title

description

title title

title

description

title title

title

description

title title

title

description

title title

title

description

title title

Quelques revues littéraires de A à J…

 

argaiv1645

 

Action poétique affiche ses 50 ans! A cette occasion Henri Deluy, son animateur, s’entretient avec un poète (Emmanuel Hocquard), une vidéaste (Juliette Valéry) et deux peintres (Alexandre Delay et Maya Anderson). On y trouve des poèmes de Marc Petit, Michelle Grangaud et du Danois Per Aage Brandt. Et les rubriques habituelles de Jean-Pierre Balpe, Joseph Guglielmi, etc. (Action poétique n° 151, 3 rue Pierre Guignois, 94200 Ivry-sur-Seine, 90F).

 

Action Poétique a eu la bonne idée de confier à Bruno Cany un dossier sur Francis Ponge. Y participent Christian Prigent, Marcelin Pleynet et une vingtaine d’aficionados. Quant à Henri Deluy, il a ramené du Québec une moisson de nouveaux  poètes tels que José Acquelin, Marc Vaillancourt, Bertrand Laverdure ou Carle Coppens… (Action Poétique n° 153-154, 3 rue Pierre Guignois, 94200 Ivry-sur-Seine, 140FF).

 

Action Poétique n° 163, 3 rue Pierre Guignois, 94200 Ivry-sur-Seine, 90F. Lorine Niedecker (1903-1970) est aujourd’hui beaucoup moins connue que ses acolytes « objectivistes » américains Louis Zukofsky, Cid Corman ou Charles Reznikoff. Il est vrai qu’elle n’a presque jamais quitté son île du lac Koshkonong, dans le Wisconsin, et que sa poésie n’a vraiment été publiée que dans les années soixante. Heureusement, « cette richesse cachée d’une Amérique stérilement gaspilleuse », comme la définit Jacques  Darras, a entretenu de nombreuses correspondances. Il faut lire ainsi ses lettres à Cid Corman, l’étude d’Elizabeth Willis et surtout ses magnifiques poèmes.

 

Arearevue)s( propose le thème de la fête et l’artiste festif Leigh Bowery. Documents inédits, témoignages de proches et une discussion avec Lucian Freud révèlent l’originalité de cet Australien hors-norme né en 1961. D’où les détonantes photographies en couleur de Fergus Greer ou Nick Knight sur Bowery, comme celles en noir et blanc de Dan Aucante sur Jan Fabre chorégraphe présenté et interviewé ici par Christian Gattinoni. Des entretiens avec l’architecte Roland Castro (sur Mai 68 et sa « carence du pouvoir »), le dessinateur Hippolyte Romain, le peintre Robert Combas, la plasticienne Dorothée Selz (qui crée la « sculpture éphémère comestible»), Paolo Calia, ex-assistant de Fellini et inventeur de fêtes au Palace ou enfin l’octogénaire Isidore Isou, fondateur du Lettrisme, apportent parmi études ou fictions, selon le philosophe Jean Maurel, un « tourbillon de sens ». (Arearevue)s( n° 4, 50 rue d’Hauteville 75010 Paris, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 20 €.)

 

Aires a confié à Alexandre Zotos, universitaire à Saint-Etienne et traducteur, entre autres, d'Ismaïl Kadaré, un dossier sur des "voix albanaises dans la nuit", et plus particulièrement la poésie arberèche et du Kosovo qui, étymologiquement, signifie le "champ de merles"! Pour la plupart en exil, ces poètes peu connus rappellent que certains vivent et souffrent à Tirana, en défendant les "citadelles de la syntaxe". (Aires n° 13, BP 221, 42013, Saint-Etienne Cedex 2, 65F)

 

Aleph, beth est une revue semestrielle qui a « pour seul moteur, rappelle Maurice Dorès dans son éditorial, un élan d’amitiés, amitiés judéo-noires et amitiés israélo-africaines indissolublement liées. » A ce titre sont regroupées sous le thème « Histoires et mémoires » des études de haute tenue intellectuelle abordant les traces juives en Afrique, la littérature sud-africaine d’expression yiddish face au problème de l’apartheid, la recherche d’un nouvel humanisme inscrit dans la conscience africaine (à la lumière du génocide rwandais) ou le nouveau révisionnisme dans les milieux noirs. L’Algérien Jacques Fredj, spécialiste de la pensée de Frantz Fanon, évoque ses impressions de voyage à Jérusalem. Quant à Nimrod Bena, rédacteur en chef et auteur d’un récent recueil de poèmes (Passage à l’infini, Obsidiane, 85F) y livre une méditation sur ce que subsister veut dire, de même qu’une présentation du travail pictural de Colette Grandgérard et des notes de lecture… (Aleph, beth n° 3, Résidence du Bois de l’Aunay, 14 allée Saint-Exupéry, 93240 Stains, 75F).

 

Arapoetica est fondée par les éditions L’Esprit des Péninsules. Dans un « Liminaire », Abdul Kader El Janabi, son rédacteur en chef, dit chercher « à dévoiler l’expérience poétique arabe moderne ». Les voix d’Abdelmonem Ramadan, Fadhil al-Azzawi ou Abdallah Zrika se mêlent à celles de Bernard Noël, Jerome Rothenberg, ou Eric Sarner en un riche sommaire. S’en détachent deux figures importantes. Le poète libanais Ounsi El Hage (né en 1937), entre subtils commentaires sur son œuvre et première traduction française deLa Messagère aux cheveux longs jusqu’aux sources dont Jacques Berque souligna en son temps « l’harmonie fluide et comme sereine où se rejoignent l’appel sensuel de la femme et la vénération de la vierge-mère. » Ensuite l’Egyptien Georges Henein (1914-1973) qui, dans une pertinente correspondance, rêve par anticipation qu’« Une revue doit être aujourd’hui une saine entreprise de démangeaison mentale. » (Arapoetica n° 1, L’Esprit des Péninsules, 4 rue Trousseau, 75011 Paris, 100F).

 

Arpa, revue désormais à vocation nationale et même internationale, doit l’origine de son titre au sigle de l'Association de Recherche Poétique en Auvergne. Fondée en 1977 par un groupe de poètes d'Auvergne et du Bourbonnais (Michel Sauret, Roger Siméon...) Arpa rajeunit en 1984, date à laquelle Jean-Pierre Siméon (fils de Roger) prend la relève pour quelques années. Puis c'est au tour de Gérard Bocholier de la diriger jusqu’à aujourd’hui dans un esprit de continuité qui “fête ses 20 ans” en un numéro double. Aux poèmes des anciens - Pierre Delisle (1908-1993), qui présida la revue depuis sa fondation, ou Michel Sauret (1930-1987) - se mêlent ceux de Jean Rousselot, Louis Dubost, Jean-Pierre Siméon, les proses d’Yves Charnet ou Jean Roudaut, et les études de Cédric Demangeot (sur Jean Malrieu) ou Pierre Le Coz (sur la notion de perspective dans la peinture européenne). Sans conter de multiples voix nouvelles ou peu connues, témoins du grand esprit d’ouverture de la revue, et de traductions d’auteurs étrangers, autre constante, comme Dylan Thomas, l’espagnol Antonio Gamoneda (son premier “chant” de Description du mensonge), ou le Portugais Vasco Graça Moura et  le Bulgare Anton Picas dont des recueils sont annoncés pour bientôt à L’Escampette. (Arpa n° 62-63, 57 rue des Meuniers, 63000 Clermont-Ferrand, 120F).

 

Arsenal s’annonce semestrielle et bretonne. « Selon l’étymologie, arsenal vient de l’arabe dâr-sinâ’a et signifie maison où l’on construit » rappelle dans son éditorial Jacques André, directeur de la revue. D’où des « extraits significatifs de la parole littéraire ouverte aux possibles ». Soit de nombreuses traductions de poètes venus d’Italie (particulièrement de Milan), du Mexique, d’Allemagne ou d’Amérique. Des proses grinçantes d’Yves Pagès ou Marc Le Gros, des portraits provocateurs d’Olivier Apert et François Boddaert, mais aussi des textes pour scènes et performances. Et des arts visuels. (Arsenal n° 1, BP 66614, 29266, Brest Cedex, 90F).

 

Aube magazine est la revue littéraire trimestrielle de la maison d’édition Paroles d’Aube, dont le travail remarquable propose des livres d’auteurs tels que Jean Malrieu, Jack Kerouac ou René Depestre. L’esprit d’ouverture qui caractérise l’ensemble de la production se confirme dans la dernière livraison de la revue. Hélène Dorion, qui a repris le flambeau des éditions du Noroît, y présente en effet un bref panorama de la poésie québécoise. On y retrouve les voix familières de Nicole Brossard et François Charron, mais on en découvre de nouvelles qui viennent de Gaspésie, de Pohénégamook ou de Saint-Jacut de la mer. Une poésie « libérée » qui ne s’encombre point de « québécitude », sur laquelle ironise avec vigueur Guy Cloutier, en marge du cahier de créations, en même temps que Fernand Ouellette disserte sur l’intemporel de la poésie et que Claudine Bertrand rend hommage à Jacques Brault et Marcelle Roy pour leurs « poétiques de la présence ». (Aube magazine n° 61, Le Manoir, 38, rue Jean Sellier, 69520 Grigny, 60F).

