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Article d'Alexis Brocas dans Le Magazine littéraire (mai 2011)

Nouvelle collection : Safran sur tous les fronts, article d'Alexis Brocas dans « La vie des lettres » du Magazine littéraire n° 508 (Mai 2011)

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Serge Safran, le bouillant cofondateur des éditions Zulma, fait feu de tout bois. Il fête d’abord les vingt ans de sa maison, notamment en republiant, en édition de luxe, les ouvrages qui ont marqué son histoire. Vient aussi de paraître son nouveau roman, Le Voyage du poète à Paris (éd. Léo Scheer), qui conte les tribulations de Philippe, 29 ans, poète, venu d’Ariège, sa passion pour Duras dont le style évoque « le crissement d’un saphir sur le tissu », et reproduit les lettres d’une jeune Sarah, son amante de 16 ans... Enfin, il lance, au sein de Zulma, un nouveau label, indépendant de la structure originelle, comme l’est L’Arpenteur aux éditions Gallimard. Ce label aurait dû s’appeler « Safran et Cie », mais, après une mise en demeure envoyée par le groupe industriel Safran, le fondateur de Zulma a dû revoir ses plans. Il s’appellera donc « Serge Safran éditeur » : « Nous publierons de jeunes ou de nouveaux auteurs. Nous commencerons modestement, par deux ou trois titres par an. Je m’en occuperai de A à Z, et le label sera entièrement détaché de la direction littéraire de Zulma. Il s’en distinguera également par une couverture blanche, et un papier différent. » Premier texte à paraître sous ces nouveaux atours : le recueil Nouvelles vénitiennes de Dominique Paravel, qui évoque, en autant de nouvelles, sept personnages emblématiques (dont Le Verrocchio et Lorenzo Lotto) dans leur rapport à la cité. Sortie prévue le 4 mai.

 
Article de Guy Darol dans Le magazine des Livres n°30 Mai 2011

AVENTURE À RISQUE

 

À la différence d’un Rastignac défiant Paris, Philippe Darcueil vient à la capitale sans autre ambition que celle de vouloir changer le sens de sa vie. Il n’a pas la vocation d’un départ qui serait la promesse d’une mue radicale. En quittant l’Ariège, il emmène avec lui son désir d’épreuve, l’espérance de se mieux connaître mais aussi l’obsession de Sandra, son amour âgé de 16 ans. Philippe Darcueil a entamé sa troisième décennie et c’est déjà le temps du retour sur soi et de la mise à nu. Dans Paris, la solitude est une brûlure que rien n’atténue. Pas même le rapprochement des visages qui portent des noms sacrés, ceux de la poésie qui lui est essentielle. On le voit en compagnie de Jean-Marie Gibbal, de Marc Villard, d’Yves Martin, mais c’est avec Gérard de Nerval qu’il partage ses soirées, puisant dans les Petits châteaux de Bohême un peu d’exaltation. Sa gorge se noue souvent et ce sont les larmes qui viennent avec l’angoisse de devenir fou et de descendre au bas de l’échelle jusqu’au suicide. La lecture de Marcel Proust le réconforte. N’est-il pas le névropathe auquel il ressemble désormais un peu plus chaque jour. « Quel regard cherchait-il au fond de lui ? Quel soleil noir ? » Philippe Darcueil consume les questions dans les bras de femmes qu’il ne désire pas. Il croit pouvoir trouver l’issue en accumulant les étreintes. « Son narcissisme donjuanesque s’enorgueillissait d’une vingtaine de conquêtes en cinq années à peu près, soit, en moyenne, une par trimestre. » Cette thérapie par le divertissement ne parvient pas à lui faire oublier Sandra, celle qu’il peut orienter dans le sens de ses préférences. Et c’est toute la portée des phrases de Benjamin Constant placées en exergue de ce roman, parmi lesquelles le sort de l’homme qui a beaucoup vécu et « tristement appris que dans toutes les relations, la vie est une lutte » est confié à la peine. Dès lors, tout ce que fait Philippe Darcueil est un combat contre l’incertitude et la douleur. Au fond, il voudrait savoir ce qu’est l’amour. Il n’en découvre que les contraintes, l’étouffement, le nœud dans la gorge et les larmes. Peut-être lui suffit-il de décréter qu’il n’aime plus la jeune fille, qu’il n’aime personne, qu’il lui faut désormais recevoir, ne plus donner puisqu’il n’est pas « assez aimé, adoré, adulé et absous ». Il y a quelque chose d’initiatique dans ce deuxième roman de Serge Safran, une recherche de l’absolu qui serait l’absolue liberté. Philippe Darcueil monte à Paris et descend en lui-même pour contempler l’étroite étendue d’un corps, cette carapace de spasmes et de pulsions. En quittant l’Ariège, Philippe Darcueil a pris soin d’emporter avec lui la poésie qui est sans doute son seul trésor. Il travaillera bénévolement dans une maison d’édition qui se résume à un appartement. Il corrigera des épreuves tout en assurant sa survie en faisant des enquêtes. Il lira des livres, aussi les lettres de Sandra auxquelles il répondra. Il écrira, échafaudera « dans les méandres imaginatifs de sa vocation poétique toutes les possibilités de publication à venir ». Il écoutera des disques que l’on retourne sur une platine, ceux de Keith Jarrett, de Roxy Music, de J.J. Cale. Il regardera à la télévision une émission littéraire en regrettant « de ne pas trouver un homme sous le masque du littérateur ».

Le Voyage du poète à Paris est le roman d’une époque, celle des années 1970 finissantes et des illusions retombées. L’enchantement collectif n’est plus à l’ordre du jour mais demeure la recherche du bonheur et cette voie du plaisir qu’ont tracées Gille Deleuze et René Schérer comme une direction à suivre mais à usage individuel. Serge Safran compose un portrait explicite de ce temps en livrant de nombreuses clés permettant de se souvenir.

Guy Darol

 
Salon du livre de Paris

Présence au Salon du livre de Paris, au stand Zulma (S 31), notamment le soir de l'Inauguration, jeudi 17 mars, à partir de 19 heures.

 
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