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La Revue littéraire N° 46

SERGE SAFRAN, « L’Écueil de naître » (journal, décembre 1977) p. 82 à 107

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Carnet n° 1

 

8/12 (suite)

 

La baise fut plus huilée et à secousses la nuit passée. On me fit remarquer au réveil que je n’avais pas sacrifié depuis trois jours au rituel du café porté au lit. Une réminiscence à coup sûr de m’avoir entendu dire qu’il était aussi important pour moi de baiser que de prendre un café le matin avec elle. Ce qui est d’ailleurs vrai. Quoi de plus triste qu’un café que l’on ne fait que pour soi ? Et une éjaculation donc ? Elle me fit remarquer que j’avais la même robe de chambre que Matthieu. Ce prénom était celui de son ancien amant que j’ai croisé hier dans son escalier, à la lueur très brève d’une allumette. Nous avions mangé précédemment avec Dolorès, sa complice (depuis la terminale) et un instit de Besançon « … dans le Doubs ». Ce dernier avait fait plus de neuf cent kilomètres pour venir voir une femme qui mourait d’amour pour lui mais le rejetait car ne pouvant supporter une aussi cruelle séparation de temps et de distance. On écouta du Lavilliers, chanteur anarchiste qui venait de passer à l’Olympia. J’écris cela comme si j’étais un écrivain débile à la Mauriac tirant sur mes quatre-vingt-cinq ans et n’osant pas avouer aimer les petites filles. Le plus amusant était que j’avais sorti exceptionnellement cette robe en laine bleu marine feutrée à carreaux que ma mère avait dû m’acheter pour mes quatorze ou quinze ans. Je me remémore alors celle en éponge orange de Jean-Yves qui lui laisse exposer une peau d’un blanc laiteux qu’on ne rencontre que dans les hôpitaux de campagne.

Informations supplémentaires

  • Editions: La Revue littéraire | Éditions Léo Scheer
  • Date de parution: Mai 2010