 

Autodafé est la revue du Parlement international des écrivains, créé en 1994, présidé au départ par Salman Rushdie et depuis 1997 par Wole Soyinka. Publiée simultanément en cinq langues, à raison de deux numéros par an, par cinq maisons d’édition, quatre européennes et une à New York, elle analyse les nouvelles formes de censure tout en essayant, comme l’écrit en introduction son directeur, Christian Salmon, d’« inventer de nouvelles formes d’intervention des écrivains dans la vie publique ». En plus des textes de bon aloi des membres fondateurs (Jacques Derrida, Assia Djebar, Antonio Tabucchi, Hélène Cixous...) on y lit des récits d’une force rare comme ceux de Latif Pedram, écrivain afghan « témoin de l’autodafé des 55000 livres du centre culturel Hakim Nasser Khosrow Balkhi » par les Taliban, de Gao Er Tai, rescapé d’un camp de travail chinois où obligation est faite de sourire en permanence, de Bei Dao, toujours en déménagements, de Mehmed Uzun, écrivain kurde marqué par l’exil ou du Yougoslave Stanko Cerovic pour qui « il est doux de pénétrer dans la guerre par la Voïvodine: on a tout le temps de comprendre ce qu’on quitte et dans quoi on sombre. » (Autodafé n° 1, Denoël, 99F.)

 

Autre Sud n° 12, 97 avenue de la Gouffonne,13009 Marseille, 85F. Paul Nizon est l’invité d’honneur de l’ex-revue Sud devenue, sous une nouvelle couverture bleue, Autre Sud. De cet « écrivain parisien de passeport suisse et d’expression allemande », comme il se définit lui-même, on fait plus ample connaissance grâce à un entretien évoquant son enfance, les années de formation, l’étude de l’hébreu, le séjour à Rome, ses romans Stolz ou Canto, l’arrivée à Paris, la conception de la vie « qui doit ressembler à un roman »... Une présentation d’un de ses éditeurs, une approche des thématiques de son écriture, des inédits entraînant le lecteur à New York ou à la rencontre d’une Maria à « la chevelure de miel » complètent le dossier. Suivent des nouvelles voix poétiques albanaises, des Engrammes de Claude Mourthé sur fond vénitien ainsi que nombreuses chroniques et notes selon la « coutume » rappelée par Jacques Lovichi qui assure désormais la rédaction en chef.

 

Autre Sud cherche le poète chez le prosateur et le trouve en Georges-Olivier Châteaureynaud qui a fait « un détour de huit années par la poésie : une longue marche de libération vers la prose. » Et l’écrivain de confier à Christiane Baroche - pour qui le livre « essentiel » de Châteaureynaud reste les Messagers - son itinéraire de « fictionnaire compulsif » ; souvenirs d’enfance, dette éditoriale envers  Jacques Brenner, prix littéraires trompant « notre peur de n’être rien » et bonheur dans l’écriture « si le bonheur consiste à trouver sa place au monde. » Deux de ses meilleurs exégètes, Hubert Haddad et Jean-Luc Moreau, soulignent l’un comme l’autre son apport à la littérature fantastique, évoquant aussi bien Kafka qu’Oscar Venceslas de Lubicz-Miloscz. En témoigne ici une superbe nouvelle inédite de l’auteur du Démon à la crécelle. (Autre Sud 2002 n° 16, éditions Autres temps, 97 avenue de la Gouffonne, 13009 Marseille, 13€.)

 

Autre Sud a pour invité Pierre Oster. Outre des textes inédits (« La terre », « Notes anciennes et nouvelles ») on peut y lire cinq études subtiles et utiles pour aborder un poète dont la devise est (« puissé-je varier ») ou « la vérité d’un poème est d’abord signe et paysage ». Un Pierre Oster « humble et hautain » comme le définit Bernadette Engel-Roux qui par ailleurs présente et traduit des poèmes du Chilien baroudeur Efraïn Barquero.Utinam varietur (Autre Sud n° 22, éditions Autres temps, 97 avenue de la Gouffonne, 13009 Marseille, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 13€.)

 

À l’Index aime offrir « quelques mots simples et immenses tout à la fois », selon Jean-Claude Tardif, responsable de la publication. Une ambition a priori liée à une certaine maturité puisque la plupart des participants ont plus de la soixantaine. Pierre Autin-Grenier, le benjamin, tout comme Marcel Moreau, portent leur interrogation sur le fait d’écrire, l’un « à malaxer maintenant des mots dans le vain espoir de trouver un sens à l’existence », l’autre cherchant à « en finir avec la mornitude des jours ». Jean Chatard, Michel Héroult ou le Bengali Lokenath Bhattacharya donnent des poèmes. Quant à Jean-Claude Boulès, auteur entre autres du Grand chemin de Compostelle,  il s’est librement inspiré du séjour de Prosper Mérimée à Conques pour écrire une longue et séduisante nouvelle intitulée « Souviens-toi de te méfier… », devise gravée sur la bague du grand écrivain. (À l’Index n° 2, 11 rue du Stade, 76133 Epouville, 50F).

 

Barca! est une revue qui a beaucoup d’ambitions; revisiter Marx, Freud et Lacan, réunir poésie, politique et psychanalyse, s’interroger sur le lien social. Y sont proposés des thèmes tels que “L’utile ou la jouissance”, “Qu’est-ce qu’une œuvre?” et, dans la dernière livraison; “Le beau, le laid, l’indifférent”. Une association de termes à laquelle n’adhère pas Alvaro Mutis qui, dans un long entretien, fait l’éloge des vaincus, se réfère à son personnage Maqroll, évoque l’obsession de la détérioration ou l’incapacité actuelle de communiquer. Dans un autre entretien, c’est le plasticien Ben qui, non sans humour ni lucidité, disserte sur les dimensions sexuelles de l’art, son caractère introspectif et novateur. Sinon diverses études très savantes abordent “l’impatience de la rétention” dans la musique de Thelenious Monk, le désir de la femme dans l’Antiquité grecque, le corps dans l’œuvre de Joyce, les rapports qu’entretint Kierkegaard avec le théâtre... D’autres concernent Thérèse d’Avila, Hugo Von Hofsmannsthal ou Les Mille et Une Nuits. L’ensemble est illustré de photographies de François Rouan qui livre ici, en vrac, des réflexions sur l’art. (Barca! n° 7 , rue Jean Amariton, 63340 Nonette, 130F.)

 

Bleue a pour sous-titre « Littératures en force» qu’illustre un numéro double consacré d’une part à des textes de création, voire expérimentaux, d’auteurs à découvrir ou à mieux connaître (Christian Oster, Tiphaine Samoyault…), sans exclure des articles de fond tel celui sur le fantôme cinématographique, « cauchemar absolu du platonisme », et d’autre part à des écrivains de grande envergure. Ainsi Alexandre Zotos donne un choix de poèmes d’Ismaïl Kadaré qui découle « de leur valeur intrinsèque, mais aussi de leur rapport à l’œuvre en prose de l’écrivain albanais » et révèle « le combat de Kadaré contre le totalitarisme », ainsi qu’un parcours de la poésie grecque qui, à travers Cavafis, Seferis, Ritsos et Elytis, a inspiré tant de compositeurs contemporains. (Bleue n° 5/6, revue Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 12 €.)

 

Bottom, revue semestrielle, privilégie les formes brèves de la littérature française contemporaine. Même si on y trouve des textes poétiques, dont un « Partira sur la voie » d’Olivier de Solminihac, composé  à la Perec de mots et bribes de phrases recueillis à la gare Montparnasse, ou des inventaires d’enfants issus d’un atelier d’écriture, la dominante est à la prose. Avec errances du mal-être de Charles Pépin à Pondichéry, descriptions de la folie ordinaire à Saint-Anne de Cyrille Pernet, quête poétique d’une Paola égarée « en plein jour » d’Octave Dubarry, complainte d’une Marthe au fond d’un café de Brigitte Smadja ou révolte d’un gamin à Romainville d’Homéric… (Bottom n° 2, 49 rue de Rochechouart 75009 Paris, 50F).

