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La Revue des revues N° 39

  Histoire et actualité des revues

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« La Revue des Revues a 20 ans », 1986-2006

« Une vie en revues » p. 91 à 94


À l’origine, je suis poète, et c’est d’abord en publiant mes premiers poèmes que j’ai rencontré des gens du milieu de l’édition, notamment la jeune équipe du Castor Astral, dans les années soixante-quinze, soixante-seize. Auparavant, j’avais déjà publié dans la revue Traces, qui était spécialisée en poésie, mais tout s’était passé par correspondance. Je crois que je n’ai jamais rencontré l’animateur de cette revue, à la différence de Marc Torralba et Jean-Yves Reuzeau, du Castor Astral. Je vivais alors encore à Bordeaux, faisant parfois des expéditions à Paris, puisque cette maison d’édition avait la particularité d’être bicéphale ; une tête à Paris (Pantin plus précisément), l’autre à Bègles, banlieue de Bordeaux. Quand cette maison d’édition a fondé la revue Jungle, j’ai participé au « collectif » de création et découvert tout un univers littéraire, artistique et culturel qui gravitait autour des revues. Progressivement, je me suis impliqué dans la composition de chaque livraison, donnant des textes, apportant des auteurs, m’impliquant dans la communication, la promotion et en participant aussi à la fabrication. À cette époque, on gérait tout ensemble : textes, auteurs, maquette, photos, abonnements…
Cela se passait dans les années 80, et c’était très excitant.
Or, rapidement, Jungle ayant ouvert une rubrique « Revues », au départ très conséquente, je me suis retrouvé à rédiger des comptes rendus de revues. Un fort esprit de militantisme régnait alors : on défendait âprement les revues qu’on admirait, on en critiquait durement d’autres. Je me souviens en particulier de la revue Monsieur Bloom, dirigée par Franck Venaille, sur laquelle j’ai proposé au Magazine littéraire d’écrire un article pour leurs premières pages d’ouverture qui recensaient parfois des revues. À mon grand étonnement, l’article est pris, immédiatement, et… payé ! De fil en aiguille, écrivant dans le Magazine différentes sortes d’articles, je me suis davantage spécialisé dans les revues, pour ne garder finalement que ce domaine. Après l’avoir pendant plusieurs années partagé avec Guy Darol, animateur en son temps de la revue Dérive, j’en suis donc devenu, sans jamais y avoir songé ni l’avoir cherché, le responsable ; et, pour avoir rédigé par la suite, à l’occasion des Rencontres de Chédigny sur la littérature contemporaine organisées en 1996 par le CRL Région centre, un long article de fond remarqué sur les revues littéraires de 1950 à nos jours - texte devenu bien malgré moi, vu la rareté de telles contributions, une sorte de référence –, j’ai été consacré, par contamination, « spécialiste » des revues.
Avec le temps, les difficultés et les contraintes journalistiques ont évolué. On peut même dire qu’elles ont sérieusement augmenté. De même que pour les revues, d’ailleurs, puisque Jungle, par exemple, a fini par ne plus parler des revues, vu le temps et le travail que cela exigeait, sans parler des inimitiés engendrées par les critiques défavorables. Parce que l’équipe également s’est modifiée, que les intérêts ont divergé. Avant les années quatre-vingt-dix, disons qu’il y avait encore de la place, du travail et un peu d’argent dans la presse écrite.
En ce qui me concerne, aujourd’hui, la vraie contrainte, c’est la place (liée à une réduction générale de la pagination, pour obéir, on peut le supposer, car on ne m’a pas demandé mon avis, à des lois économiques). La place se réduit inexorablement : voilà le principal problème, dramatique à mes yeux en raison de la diversité assez impressionnante des revues et de leur nombre paradoxalement toujours en augmentation. La rubrique du Magazine littéraire, réduite depuis un an ou deux à mille signes mensuels (qu’il faut considérer en plus comme une chance extraordinaire d’avoir conservés), n’a plus, hélas, qu’une simple valeur informative, très sélective, et au prix de beaucoup d’acrobaties et tortures stylistiques… La nécessité d’être bref, voire lapidaire, engendre le risque de déformer, voire de trahir sans le vouloir le propos d’une revue; ou d’avoir des « mots-qui-tuent », malgré toutes les précautions prises, faute de pouvoir nuancer. Le plus difficile étant de rendre compte des revues de pure création généralistes, sans thème ni dossier. Avec l’impossibilité de citer, bien sûr, des auteurs rares ou quasiment inconnus d’un supposé large public… Voilà ce qui arrive dans les « nouvelles formules » des journaux. De presque tous d’ailleurs, aujourd’hui. Puisqu’il existe encore (mais pas pour très longtemps, qu’on se rassure) des journaux et… des revues.
Au début de ma « carrière de journaliste littéraire », je jouissais d’une grande liberté de choix, et d’expression : je pouvais imaginer plusieurs sortes de manières d’aborder les revues, comme brosser le portrait d’un directeur ou d’animateurs de revue, par exemple. Ou explorer un sujet à l’occasion d’un entretien. Autre façon de dégager l’esprit d’une revue. Ce qui est toujours possible, certes, en théorie, mais à titre exceptionnel, après négociation de l’emplacement à l’avance et à condition qu’il y ait de la place, cette sacro-sainte place. Aujourd’hui, faute d’espace, cette liberté m’est ôtée, sans que la confiance soit pour autant entamée. Paradoxe des contraintes financières.
Mais je ne cesse de m’étonner du silence général du monde des revues : personne ne proteste contre cet état de fait, comme si les revues, y compris pour elles-mêmes, comptaient pour rien ! L’indifférence générale à leur égard me stupéfie, autant que leur manque de réaction (de révolte ?).
En attendant (quoi ?...), j’ai envie de dire aux revues qu’elles se fassent belles pour qu’on les désire : qu’elles prennent conscience de l’importance de leur image : qu’elles la soignent pour mieux nous séduire. Au royaume des images qui l’emportent de plus en plus sur les mots (pour l’instant, mais pour un bout de temps quand même), une belle couverture peut inciter à découvrir un sommaire de qualité. L’un n’exclut pas l’autre, bien au contraire.
Il est difficile et sûrement très injuste de proposer, comme on me l’a gentiment demandé, une sélection de revues dont on peut faire aujourd’hui son miel. Il y a des livraisons parfois éphémères qui réunissent beaucoup de charmes et de qualités que n’ont pas toujours celles qui perdurent. Les revues, c’est bien connu, meurent souvent aussi vite qu’elles naissent. Mais on peut trouver autant son bonheur dans les vieilles qui résistent comme Europe, la NRF ou Brèves (la seule spécialisée dans la nouvelle), sans parler du Nouveau Recueil, de Lignes, Po&sie, Autre Sud ou de l’Atelier du roman (la seule spécialisée dans l’art romanesque), comme dans de plus ou moins récentes comme Inculte, Transfuge (devenu un magazine), La femelle du requin, Le Trait, Hermaphrodite, les Moments littéraires, Fusées, Décapage, La Main de singe, Neige d’août, Temps noir , la liste serait longue, et tant mieux.

Informations supplémentaires

  • Editions: La Revue des revues
  • Date de parution: 4e trimestre 2007