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La Nouvelle Revue Française N° 545


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« La Crème des Barbades » p. 105 à 116

 

La réputation des vertus aphrodisiaques du chocolat ne date pas d’hier. Le roi aztèque Moctezuma, voilà plus de quatre siècles, buvait paraît-il plusieurs tasses de chocolat avant d’aller honorer les femmes de son gynécée. Plus proches de nous, les Ninon de Lenclos, Maintenon, Pompadour ou Dubarry en firent une consommation effrénée. Elles contribuèrent ainsi à rendre ce breuvage royal très courtisé. Non d’ailleurs sans arrière-pensées libidineuses, pour quelques-unes d’entre elles: leur situation reposait, si l’on peut dire, sur leurs performances d’alcôve.

Si la science n’a pu étayer ces vertus, ni démontrer que le cacao soit un stimulant sexuel, le chocolat n’en demeure pas moins un antidépresseur et euphorisant naturel, aux effets toniques avérés. Ces effets n’ont point échappé aux écrivains dès que le plaisir des sens, sous toutes ses formes, s’est immiscé dans la littérature du XVIIIe siècle. Si l’on excepte les propos de la marquise de Sévigné, reflétant les controverses qu’entraîna l’apparition du chocolat dans les moeurs de ses contemporains (« Mais le chocolat, qu’en dirons-nous ? N’avez-vous point peur de vous brûler le sang ? Tous ces effets miraculeux ne vous cacheront-ils point quelque embrasement ? Qu’en disent vos médecins ? »), il faut attendre les romans libertins, et les grands libertins comme Sade ou Casanova, pour voir associer le chocolat aux plaisirs de la bouche, et plus précisément aux plaisirs de la couche. Le temps que la consommation dépasse le cadre de la Cour, que les progrès techniques évoluent, que le commerce permette au chocolat d’être à la portée de tous. Ce qui devient vraiment le cas au XVIIIe siècle. L’article « Chocolat » de l’Encyclopédie ne stipule-t-il pas qu’il est « à si bon marché que la tasse ne revient presqu’à un sou »

On boit donc du chocolat en France dès le XVIIe siècle chez les gens de condition. Piero Camporesi rappelle que « les nouvelles boissons chaudes (café, thé, chocolat) scandent les temps d’un cérémonial et d’une étiquette obligatoires. » Mais il faut un bon siècle pour en trouver trace écrite ailleurs que dans les traités de Philippe-Sylvestre Dufour ou Nicolas de Blegny, pour ne pas remonter à Girolamo Benzoni ou au docteur René Moreau qui commit un Du chocolat à la demande de Richelieu, en 16433. Le mot lui-même, à l’étymologie complexe, ne fait son apparition officielle que dans le dictionnaire de Richelet, en 1680, et s’orthographie « chocolate » dans celui de Furetière. Quand il a l’honneur d’un article dans l’Encyclopédie, on apprend enfin avec plus de précisions comment il se présente, « espèce de gâteau ou tablette », se compose, « la base est la noix de cacao » et se prépare, « à la manière des îles françaises de l’Amérique »…

Informations supplémentaires

  • Editions: Éditions Gallimard
  • Date de parution: Juin 1998