 

Brèves avait confié à Jean-Marie Le Sidaner, notre ami et collaborateur du Magazine littéraire, un dossier consacré à Pierre Mertens. Terrassé par une crise cardiaque (à 45 ans) ce dernier, qui en avait corrigé les épreuves, ne l'a pas vu paraître. C'est donc avec d'autant plus d'émotion qu'on lira le portrait qu'il brosse en quelques lignes de l'écrivain belge ("un homme qui sait ne pas se complaire dans la lucidité"). Egalement son entretien avec l'auteur de Les phoques de San Francisco sur différents aspects de ses nombreuses activités. Un Pierre Mertens sociologue, essayiste, romancier et bien sûr nouvelliste qui affirme: "On peut changer la vie le temps d'un livre. On n'écrit même que pour cela". (Brèves n° 38, Atelier du Gué,1300 Villelongue d'Aude, 40F).

 

À... Jean-Marie Le Sidaner dans la dernière livraison de Brèves. Cette revue de l'Atelier du Gué, qui publie en 1979 Dialogue au noir, son premier ouvrage, lui rend immédiatement hommage après son décès, en février 1992. Aujourd'hui, elle propose un "chemin de parole" préparé par Michel Lamart et Annick Le Sidaner,  où alternent de courts textes très émouvants du poète et diverses contributions d'amis et écrivains aussi. Michel Butor se demande "comment nommer Jean-Marie Le Sidaner?", Pierre Mertens laisse défiler les messages d'un répondeur annonçant une disparition enfouie dans moult activités "futiles", et bien d'autres comme Hervé Carn ou Alexis Cloagen témoignent à leur façon  de leur peine et leur admiration. Entre le tutoiement et le vouvoiement, les brèves et superbes proses de Jean-Marie Le Sidaner semblent leur répondre, même si "Terrifiants sont les mots parce qu'ils attendent et n'attendent plus". (Brèves n° 41, Atelier du Gué, 11300 Villelongue d'Aude, 40F).

 

Brèves: C'est avec humour, sans se départir pour autant d'une précision et d'une rigueur qui l'honorent, que Claude Bourgeyx se livre aux questions de Françoise Brégis, dans la dernière livraison de Brèves. Une conversation bien menée où l'écrivain affirme que "la concision est porteuse de lyrisme", se définit comme un "agnostique maniaco-anxieux", révèle son goût du huis-clos - particulièrement développé dans son écriture théâtrale -, fait l'éloge de la réclusion, avoue sa dette envers Jacques Sternberg... Il prend également le temps d'approfondir une réflexion sur ses divers romans dont Les égarements de monsieur René (Arléa, 1987) bientôt librement adapté au cinéma par Jean-Pierre Mocky. Enfin il donne une nouvelle inédite bien dans son genre, féroce et cocasse, où il met en scène Edith Cresson de façon très iconoclaste. Suivent des textes d'autres nouvellistes dont Prologue de Didier Goupil, qu'on retrouve au sommaire d'Encres vagabondes et du Matricule des Anges, et La Tricoteuse de Betty Duhamel qui avait paru en 1976 dans le n°1 de la revue, quelques mois avant le succès des Nouvelles de Lisette et que redonnent à lire aujourd'hui Martine et Daniel Delort en hommage à cette amie disparue à l'âge de 48 ans, le 6 septembre dernier. (Brèves n° 43, Atelier du Gué Editions, 11300 Villelongue d'Aude, 50F).

 

Brèves. Plutôt rares sont les dossiers de revue consacrés au poète Yves Martin. Unique, à notre connaissance, au nouvelliste. Aussi est-ce avec un plaisir non dissimulé qu'on retrouve dans le dernier numéro de Brèves cet auteur "discret" (à l'instar de Follain, Hardellet ou Thomas) mais imposant par son œuvre et son personnage. Eric Dussert, initiateur de l'entreprise, s'y entretient avec l'auteur de Visions d'Anvers, l'Enfant démesuré ou Retour contre soi... Evoqués sont les souvenirs d'enfance, références littéraires (Maupassant, Ford, Calaferte), lieux magiques, plaisirs érotiques et tout un univers féerique peut-être en voie de disparition. D'où une certaine nostalgie chez ceux qui, comme Alfred Eibel et François Vignes, ont été ses éditeurs. Mais aussi une complicité chez Patrice Delbourg qui portraiture un Yves Martin "en bamboche" ou Jean-Didier Wagneur "en passant". Patrice Salsa se réservant, quant à lui, une subtile approche thématique de L'Enfant démesuré. Un émouvant inédit relatant une aventure d'adolescence et une flânerie de l'impénitent cinéphile qu'est Yves Martin ne peuvent, en outre, que donner l'envie de se plonger séance tenante dans tous ses écrits. (Brèves n° 44, Atelier du Gué éditions 11300 Villelongue d'Aude, 50F.)

 

Brèves. Un verre d'ouzo, un pope, une île au loin, la mer; il n'en faut pas plus pour évoquer la Grèce. Mais pour en dire les secrets, les saveurs et les tourments, autant prendre pour guide ses écrivains qui à travers leurs nouvelles confirment , comme le souligne d'entrée de jeu Christian Cogné, "les liens indispensables entre littérature et histoire du peuple grec". De l'innocence à la dérision, tout un itinéraire en compagnie d'une demi-douzaine d'auteurs. Costas Varnalis brosse un émouvant portrait de Papadiamantis , Dimitris Hatzis conte l'acquisition initiatique d'une petite île par un urbaniste révolutionnaire, Despina Cabani-Detzortzis offre la vision d'une femme hospitalisée, allégorie peut-être d'un pays sans repères autres que son passé et ses passions que pourrait symboliser Le sarcophage de Yorgos Ioannou, et de façon plus ironique, la mort de Mère-grand de Christophoros Milionis ou les vaches explosives de E. Ch. Gonatas! Sous la neige ou en plein soleil, ces nouvelles reflètent une évolution que retrace Ismini Vlavianou et une popularité qu'essaie d'analyser Catherine Vélissaris, de l'Institut français d'Athènes. De quoi découvrir "L'histoire d'une Grèce moderne".(Brèves n° 45, Atelier du Gué, 11300 Villelongue d'Aude,50F)

 

Noël Devaulx est à l’honneur du dernier numéro de la revue Brèves. Entrepris de son vivant le dossier qui lui est consacré voit donc le jour après le 9 juin 1995, date de sa disparition. Cet euphémisme eût sûrement fait sourire ce maître du fantastique, genre littéraire toujours difficile à définir, si l’on en croit les réponses - précises et absconses- de l’écrivain, dans son entretien avec Hubert Haddad, ou les propos des divers participants. G. O. Chateaureynaud lit son ultime recueil à l’aune de Gracq et Poe, Marie-Claire Bancquart démontre la “forte présence insolite” du conteur et Jean-Luc Moreau sa “certaine appréhension du monde”. Le mot de la fin de Devaulx reste de toute façon: “vive la fantaisie!” (Brèves n° 48, Atelier du Gué, 11300, Villelongue d’Aude, 50F.)

 

Brèves a très judicieusement confié à Jean-Max Tixier, (Grand prix littéraire de Provence 1994), un numéro entièrement consacré aux “Voix du Sud”. Outre les subtiles “vibrations spécifiques” de ces voix qu’il a décelées chez quatorze écrivains, les critères de sa sélection sont que les auteurs habitent la région Provence-Côte d’Azur, sans pour autant s’ être enfermés dans le ghetto du régionalisme, et en ayant même acquis pour certains une notoriété nationale. Ainsi ne s’étonne-t-on pas de rencontrer Raymond Jean, Hubert Nyssen, Paule Constant ou Jean Contrucci. Une large gamme d’écritures, en effet, propre aux ambitions multiples de la nouvelle. L’Atelier du Gué, qui publie la revue Brèves, traverse parallèlement les frontières et l’océan en faisant paraître au même moment une anthologie de La nouvelle contemporaine au Mexique (Co-édition avec l’Institut français d’Amérique latine, 90F) que présente Louis Panabière. (Brèves n° 49, 11300 Villelongue d’Aude, 70F).

 

Nedim Gürsel, écrivain turc en exil, d’abord par contrainte, puis par choix, accorde dans Brèves un entretien à un autre exilé, l’irakien Jabbar Yassin Hussin. Son enfance, sa langue maternelle dans laquelle il continue à écrire, son travail de traducteur, la ville d’Istanbul (où il a vécu dix ans), les femmes et, bien sûr, l’art de la nouvelle y sont les principaux sujets abordés. Pénélope, texte inédit qui conte la métamorphose d’une tourterelle en une belle femme blanche, illustre ici le talent de l'écrivain. La revue exhume en outre un autre entretien, avec Charles Bukowski, suivi de quatre courts récits depuis longtemps indisponibles du poète américain. (Brèves n° 50, Atelier du Gué, 11300 Villelongue d'Aude, 70F).

