une passion amoureuse. Le roman montre les derniers feux d'une relation désormais à distance et la façon dont chacun des deux protagonistes va traverser cette période. Sandra apparaît d'abord comme une « enfant » totalement déboussolée par l'absence de l'homme aimé qu'elle apparente sans vraiment le dire expressément à un mentor.  Philippe ne vit pas aussi facilement cette séparation, contrairement à ce qu'il laisse penser dans un premier temps.

 

Je t'embrasse en songe et t'oublie pour mieux être éveillé par ton sourire.

 

C'est pourtant lui qui est à l'origine de ce choix, prélude à un destin plus ambitieux.

 

De plus en plus, ce séjour solitaire lui semblait avec évidence l'antichambre d'une renaissance.

 

Il ne faudrait pas lire la phrase précédente comme un des ces nombreux personnages sûrs d'eux, prêts à tout pour y arriver que l'on trouve en abondance dans la littérature française (Paris, me voilà !). Non, Philippe est modeste dans ses ambitions. Comme s’il incarnait les changements de société en cours. La confrontation avec une fille bien plus jeune que lui est intéressante dans ce qu'elle révèle du rapport à la réalité, au rêve. Sandra est encore une enfant que la rupture qui s’annonce fait grandir. Philippe prend conscience qu’il est difficile de garder sa part d’enfance dans cette nouvelle vie.

 

Il n'avait pour tout bagage que cette ferveur enfouie dans les douces pluies du Myosore. Ou de l'enfance, toujours souterraine...

 

Je trouve qu'une furieuse mélancolie se dégage de ce roman que l'on peut lire comme un portrait, en creux, d'une époque de rupture. Ce sont en effet les mêmes individus qui avaient cru à une aventure possible, à la marge (Jean-Luc Godard a dit un jour qu'elles étaient nécessaires parce que, dans un livre, elles font tenir les pages) qui vont faire le choix du « réalisme ».

 

Vous penserez peut-être que tout cela a déjà été dit, que la jeunesse est un sujet romanesque maintes fois abordé. Certes, mais je trouve ce livre frappe parce qu'il pose comme thème central, à mon avis, la question de l'innocence. Que signifie donc ce mot aujourd'hui, dans une société comme la nôtre où tout est pensé en termes de responsabilité ?

 

Il me semble d'ailleurs que la durée de cette innocence est bien plus courte aujourd’hui qu'elle n'était dans les années soixante-dix justement, comme si les enfants étaient maintenant dépossédés de leur légitime quête d'apprentissage par eux-mêmes.

 

Les rêves innocents de Philippe vont eux aussi se heurter à la réalité. Monté à Paris comme poète, le voici sondeur, pigiste pour un magazine d'art contemporain et d'autres publications. Lui qui rêvait d'écrire ...

 

des bribes de mots, moins que des bruits (quelle magnifique phrase)

 

en est réduit à faire davantage que simplement pisser de la copie :

 

Il n'y avait qu'à chier au lieu d'écrire.

 

J'espère que vous vous laisserez bercer par ce texte d'une grande finesse dans lequel il ne saurait y avoir de vainqueur. Seulement des vaincus. Philippe est vaincu par l'idée qu'il faut quitter les siens pour entrer dans « le vrai monde ». Sandra est vaincue par l'idée que la passion n'est finalement qu'une chimère. Tous deux sont vaincus par le temps qui passe et la fin des illusions.

 

En ce sens, ce roman pourrait être une belle illustration des mots d'Antoine de Saint-Exupéry :

 

Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve.

 

Rédigé par William | Mai 2011

Le 21/05/2011 à 16:37

 

 
Un léger goût de Safran (Ces mots-là, c'est Mollat)

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Un léger goût de Safran

17mai

nouvelles-venitiennes.jpgsege-safran.gifL’éditeur nous pardonnera ce vague jeu de mots épicé qu’il doit subir depuis sa naissance (au milieu du siècle dernier) mais qui a au moins le mérite de témoigner qu’un nom comme Safran a vite fait de se retenir. Et l’éditeur en l’occurrence est un débutant puisque viennent de naître en ce torride mois de mai les éditions Serge Safran. Quoique l’éditeur en fait est tout sauf un débutant puisque cela fait bien trente ans qu’il pratique ce milieu, en faux dilettante, d’abord au Castor Astral, maison bordelaise comme lui, puis chez Zulma qu’il fonde avec Laure Leroy en 1991 et dont on connaît la splendide réussite. On le sait aussi écrivain comme le prouve joliment son dernier livre paru chez Léo Scheer, Le voyage du poète à Paris, déjà sur la première liste du Renaudot. Bref l’homme a de la ressource et comme il lui restait sans doute un peu de temps il a choisi de lancer sa marque, sans faussse pudeur avec son nom dessus. Son ambition est raisonnable et nous laisse penser que ce n’est pas la fortune que recherche ce directeur littéraire aux choix très respectés parmi ses pairs. Trois livres par an viendront enrichir ce mince catalogue qui se souciera d’exigence. L’éditeur annonce qu’il s’agit d’ ”un choix personnel guidé par l’originalité du sujet, la force d’émotivité et le dérangement des codes établis, qu’ils soient moraux, littéraires ou esthétiques. L’idée est avant tout d’offrir de réelles découvertes. Donc de privilégier, sans que cela soit une contrainte, ni une limite, de nouveaux ou jeunes auteurs, en tout cas des écrivains méritant d’être soutenus et encouragés avec passion”. Sans revendiquer la “rupture” (rompre actuellement relèverait de l’exploit tant on a l’impression que l’incorrect est devenu une sorte de norme), il croit en l’universalité, en ce qui peut naître de visions opposées du monde. En guise d’opus 1, c’est Dominique Paravel qui a la mission d’essuyer les plâtres, et quelle ville mieux que Venise pour cette ouverture, cité de la splendeur et de la ruine. Nouvelles vénitiennes ne trahit pas les débuts de son auteur née en 1955 et vénitienne d’adoption depuis près de trente ans car le style en est élégant, maîtrisé, à la fois classique et sans affèterie. Livre amoureux sur cette cité qui compte des milions de soupirants, livre voyageur qui s’inscrit dans le temps pour y puiser des histoires, ce recueil est multiple et cohérent, suite de sept aventures de personnages qui vivent leur relation avec la Sérénissime comme une histoire d’amour et de défi. On serait tenté de raconter à notre tour les mystères évoqués et les personnages qui semblent tous avoir existé (et si ce n’est pas le cas, c”est crédible…) mais ce ne serait pas rendre service à ce nouveau né qui aura besoin de tous les enthousiasmes, et pourra en tout cas compter sur le nôtre. Longue vie donc à Serge Safran Editeur.

 
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