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La Revue littéraire N° 45

FLORENT GEORGESCO, rédacteur en chef :
« Ainsi, ce mois-ci, commençons-nous la publication, qui sera plus ou moins régulière (pour chacun, de quatre ou cinq livraisons par an) des journaux intimes de Serge Safran et Dominique Noguez (…) Serge Safran (…) a publié en 2006, à La Musardine, plusieurs mois du journal qu’il tient depuis 1977, centrés sur une passion amoureuse, L’année Alison. Nous lui avons proposé d’aller plus loin, en livrant les premières pages fébriles, ardentes, du jeune homme qu’il fut. Alfred Eibel a bien voulu présenter cette entreprise. »

ALFRED EIBEL, Serge Safran ou l’autre monde ou les états et empires d’un bohème littéraire p. 3 à 5
SERGE SAFRAN, « L’Écueil de naître » (journal, décembre 1977) p. 6 à 32

Carnet n° 1

3/12/77

Il faut absolument qu’à partir d’aujourd’hui… Je n’en sais rien. Écrire. Pourquoi je me sens si seul, si malheureux, si dépourvu de toute raison de vivre. En deçà de toutes celles que je me donne, de toutes celles que je montre. J’avais décidé de tenir un Journal. Je ne voulais plus. J’hésitais. J’hésite encore. La contrainte. Être astreint à écrire. Mais l’ennui. Mais le plaisir. La multitude de la vie multiple que je vis. Trop de choses perdues, évoquées, rêvées, ressenties. Être libre. Totalement. Ne rien devoir à personne. Sinon à moi-même. La Beauté. La Solitude. La Mort. N’importe quoi. L’amour. La vie. Les secondes qui s’écoulent. L’espoir qui me transporte. La mort qui me harcèle. Mes désirs follement désireux de vivre ce que je désire. Oui. Bon. Le métro démarre. J’ai du mal à écrire. Ma main tremble. Une habitude à prendre. Une de plus. Rimbaud. Pourquoi ? Arrêt. Je peux recommencer. Je décris. Un métis est assis à ma gauche. Lumières. Bruit des roues. Vitesse. Tremblements. Vivre comme je respire. Et écrire, par-dessus le marché. Au fond, une Noire, coiffée d’un bonnet en laine mauve. Un homme à moustaches, cheveux courts, lit debout à voix haute, la main sur le cœur. Il a des lunettes rondes. Il faut que je descende à République… Laumière. Chaleur. Bruits de pas. Il continue de lire à voix haute. Deux types s’assoient à mes côtés. Ils parlent et semblent se comprendre. Une langue qui m’est inconnue. Ah ! le claquement des portières, le bruit qui s’accroît.

Informations supplémentaires

  • Editions: La Revue littéraire | Éditions Léo Scheer
  • Date de parution: Avril 2010