 

Jean-Pierre Cannet a déjà publié une dizaine d’ouvrages. Le prix de la nouvelle de Saint-Quentin, en 1990, lui a permis de rencontrer ses premiers éditeurs. C’est, entre autres propos sur son itinéraire, ses angoisses face aux “temps à venir”, “la solitude de l’écrivain contemporain”, la difficulté mais aussi la jubilation d’écrire, ce qu’il confie à Christiane Rolland Hasler. Propos suivis d’une superbe nouvelle contant une sortie de prison, intitulée Le furet. (Brèves n° 51, 11300 Villelongue d’Aude, 70F).

 

Brèves invite à découvrir l’univers rare et trop méconnu de Gisèle Prassinos. Poète, romancière, traductrice (de Kazantzakis), nouvelliste, Gisèle Prassinos est née en 1920 à Constantinople dans une famille grecque qui a dû s’exiler en France pour fuir une guerre fratricide. Les surréalistes, fascinés par ses talents précoces, l’ont rendu célèbre. Des lettres de Jean Cocteau, Max Jacob, ou préfaces d’Eluard et Breton témoignent ici de leur engouement. Un entretien émouvant avec l’auteur de Le Temps n’est rien (premier roman paru en 1956) retrace son itinéraire, étayé par les études de RoseMarie Kieffer. Une nouvelle inédite confirme ce qu’Eluard nommait son “naturalisme crépusculaire”... (Brèves n° 53, 11300 Villelongue d’Aude, 70F).

 

Brèves a publié voilà dix ans environ la première nouvelle en français de Gao Xingjian. Aujourd’hui l’écrivain chinois en exil accorde à la revue un long et passionnant entretien. Il faut le lire non seulement pour cet itinéraire hors du commun mais pour le regard porté, riche d’enseignements, sur notre culture occidentale. (Brèves n° 56, 11300 Villelongue d’Aude, 70FF).

 

Marc Petit « a opté pour l’homogénéité, la continuité et la construction d’un univers bien à lui » souligne Eric Dussert avant de s’entretenir avec l’auteur d’Histoires à n’en plus finir (recueil publié en 1998 de l’intégralité des nouvelles et contes écrits en presque trente ans). Sont abordés la définition de la nouvelle, la question du sens et du réel en littérature, l’ironie et la vérité, L’Architecte des glaces , son « autobiographie fictive », le mouvement de la Nouvelle Fiction et… « les cacographes à la mode ». A ce tour d’horizon viennent s’ajouter témoignages de complicité (Volodine, Haddad, Zerdoun…) et quellques études sur le « rayon vert », les masques et ce roman emblématique,La Compagnie des Indes, dont rend si bien compte Jean-Luc Moreau. (Brèves n° 59, 11300 Villelongue d’Aude, 70F).

 

Xavier Bazot sut dès l’âge de sept ans qu’il ne serait point pâtissier comme son père, mais écrivain. Aujourd’hui, il mange des pâtisseries en Inde et écrit Pluies de mousson, un fort beau texte.Stabat Mater, Tableau de la Passion, Un fraisier pour dimanche ouChronique du cirque dans le désert... sont les livres de cet auteur discret qui s’entretient avec Christiane Rolland Hasler. Proche des gens d’Emmaüs, du Cirque ou des Manouches, Xavier Bazot avoue ses goûts pour l’errance comme pour sa famille, parle de ses références littéraires (Gadda, Rétif, Pound...) ou de sa philosophie. Outre ce dossier à lui consacré, les photographies de Martine Simon et gravures de Pascale Hémery (deux familières du Magazine littéraire ), une couverture désormais en couleur, un choix de nouvelles inédites, dont une de Jean Vautrin, font de l’ensemble un bel hommage à la littérature. (Brèves, n° 61, 11300 Villelongue d’Aude,70F.)

 

Brèves a confié à Richard Comballot, spécialiste des littératures dites « de genre », un judicieux dossier sur Daniel Walther. Cet Alsacien né en 1940, auteur d’une trentaine d’ouvrages dans le domaine du Fantastique et de la Science-Fiction, évoque donc, au cours d’un entretien ; les angoisses de son enfance, sa double culture française et allemande, sa foi, sa vision pessimiste du monde, le « territoire très frelaté du Fantastique américain », l’« art majeur » de la nouvelle, son « esthétisme décadent »… Des fragments d’un essai en cours prolongent ses réflexions, références, critiques et hommages. Et son impressionnante histoire de soldats confrontés à une « forteresse à jamais morte, à jamais hantée, à jamais inexpugnable » ouvre avec brio un recueil de nouvelles fantastiques. (Brèves n° 62, 11300 Villelongue d’Aude, 60F.

 

Jean-Claude Pirotte est écrivain, mais aussi… peintre. Son rêve eût été d’être comédien, ou musicien. Jadis avocat et longtemps sans domicile fixe, il faut l’entendre aujourd’hui parler de sa vie, ses « récits incertains », ses auteurs de prédilection (Dhôtel , Chardonne…) Lire aussi son carnet du Cabardès, sa nouvelle « La bonne aventure », et tomber sous le charme. (Brèves n° 63, 11300 Villelongue d’Aude, 60F.

 

Brèves a eu l’excellente idée, à l’occasion du Salon du livre de jeunesse de Montreuil, de concocter une sélection de 111 nouvelles destinées aux lecteurs de 12 à 16 ans, de Monique Agenor à Spôjman Zariâb. Des nouvelles, et non des recueils, du monde entier, et parues depuis 1997. Une bibliographie de référence avec les mots-clefs du « genre » définis par Martine Delort, de belles photographies d’écrivains en noir et blanc par Martine Simon, et, pour mettre en appétit, deux textes inédits pleins de verve ; l’un de Marie Desplechin, l’autre de Jean-Noël Blanc et Annie Saumont. (Brèves n° 63 bis, 11300 Villelongue d’Aude, 5€.)

 

Spôjmaï Zariâb répond aux questions de Martine Delort sur sa situation de femme afghane et d’écrivain séduit par la nouvelle dont « la structure, dit-elle, a à peine cinquante ans dans notre littérature ». Elle évoque bien sûr la littérature persane, Saahadi, la poésie, mais aussi le voile, les Talibans, l’exil, la France et La Fontaine. On peut lire, en complément, la première partie de « La carte d’identité » qu’elle a publié en bilingue aux éditions de l’Inventaire (Paris, 2000, 12,04 €). Ainsi qu’une brassée de savoureuses nouvelles inédites dont la plupart ont pour thème la liberté retrouvée, que ce soit celle d’un émigré espagnol pour Michel Baglin, d’un prisonnier de La Santé pour Christiane Baroche, d’un vieux  poète pour Cyrille Fleischman ou d’un junkie pour l’Ecossais John Grace, une heureuse découverte, à l’instar de ce Charles de Coynart, romancier oublié de la fin du XIXe siècle. (Brèves n° 65, 11300 Villelongue d’Aude, 10€.)

 

Brèves donne la parole à Fatou Diome, originaire du Sénégal et vivant en France depuis 1994. Cette nouvelliste évoque son enfance, sa différence, son exil, son recueil La Préférence Nationale et quelques écrivains africains. D’elle on peut lire la nouvelle inédite Ports de folie - où une Toutina s’entiche d’un baroudeur - ainsi que d’Isabelle Eberhardt, parmi d’autres auteurs, Amara le forçat où sur un bateau en partance pour la « terre aimée d’Afrique » le narrateur rencontre un Musulman qui rentre au pays après avoir purgé une longue peine. (Brèves n° 66, 11300 Villelongue d’Aude, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 10 €.)

 

Brèves revient aux « Nouvelles Noires », dix ans après un Brèves spécial Noir (n°42). Dix ans après est d’ailleurs le titre d’une nouvelle de Jean-Hugues Oppel, qui reprend le sujet de Phot. Souh., sa nouvelle publiée il y a dix ans et proposée ici en ouverture. Une jeune femme cherche des partenaires masculins dans de petites annonces coquines. Elle a vieilli, ses proies aussi, et Oppel fait toujours preuve d’humour. Un trait de caractère qui domine l’entretien accordé à Richard Comballot. Où il évoque ses origines, ses échecs, ses réussites, ses activités cinématographiques et bien sûr ses lectures. Didier Dæninckx, Romain Slocombe ou Jean-Bernard Pouy l’accompagnent de leur prose « noire » parmi des dessins de Loustal. (Brèves n° 67, 11300 Villelongue d’Aude, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 10 €.)

