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Siècle 21 n° 19

Revue Siècle 21 n°19

 

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Variations sur les « cris » dans l’Écueil de naître (Journal 1977- 2010)

 

 

 

Au-dehors le soleil. Au-dehors les cris. Au-dehors l’air des rouilles forêts de feuilles sèches. (9 décembre [1977] dans l’après-midi)

 

 

Des mots pour dire ce qui est tu au silence profond du cri de chacun. [8/12/ 77]

 

 

Que je hurle ma rage un jour et que mon cri se noie dans tous les horizons. La brume d’un bateau en partance, d’un train en mouvance, d’une âme en errance et pain rassis. (15 décembre 1977)

Parler de l’autre pour parler de soi. Mais ne pas le savoir. Ne pas l’avouer, se l’avouer, se le crier jusqu’à la déchirure. [Mercredi 15 mars] 1978

 

 

Et mes blessures, à quel soleil les brûler ? Mon énervement. Envie de crier à celle qui passe, étrangère, sur le trottoir. Où vas-tu ? Que fais-tu de ta beauté ? [Mardi 2 mai 1978]

 

 

Sonates posthumes de Schubert et Scriabine et Prokofiev. Le cri d’un oiseau me fait mal, tout comme ce rayon de soleil, là, tout de suite, à venir éclairer mes ténèbres, ma chemise… [Jeudi 4 mai 1978]

 

Cris des martinets.
Matin calme.

[Lundi 8 mai 1978]

 

 

Si tu as décidé de te fermer comme la fleur du soir, irrémédiablement, je pourrai crier nu dans les déserts du Tibet. Je ne changerai rien. Rien. [Jeudi 29 juin 1978]

Cris verts des perroquets perchés sur des clochetons d’or. [Juillet - août 1978]

 

 

Ce gamin aux yeux si bleus aux petites mains qui s’accrochent aux lèvres ces lèvres déjà jadis  barbelées il ne t’en souvient pas  l’été s’était désormais écoulé sable sable sable table où écrire les cris enlacés de pleurs et pleurs pour saint Mathieu à relire reluire dans l’or de nuit délire [14 avril 1979]

 

 

Les cris d’amour sont déchirés mais appris par cœur inconsidérément complices. [14 avril 1979]

 

 

Sentir rôder la mort comme un insecte un moustique une lumière trop crue une chemise mauve l’incapacité des cris de la solitude [14 avril 1979]

 

 

Cette angoisse ou nausée à crier, à déchirer le monde entier et à ne même pas pouvoir éprouver de la haine pour le soleil, les étoiles, la mer, si loin, inaccessibles. [Juin 1979]

 

 

C’est par des cris d’enfants que j’ai été éveillé. Je sais que je ne suis qu’un cri d’enfant, au-delà de toute écorce. Cette écorce de peau sur son visage à la suite d’un accident de voiture. Savoir la beauté pour ne pas la décevoir, elle, l’autre beauté au-delà de toute dimension physique, et sans savoir laquelle. [Juin 1979]

 

 

J’aurais voulu qu’un appareil, qu’une conscience objective enregistrât ce bruit d’avant l’aube, ce rat dérangé par la lumière du jour empreinte du cri de la chouette. [Septembre 1979]

 

 

Si je sais que mon suicide n’est que reporté (et que ma lettre ne devient plus qu’un CRI d’immense détresse) je me suis surpris à comprendre que téléphoner ne servait à rien. Écrire était mon ultime recours, recours irréversible. [4 janvier 1980]

 

 

Quand je suis allé chercher des œufs, le soleil tardif ruisselait dans les frondaisons vertes et bleues où quelques taches de couleur criaient jusqu’à plus soif. (05.05.81)

 

 

Il me semblerait lui mentir en criant cet amour qui me hante mais que je ne me sens plus la force de donner avec la folie antérieure de mes aspirations ultra romantiques. Et que bâtir sur l’absence ? (13 février 1982)

 

 

Ce manque d’étoiles. Ce manque de vert. Ces absences. Ces cris figés dans la pierre, le bitume, les néons, la détresse… (avril 1982)

 

 

J’ai attendu qu’elle s’endorme pour me lever et respirer l’air frais à la fenêtre. Avec le désir de crier, crier à l’infini. Alors j’écris pour me distraire, pour attendre le sommeil, la veille de mon départ. (20 juillet 1982)