 

Brèves rend un bel hommage à Béatrix Beck, née en 1914 et qui continue à écrire, un carnet sur les genoux, dans sa maison aux volets bleus de Normandie. Le dossier est proposé par Jean-François Kosta-Théfaine autour d’un entretien inédit qu’il fait suivre d’une bibliographie très complète, d’une sélection d’articles de presse parus avant et après son obtention du Prix Goncourt en 1952 pour Léon Morin, prêtre et, avec Suzan Petit, de critiques littéraires couvrant la période qui « correspond à l’écriture de nouvelles, à savoir 1990-2000. » L’entretien porte sur l’ensemble de ses œuvres que Frédérique Chevillot lui soumet dans l’ordre chronologique de parution. La confrontation donne l’occasion à Béatrice Beck d’évoquer avec malice ou volupté les moments d’une vie liée à la quête du sens et à la défense de quelques principes. Elle se réfère en passant à Stendhal, Proust, Cocteau ou Balzac sans oublier André Gide dont elle fut secrétaire, comme le rappelle ici Henri Heinemann parmi quelques autres approches sur son parcours littéraire ou son art de la nouvelle. (Brèves n° 68, 11300 Villelongue d’Aude, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 10 €.)

 

Brèves donne la parole à l’écrivain algérien Abdelkader Djemaï qui, en exil depuis 1993, a écrit la plupart de ses livres en France. Et tous en français, en attendant qu’ils soient un jour traduits en arabe. Il parle de ses origines modestes, des liens entre son écriture et les événements tragiques de son pays, d’Albert Camus à Oran, du désert… Il donne en plus une nouvelle où une photographie éveille chez Djilali le souvenir du « grand bruit qu’avait fait la bombe sur la place où sa sœur jouait cet après-midi-là à la marelle. » Suit une douzaine de nouvelles d’auteurs contemporains et en prime une exhumée de Jean Richepin (1849-1926) d’une drôlerie féroce sur la gent littéraire. (Brèves n° 70, 11300 Villelongue d’Aude, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 10 €).

 

Brèves revient sur l’écrivain Enrique Serna à la faveur d’un excellent dossier « Nouvelles mexicaines » et avant la publication à L’Atelier du Gué de son recueil Amours d’occasion. Marie-Ange Brillaud, qui a brillamment rassemblé, traduit et présenté cette dizaine de nouvelles, s’entretient justement avec Enrique Serna qui conte ici les terribles affres d’un personnage payé pour ne pas travailler. De l’humour noir, donc, qu’il assume comme « satire sentimentale » au sein d’une société mexicaine sur laquelle il livre quelques clefs, ainsi que sur son œuvre. (Brèves n° 71, 11300 Villelongue d’Aude, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 10 €.)

 

Ça s'écrit se veut, par provocation, une revue "mineure". Son enjeu, à l'instar de la revue Sarrazine, est de regrouper autour d'un mot des textes contemporains et d'autres plus anciens. C'est "au pluriel, le mot vice" cette fois retenu. D'où, entre un extrait de La Philosophie dans le boudoir de Sade et des vers d'Apollinaire (Le vice en tout cela n'est qu'illusion/Qui ne trompe jamais que les âmes vulgaires), se glisse un texte d'Amélie Nothomb désireuse de remplacer le vice d'écrire par celui de fumer, d'Annie Ernaux suggérant à une communiante un usage inattendu du missel ou d'autres talents (Irina Levy-Bruhl, Anna Dora...) propres à mériter au moins quelques notes de présentation. Sur le même principe, hommage est rendu à Max Jacob, avec choix de textes à la clef (Ça s'écrit n° 2-3, 19 rue Chabrol 75010 Paris, 65F).

 

Blaise Cendrars habillait de secrets les livres qu’il projetait d’écrire, ou qu’il déclarait avoir....brûlé! Aussi est-ce une surprise de taille que la découverte, dans les Archives littéraires suisses de Berne, d’un manuscrit mythique mais bel et bien réel: La vie et la mort du soldat inconnu. Pas moins de 93 feuillets aujourd’hui réédités avec notes et variantes par Judith Trachsel et Claude Leroy qui les présente avec brio et érudition. Cendrars, dans ce projet fou et impossible à achever, s’attaque à trois sujets; l’histoire de la Grande guerre, la légende prométhéenne et sa propre autobiographie. L’écrivain se plaît en tout cas à imaginer un “homme” marginal, oriental en partie Turc et peut-être syphilitique, venu se battre sur le front russe avant de devenir symbole sacré occidental. Ce n’est pas sans ironie qu’il jongle avec les hypothèses identitaires dans l’introduction intitulée “Caralina” et la scène du cheval cuit pour le partage, par la suite, vaut son pesant de rite initiatique. Ou comment on change un homme en flamme! (Cahiers Blaise Cendrars n° 4, Honoré Champion, 7 Quai Malaquais 75006 Paris, 168F).

 

Pierre Boudot est décédé voilà à peine dix ans suite à un accident de la route. D’aucuns de son vivant le crurent disparu puisqu’il n’écrivait plus. De là sa réponse à une question posée par un hebdomadaire en 1987: “Je n’ai pas (et plus) l’intention de mourir”. C’est à cette aspiration du chercheur de “gloire” (“de la gloire intérieure, bien entendu, de la gloire d’être réalisé” comme le précise Salah Stétié) que la publication par Dominique Daguet des Actes du colloque qui s’est tenu à l’ancienne abbaye de Cluny sur l’actualité de Pierre Boudot (1930-1988) apporte un beau regain d’espérance. On peut y suivre avec Joël Schmidt  sa “constante interrogation métaphysique”, entre damnation et rédemption, dans ses cinq romans, de Le Cochon sauvage à La Louve. Maurice de Gandillac commente admirablement le fervent lecteur de Nietzsche que fut Pierre Boudot à travers ses différents ouvrages philosophiques, mais aussi son enseignement et... sa vie. Une vie marquée par “cette trilogie, Algérie, Nietzsche, Avila” qu’évoque le journaliste Emmanuel de La Taille et abordent les autres participants. De nombreux textes inédits de genres très variés (nouvelles, études, poèmes...) et notamment Licéa, troisième partie du Cochon sauvage ou Le Don Juan des Arbres morts, pièce en trois actes, démontrent en plus l’immense vitalité d’un parcours exceptionnel. (Cahiers bleus n°56, 20 bis boulevard Gambetta, 10000 Troyes, 110F).

 

CCP : trois lettres pour désigner ce « cahier critique de poésie » qui paraît deux fois l’an. Soit presque trois cents pages où trouver tout ce que l’on cherche et désire savoir sur la poésie contemporaine. D’Abou Afach à Whitman, plus de deux cents auteurs récemment publiés y sont recensés, sans parler d’une cinquantaine de revues. Au-delà de cet aspect anthologique et référentiel, CCP donne un dossier autour d’Anne-Marie Albiach. La poétesse répond aux questions de Jean Daive à propos de l’Excès : cette mesure et de son travail avec l’artiste américain Richard Tuttle. Sur la verticalité, l’image du corps, la ponctuation, les réminiscences autobiographiques, etc. Des études s’intéressent à ses précédents ouvrages (Etat, Mezza Voce…) et à ses accointances avec la musique (entretien avec le compositeur F.C. Yeznikian). (CCP cahier critique de poésie n° 5, Farrago/cipM, Centre de la Vieille Charité, 2, rue de la Charité, 13002 Marseille, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 15 €.)

 

La lecture des nouveaux Cahiers d’Europe, semestriels, apporte bien des informations complémentaires. Des “partisans d’une Europe sociale (...) riche de ses cultures et de ses peuples” y soulèvent une question essentielle: “De la démocratie, que faire?”. Avec les réponses d’Edgar Morin, Jacques Lacarrière, Guy Coq, Sami Naïr, François George.. (Cahiers d’Europe n° 2, Ed. du Félin, 10 rue La Vacquerie, 75011 Paris, 155F).

 

Cahiers d’Histoire des Littératures Romanes se dit en allemand Romanistische Zeitschrift für Literaturgeschichte. Cette revue bilingue défend une méthode soulignant « l’impact de l’histoire sur la littérature ». Henning Krauss, qui signe l’éditorial du 25ème volume, est aujourd’hui responsable du côté allemand, le côté français étant représenté par Michel Delon et François Moreau. Sous un aspect austère et scientifique, on trouve là dans les deux langues, ou autres langues européennes, des contributions passionnantes. Ainsi Jean Starobinski propose-t-il, après le célèbre commentaire de Lévi-Strauss et Jakobson (datant de 1962), une remarquable relecture du sonnet Les Chats de Baudelaire dans lequel il perçoit « la grimace d’une essentielle insatisfaction ». Claude Pichois tente de résoudre l’énigme d’un portrait dudit Baudelaire par Daumier, sujet de polémique avec Pierre Jean Jouve. Michel Delon s’interroge sur la gêne de Diderot à rendre compte des natures mortes de Chardin et Yves Chevrel fait une indispensable mise au point sur les « études de réception et histoire des mentalités » après Barthes, Todorov, Schaeffer, Durand et Brunel… (Cahiers d’Histoire des Littératures Romanes n° 25, 1/2 et 3/4, 2001, Universitätsverlag C. Winter GmbH, Postfach 106140, D-69501 Heidelberg.)

 

Cahiers intempestifs. Il y avait la chèvre de M. Seguin. Il faudra compter désormais avec la vache de M. Roubaud. Jacques Jouet, en tout cas, dans les derniers Cahiers intempestifs, en appelle au sonnet du poète qui dit “LaVache/Est/Un// Animal/Qui/A/Environ// Quatre pattes/Qui// Descendent/Jusqu’/A terre.” Jacques Roubaud à son tour réinvente la légende de la nymphe Io, lui donne une couleur ibérique fleurant l’arène et bien sûr le taureau. Cela ne va pas sans une certaine ambiguïté. D’où « L’alternative » proposée, non sans humour, par Claude Minière, les « Quatre modestes prolégomènes à l’étude de la vache domestique » de Jean-Noël Blanc ou le poème de  Paul Fournel qui pour « La paix des ménages » compose sur l’amour vache. C’est oulipien en diable que ces gentilles vacheries! Avec de superbes illustrations; créations originales de Claude Viallat, Sol LeWitt, Olivier Douzou... et reproductions de peintures de Jean Dubuffet, ou, plus rupestres, celles de la Grotte de Lascaux. Inutile d’ajouter que ces cahiers imprimés sur velin de Lana, sous emboîtage, sont vachement biens. (Cahiers intempestifs n° 4, Editions Printer, 14 rue de la Richelandière, 42100 Saint-Etienne, 350F. Abonnement: 2 numéros pour 560F ou 4 pour 989F)

 

Georges Perec ne s’est jamais prétendu critique d’art mais son goût et sa culture en ce domaine ont de quoi forcer l’admiration. Sa Défense de Klee, notamment, un écrit de jeunesse peu connu, expose ses vues et intuitions sur la peinture contemporaine. Et justifie une référence qui des réflexions de La ligne générale sur le réalisme à l’épigraphe de La Vie mode d’emploi marque une œuvre et un regard. Pour lui, la peinture est aussi un embrayeur de fiction et l’étude du cahier des charges d’Un cabinet d’amateur réjouira à ce titre, c’est le cas de le dire, plus d’un amateur. Un dossier exceptionnel, à la fois vivant (comme en témoigne l’entretien avec Guyomard ou la retranscription d’une table ronde à Bologne) et offrant des perspectives a priori inépuisables (Cahiers Georges Perec, L’œil d’abord..., Editions du Seuil, 150F).

 

Philippe Soupault (1897-1990) a de fervents admirateurs. Les témoignages, documents et études qui constituent les volumineux Cahiers consacrés à ce fondateur du Surréalisme en attestent. Il faut reconnaître à François Martinet, Claude Dauphin, Bernard Morlino ou Patrice Begnana une louable énergie qui sait inviter à la découverte et au respect de l’écrivain. Ainsi lit-on avec profit les critiques du Nègre (de Jean Prévost à Maryse Condé) et des Dernières nuits de Paris, roman paru en1928 et comparé au Nadja de Breton. Ainsi se laisse-t-on séduire par les souvenirs passionnés de l’écrivain et cinéaste Nelly Kaplan. Quatre grands entretiens restituant un itiniraire hors du commun ponctué des rencontres décisives d’Abel Gance, André Breton et, bien sûr, de Philippe Soupault sous les auspices de la « lampe au bec d’argent » des Chants de Maldoror... (Cahiers Philippe Soupault n° 3, 11 rue Ledru-Rollin, 47000 Agen,165F.)

 

Caïn présente un dossier sur Stéphanie Benson, auteur d’Une chauve-souris dans le grenier et autres polars parus aux éditions de L’Atalante. Née à Londres en 1959, Stéphanie Benson a adopté la langue et le sol français; elle s’en explique dans un entretien ludique avec les animateurs d’une des rares revues de romans noirs auxquels elle livre son parcours, ses influences et passions. On peut lire en plus des nouvelles inédites: de Stéphanie Benson, bien sûr, mais aussi de Sylvie Granotier, Timor, Michel Leydier, et trouver beaucoup d’informations spécialisées. (Caïn n° 23, La Loupiote, L’Aumère, 85170 Le Poiré sur Vie, 30F).

 

Calamar doit davantage son titre à l’ “écritoire” du XIII ème siècle qu’au céphalopode reproduit en couverture. Ce qui n’empêche pas son éditorialiste et directeur Vincent Hein de filer la métaphore maritime pour présenter cette nouvelle revue trimestrielle. Une vingtaine de livres y sont recensés avec soin, de Raymond Guérin à Rabindranath Tagore, en passant par le polar, la BD, la photographie ou le cinéma. (Calamar n°1, 38 rue de la Glacière, 75013, Paris, 45F).

 

Les éditeurs de la revue Caravanes, André Velter et Jean-Pierre Sicre, s'inscrivent en faux , et avec superbe, contre le poète argentin Discépolo affirmant que "Le vingtième siècle est un dépôt d'ordures". Et il faut absolument  lire leur somptueuse revue qui, dans sa présentation comme dans son contenu, apporte un tel souffle d'allant et de beauté qu'on en arriverait presque à oublier la réalité, comme sous le coup de langue magique et léonin imaginé ici par Marcel Béalu, dont la réédition récente de L'Araignée d'eau rappelle le fantastique pouvoir des mots.Si l'ambition première de Caravanes est bien sûr d'emporter son lecteur français loin des frontières linguistiques et temporelles, en accueillant de nombreux écrivains étrangers, la part  reste belle pourtant aux autochtones qui ont nom Tuot, Sénéchal, Janvier, Morgan, Tanouarn, Gillibert ou Desbatisdes, plumes suffisamment rares pour être mentionnées. Jacques Lacarrière, quant à lui, commente des photographies de gyrovagues prises au mont Athos dans les années cinquante et traduit un hymne de moine bysantin du VIIe siècle. Une forme de méditation sur la tradition que prolonge Marie-José Lamothe en présentant les dessins du Tibétain Jamiang Losal dont la perfection répond aux Objets perdus de Jean-Marie Poumeyrol! Sinon Hawad le Touareg aux personnages inquiétants, Benjelloun le Marocain "qui dénude l'habitude" selon Salah Stétié, Coloane le Chilien "nouveau Jack London" pour Alvaro Mutis, Somlyo et Amichaï, tous deux témoins privilégiés de Jérusalem, Füruzan la Turque et Pourmir l'Iranienne, sans citer les Indiens, Japonais ou Roumains également présents au sommaire, sont des "caravaniers" de premier ordre. La palme reviendrait presque au petit chef-d'œuvre du Coréen Yi Muniol; son Ile anonyme exerce un véritable pouvoir de fascination. Qu'attendre donc pour prendre la route avec eux? (Caravanes n° 4, Editions Phébus, 280F)

 

Caravanes a cinq ans. Les éditions Phébus, vingt. Offrir une aussi superbe revue pour un tel anniversaire témoigne de la part de son éditeur, Jean-Pierre Sicre, un amour du livre et de la littérature hors du commun. Et de la part de son directeur, André Velter, le même goût de l’aventure aux pays des mots et des contrées lointaines. On a rarement si bien nommée une revue dont les richesses viennent des quatre coins du monde. A commencer par le Mexique, qui n’est pas cette terre inaccessible du Quoat-Quoat d’Audiberti mais celle bien réelle de Juan Rufo, ici défenseur de la nouvelle (et admirable photographe), Ines Arredondo, Elsa Cross, Juan Gregorio Regino (traduit du mazatèque) ou Alvaro Mutis, colombien en exil à Mexico, qui nous mène de Nice à Constantinople en passant par Saint-Pétersbourg... Plus de frontières dans l’espace ni le temps, également, pour accueillir le Brésilien Machado de Assis, le New-yorkais T.C. Boyle ou le Grec Nanos Valaoritis présenté ici par Jacques Lacarrière. Large place est accordée aux Slovènes; le peintre Zoran Music ou Boris Pahor, rescapé lui aussi des camps de la mort, ou Edvard Kocbek, peu souvent traduit. Mais il faudrait retenir Radivoj  Stanivuk (Serbe), Nicolaï Kantchev (Bulgare) et partir pour l’Orient d’Abou-Moutahar al-Azdî, traduit pour la première fois par René R. Khawam, celui du calligraphe Hassan Massoudy ou même de Salah Stétié. Enfin Rainer Maria Rilke et Marina Tsvetaeva combleront ceux qui goûtent les “hautes altitudes du rêve”, au carrefour de toutes ces belles pages. (Caravanes n° 5, Editions Phébus, 280F).