 

 

Mais qui appeler dans ma nuit ? À qui crier tout mon amour, tout mon malheur, toute mon âme ? (août 82)

 

 

Alors quelles prémonitions de langage pour échapper, fuir, dévier, crier avec tendresse à celui qui lit ? Et garder en permanence cette énergie pour écrire, au-delà des mots, à d’autres et à ceux qui ici justifient, en quelque sorte, cette immense indifférence qui me hante, m’encourage et me repose. (27. 7. 84)

 

 

J’étouffe. Je veux crier. J’écris. Chaleur du jour et chaleur de la nuit. Bruit de chasse d’eau. Leur café est prêt. Je n’ai personne, aujourd’hui, à rencontrer. (4. 8. 84)

 

 

– Et ta femme, comment elle jouit ?

Quand nous sommes à l’hôtel, les voisins dorment mal parce qu’elle crie très fort et puis elle rit aussi, de vrais fous rires. Personne ne s’est jamais plaint. Orléans le 6.3.86. Franz (Libération)

Avec elle, cela ne dépend pas que de moi et il suffirait par la suite de ne pas le crier sur les toits. (Samedi 29 mars 1986)

 

 

 

« Un pieu dans ton cul ! » Un Noir ivre, aux Halles, criait à tue-tête sur le quai du métro qu’il l’avait dans le cul, lui empêchant de faire caca, de faire caca, dans le cul, dans le cul, de faire caca… (Lundi 10 mars (tard) [1986])

 

 

Tout reverdit et les oiseaux de leurs cris emplissent l’air de froissements subtils ou tapageurs. (Jeudi 7 avril 1988)

 

 

Son cri a fait fuir l’ennemi. Mais il est à craindre qu’un plus grand abruti ou salaud ait un jour raison d’elle. Comment faire face constamment à la violence, sournoise ou en plein jour ? (Jeudi 10 mai 1990)

 

 

Tant de silence, même piqueté par les cris stridents des oiseaux, me submerge. (22. 07. 93)

 

 

La quête d’un taxi sous une pluie battante – après minuit plus de bus ni de métro – prit vite un caractère épique ; il faut crier une direction au chauffeur qui ralentit et ne vous charge que si c’est la sienne ! (août 1993)

 

 

Après une tentative avortée, je me relève, l’angoisse, l’énervement, la révolte sont trop grands pour moi. Il me faudrait crier à travers la nuit et être entendu à l’autre bout du monde. (Dimanche 30 [janvier 2005] au matin)

 

 

Moi qui crie, écris, dans le cœur de la nuit.  (Jeudi 31 mars [2005])

 

 

José me racontait hier matin, pendant que nous petit déjeunions avec des œufs au bacon, qu’il avait des problèmes avec un voisin qui criait et éructait des insultes en plein jour comme, surtout, en pleine nuit. Il s’est rendu compte, en allant lui rendre visite, que c’était un adepte de jeux vidéo. Passionné, sinon plus, il lui a avoué qu’il ne pouvait pas faire autrement, ne pouvait s’en passer… que c’était plus fort que lui. (Lundi 7 août 06)

 

 

Un type s’était jeté sur la voie. Le gars n’avait pas vu, mais entendu le choc. Il était dans la rame. Les cris. La panique. L’interruption du trafic. Quand je suis sorti, la ligne 13 était fermée. Le 54 bondé. On se battait pour monter dans le bus. (Mercredi 29 novembre 2006)

 

 

Je n’en peux plus de cette vie, d’où ce Journal sans lendemain (singulier ou pluriel, peu importe) comme un immense cri à travers la galaxie. Rien que ça. (Dimanche 17 février 2008)

 

 

Jules Renard fut de ces privilégiés qui ont assisté le 10 décembre 1896 à la création d’Ubu Roi à L’Œuvre de Lugné-Poe (…) Au cri de « Merdre », quelqu’un répond : « Mangre ! » [Jeudi 23 juillet 2009]

 

I

l y a en moi une telle angoisse d’avoir à jouer un rôle qui ne me convient pas que c’en est à crier à l’infini dans le vide. (3 octobre 2010)

 

 

Serge Safran

Informations supplémentaires

  • Editions: La Fosse aux Ours
  • Date de parution: Automne - Hiver 2011