 

Caravanes est une invitation permanente aux voyages. Sa dernière livraison de “littératures à découvrir” en apporte de nouvelles preuves, des quatre coins du monde. Du monde islamique comment faire l’impasse en effet sur les ghazals (ou odes courtes) de Sa’di, maître et ancêtre persan d’iraniens aussi fascinants que Sadegh Hedayat ou, disparue plus récemment, la poétesse Forough Farrokhzad? Jacques Dars, fidèle au poste, présente trois écrivains chinois d’époques différentes mais que réunit une passion commune pour les grillons, surtout ceux de combats. C’est de l’île de Java, qu’un autre fidèle, Jacques Lacarrière, ramène photographies et méditations sur l’énigmatique monument bouddhique de Borobudur. Et du Japon, du Tibet ou de l’Inde, on franchit les océans pour le Brésil, le Mexique et une Amérique qu’incarne ici Edgar Poe, avec dix-huit poèmes nouvellement traduits. Mais qu’on se rassure; l’exotisme français est également au rendez-vous avec, entre autres, des photographies de Gérard Rondeau ou des dessins de Rebeyrolle. Entre partir ou rester, reste en tout cas le superbe choix de lire... (Caravanes n° 6, Ed. Phébus, 280F).

 

Caravanes mène toujours, grâce au duo Jean-Pierre Sicre et André Velter, aux « littératures à découvrir », comme l’incite ce livre ouvert de Rembrandt en couverture. Un appel à la beauté qu’entérinent, en début et fin de ce majestueux volume, Henri Michaux et William Blake, les dessins du Français faisant écho à ceux de l’Anglais qui précèdent une nouvelle traduction des Chants de l’expérience. D’autres dessins, de François Cheng ou d’Henri Gaudin , ou les photographies d’Erwin Schenkelbach, se mêlent étroitement aux textes. Des proses, certes, rares et surprenantes, telles celles du Polonais Norman Levine, évoquant une rencontre d’exception ou du Russe Mikhaïl Veller, imaginant la vie d’un centaure d’aujourd’hui, mais surtout, surtout, de la poésie. On peut citer, traduit du yiddish, le terrible mais superbe Chant du peuple juif assassiné d’Itzhak Katzenelson (1886-1944), le lumineux Volume vert de l’Iranien Sohrab Sepehri (1928-1988) ou ce symbolique Ciel sans passeport, écrit en persan par Fereydoun Faryad, traduit en grec par l’auteur et en français par Jacques Lacarrière (« La solitude m’a rapproché des oiseaux. /Et appris à voler. ») Toutes les écritures sont ici convoquées, de l’anonyme à la célèbre, de la nouvelle à l’ancienne, et disputent d’émerveillement. (Caravanes n° 7, éditions Phébus, 44€,  288F60. )

 

Cargo file toujours la métaphore maritime en présentant comme timoniers de jeunes poètes ou plasticiens et adopte, pour aborder le thème de “la guerre” (entendue comme “moléculaires fronts de résistance” au “cynisme de notre époque”) la forme peu courante du cahier à spirale. Ses accointances bordelaises lui font proposer une escale avec Michel Suffran ou Jean Malzac dans une ville qui, si l’on se réfère à la savoureuse approche de Jean-Marie Planes, inspira au XIXe siècle des visiteurs aussi prestigieux que Gautier, Hugo, Taine, Flora Tristan et bien sûr Stendhal. On y trouve aussi une réflexion de Gilbert Lascault sur Bacon, de Francis Parent sur Michel Carré et un entretien avec le cinéaste japonais Kiju Yoshida à propos notamment de sa mise en scène de Madame Butterfly de Puccini. (Cargo n° 10/11, 16 rue des Grands Augustins, 75006 Paris, 75F.)

 

Cargo, de Catherine Cazalé, a réalisé pour sa livraison d’hiver un catalogue des photographies de Henri Maccheroni, toutes consacrées (il y en a eu 2000 d’exposées!) au sexe d’une femme. Avec texte de Denis Roche et poèmes de Pierre Bourgeade, sans parler d’un court essai philosophique de Michel Onfray sur le compositeur Eric Tanguy ou d’une coruscante interview de Ben... (Cargo n° 12, BP 239-09, 75424 Paris Cédex 09, 75F).

 

Carnet de voyages. Trois amis venus d’horizons divers ont mis en commun leur attirance pour la littérature et la photographie dans une aventure intitulée “Le Point du jour”. Ils ont d’abord eu l’idée de publier de petits livres qui, sous l’appellation Carnet de voyage et la forme d’un accordéon de neuf volets réunis sous une couverture, sont le lieu de rencontres entre un photographe et un écrivain. François Bon a commencé et commenté les vues d’une “ville morte” de Jérôme Schlomoff, puis Alain Lercher et Hubert Colas ont répondu aux images plus “exotiques” de Christophe Bourguedieu et Didier Ben Loulou. Enfin, dans la dernière livraison, Michel Butor, sur des photos de Denis Roche, propose à son tour L’embarquement pour Mercure. A cette collection vient désormais s’ajouter la publication d’autres livres, fondés sur le même principe d’associer mots et images, comme ce Bushwick de l’Américain Danny Lyon qui relate, en anglais, avec la traduction en regard, la vie d’un quartier déshérité de Brooklyn. La réussite d’allier la souplesse d’un livre de poche à l’originalité du livre d’artiste donne des misères de ce monde une vision non dépourvue de noblesse. (Carnet de voyages, Le Point du jour, Le Bec d’Oisel 50340 Le Rozel. Abonnement; 160F pour quatre numéros).

 

L'éditeur René Rougerie confie, dans la revue Chemins, une motivation profonde à l'origine de sa vocation; "après l'aventure exaltante de la Résistance, celle de vivre une autre aventure, périlleuse et authentique, d'entreprendre en quelque sorte une nouvelle résistance". C'est ainsi qu'il s'est engagé pour quarante cinq ans à ne publier que ce qu'il aime, des poètes Joe Bousquet et Saint-Pol-Roux à Marcel Béalu, avec lequel il a fondé la revue Réalités secrètes, Marguerite Clerbout ou Jean-François Mathé... D'abord imprimeur, il a réussi à  ne se consacrer qu'à l'édition à partir de 1960 et compte 1200 ouvrages à son catalogue! Dans ce même numéro, François George s'interroge sur l'impossibilité de parler de la Résistance française. Si elle "se dispense de toute démonstration et de tout commentaire", en tant qu' "affirmation de la pure valeur", elle n'en constitue pas moins un écho de bon aloi aux propos de Rougerie. L'intervention de Régine Pascale sur la bibliothèque détruite de Sarajevo, les évocations campagnardes et enfantines de Jean-Loup Trassard ou montagnardes et exotiques de François Duvialard en Amérique latine, n'en sont pas moins une façon de résister avec des mots. Et, en point d'orgue, cette brève mais féconde rencontre avec Matta relatée par le poète Jean-Pierre Guillon qui recueille du grand peintre cette question qui résisterait à la moindre idée reçue: "l'important pour un peintre, ce n'est pas la peinture; c'est la pensée, n'est-ce pas ?" (Chemins n° 2, 18 rue Elie Fréron, 29000 Quimper, 75F)

 

Cinéma I 03 est une « revue semestrielle d’esthétique et d’histoire du cinéma ». Bellement et intelligemment illustrés, les articles témoignent d’une connaissance approfondie non seulement du cinéma mais de la littérature ou de la philosophie. Sont ainsi comparés les Comtes moraux d’Eric Rohmer aux Pensées de Pascal « aux univers simultanément régis par les principes opposés de l’organisation et de l’inattendu ». Des approches thématiques comme « l’état d’infirmité » chez Howard Hawks ou la « tragédie homosexuelle » chez Murnau alternent avec des études comparatives comme celles sur les « deux fictions en ruines » que sont  Satyricon de Fellini et Stalker de Tarkovski. Le Polonais Skolimowski, le Japonais Masumura ou le Hongrois Béla Tarr sont également au programme. (Cinéma I 03, Editions Léo Scheer, 20 €.)

 

Michel Foucault (1926-1984) est plus que jamais à l’ordre du jour. Ne serait-ce que par l’important dossier de la nouvelle revue Cités - dirigée par Yves Charles Zarka - organisé à partir de son Il faut défendre la société paru en 1976. A cette réflexion plurielle sur le pouvoir s’ajoute une autre dimension. En fait, Foucault avait prévu, en parallèle à son Histoire de la sexualité, un livre sur La gouvernementabilité de soi et des autres à partir d’un cours prononcé en 1982 au Collège de France, demeuré inédit et dont l’ouverture, intitulée « Subjectivité et vérité » est ici donnée. Où le philosophe articule le politique sur l’éthique et développe le thème de la subjectivité pour aborder « la question du sujet ». Une démonstration magistrale sur l’epimeleia heautou (le souci de soi), de l’Antiquité à nos jours en passant par Socrate, Descartes, Lacan et une superbe analyse d’Alcibiade. (Cités n° 2, PUF, 98F).

 

Conférence procure le plaisir d’une sérieuse revue semestrielle dont le volume (plus de cinq cents pages!) et l’aspect austère ne doivent en aucun cas détourner l’attention mise en éveil dès la couverture par une citation de Montaigne: “Le plus fructueux et naturel exercice de notre esprit, c’est à mon gré la conférence...” Le thème en est cette fois (après “La beauté des corps”, “Le scandale” ou “Le clair-obscur”) ; “Les visages de la terre”. Louis Poirier (alias Julien Gracq) y évoque L’évolution de la géographie humaine, bel hommage aux travaux d’Albert Demangeon. Nicolas Bouvier confie ses impressions sur Sarajevo, la Moldavie ou l’Inde sans “ gommer comme le font tant de récits, les aléas, contrariétés, paniques, maladies ou journées d’interminable ennui qui font le prix de tout voyage”. D’autres pages inédites, longtemps censurées, du Voyage en Arménie de Mandelstam, des photographies commentées d’Eric Dessert, des notes et dessins d’Alexandre Hollan, des proses de Pierre Bergounioux ou Maurice Chappaz succèdent, entre autres, à un ensemble de lettres étonnantes de Thomas Jefferson, président des Etats-Unis de 1801 à 1809. Sa correspondance (environ vingt mille lettres!) retrace le mouvement d’expansion d’un pays en devenir et offre une réflexion “sur les problèmes que pose à la république l’existence de la population indienne et noire”. Outre ce conséquent dossier la revue publie d’autres lettres (Joseph Joubert, Pétrarque), des échanges épistolaires (Gustave Roud, Philippe Jaccottet) sans parler de nouvelles traductions; Poèmes de jeunesse de Nietzsche et, par Emmanuel Martineau, une version inédite de la conférence de Martin Heidegger; De l’origine de l’œuvre d’art (Conférence n° 4, 25 rue des Moines, 77100 Meaux, 130F).

 

Contretemps. C’est au psychanalyste René Major, au philosophe Jacques Derrida et à l’éditrice d’Antonin Artaud, Paule Thévenin (disparue en 1993) que l’on doit le projet de cette somptueuse revue dont le titre offre la thématique abordée. Le premier tente de donner une définition du contretemps, le second d’analyser l’œuvre du peintre Salvatore Puglia et la troisième de justifier pourquoi elle a transgressé le refus de Jean Genet en participant à un colloque consacré à l’écrivain. Du contretemps à l’anacrouse la frontière est ténue, qu’avait franchie Maurice Blanchot dans une étude sur la poésie de Louis-René des Fôrets ici rééditée.Prestigieuses sont donc les participations, issues souvent du Collège international de Philosophie ou de l’université; Cixous, Deguy, Nancy ou Laporte, qui rend hommage à Levinas en montrant que “dans l’économie divine, juste moment et contretemps ne sont pas contradictoires”. Egalement, Roubaud, Lascaut - une approche des peintures de l’Argentin Antonio Segui - ou Veira da Silva. On l’aura compris, philosophie, littérature, architecture ou peinture (à noter l’étude remarquable de l’univers de Courbet à travers la lecture d’ Hegel par Michael Fried) sont ici à l’honneur. Entre photographies de Boubat et reproductions des toiles analysées. Revue à contretemps, peut-être, mais qui vient à point nommé. (Contretemps n° 1, L’Age d’homme, 5 rue Férou, 75006 Paris. 250F)

 

Contre-vox en appelle davantage à la proximité qu’à l’antagonisme pour publier deux fois par an des textes de création et permettre “la salutaire confrontation de tous les acteurs de l’écrit”, selon les vœux de son animateur, Alain-Claude Gicquel. De nouveaux prosateurs y alternent avec quelques auteurs plus confirmés, tels Jacques Séréna ou Claude Bourgeyx, et une ouverture vers la littérature étrangère représentée par un inattendu Yves Montand de la Finlandaise Esa Sariola. Un dossier introduit par une réflexion de Franck Evrard pose la question: “La littérature française n’est-elle pas devenue un salon des surestimés?” Jérôme Garcin, Jean-Philippe Domecq et Patrick Besson sont tour à tour sollicités par des entretiens, accompagnés d’articles divers. Une enquête posant une autre question (“La littérature vous a-t-elle préservé(e) de quelque chose?”), et des notes de lecture, closent  l’ensemble. (Contre-vox n° 1, BP 408, 37174 Chambray-lès-Tours Cedex, 85F.)

 

Contre-vox, après un numéro remarqué sur la critique littéraire, enquête sur “le polar français des années 90”, avec table ronde de spécialistes et interventions d’auteurs (Pouy, Daeninckx, Fajardie...). Dans la partie “création” on note les textes de Mehdi Belhaj Kacem (troisième roman à paraître chez Tristram), Robert Gordienne, Marie-Florence Ehret et une nouvelle d’Alain Demouzon d’où est né son flic Melchior (Contre vox n° 2, BP 408, 37174 Chambray-lès-Tours Cedex, 85F).

 

Contre-vox poursuit ses enquêtes des deux premières livraisons. Mais le morceau de choix reste un dossier sur les liens entretenus entre “le lit et le lu". Sait-on bien que la coutume de lire au lit est née à partir de la moitié du XVIIIème (Ah, les ruelles des Liaisons dangereuses!), grâce à la démocratisation de la lecture et l’amélioration du confort domestique? Et de la lecture au lit, l’érotisme n’est pas loin, ni La Lectrice de Raymond Jean, sur laquelle son auteur apporte ici quelques réflexions nouvelles. Bernard Noël, lui, se laisse interroger sur les notions de nu et d’intimité. Et Ludovic Janvier se prête, à propos d’En mémoire du lit (Gallimard, 1996), aux questions de Franck Evrard, qui introduit l’ensemble par quelques “paroles alitées” de bon aloi.(Contre-vox n° 3, BP 408, 37174 Chambray-lès-Tours Cedex, 85F).

 

Contre-vox a trouvé refuge au sein d’HB éditions et entame une seconde vie avec un numéro presque entièrement consacré à la nouvelle. Dans le dossier central habituel Franck Evrard, René Godenne, mais aussi Gilles Ascaride, dans une chronique sur l’obsession du faire court, ou selon lui du “nanisme calibré”, mettent à mal les multiples idées reçues et clichés que draine ce genre littéraire. Des auteurs comme Daniel Boulanger ou Annie Saumont accordent un entretien sur leur propre vision de “spécialistes” et une nouvelle inédite d’Annie Mignard est soumise à une confrontation de lectures diverses. Et la revue d’offrir, comme il se doit, des créations de Catherine Vigourt, Jacques Fulgence ou Tess Gallagher, épouse de... Raymond Carver(Contre-Vox n° 4, HB éditions, BP 5, 30670 Aigues-Vives, 100F).

 

Convaincre se lance dans l’aventure éditoriale pour associer « des écrivains de la communauté française de Belgique et du Nord de la France. ». Avant de réunir ces écrivains autour d’un recueil de nouvelles sur le thème de « convaincre », avant de célébrer le droit de vote des femmes ou le surréalisme, Alain Trémiseau réalise le vœu de mêler écriture, peinture, musique, littérature et spectacle dans un vibrant hommage à Annette Cornille. Une musicienne devenue peintre, engagée dans le conflit bosniaque, dont le destin artistique se trouve ici mêlé aux voix de Julos Beaucarne ou Marcel Moreau... (Convaincre, 3 rue de la Source, 7331 Baudour St-Ghislain Belgique).

 

Courant d’ombres est une revue littéraire semestrielle qui se donne le temps de constituer des dossiers. Ainsi celui sur Francis Giauque, poète suisse qui s’est donné la mort voilà déjà 30 ans. Hugues Richard, son ami le plus proche, apporte une lettre inédite (“Dans le fond, écrire des lettres, ça fait passer un moment.”) et son témoignage au même titre que Georges Haldas ou d’autres personnalités suisses. Des contributions critiques des animateurs de la revue (Patrick Krémer, René Pons) mais aussi de Jean-Pierre Bégot, un de ses éditeurs et défenseurs de la première heure, Christian Estèbe ou Alain et Odette Virmaux tentent de mieux cerner son œuvre. Maurice Born, fondateur des éditions Canevas, explique, dans un entretien, comment il envisage la publication des œuvres complètes du poète. Enfin ce n’est pas sans émotion qu’un hommage est ici rendu à Marie Balvet qui a choisi récemment, elle aussi, peu après avoir donné un spectacle conçu autour des textes de Giauque, de “sortir par la porte royale de la Mort”. (Courant d’ombres n° 2, 321 rue de Charenton 75012 Paris, 70FF)

 

Critique est une revue désormais cinquantenaire! A l’instar des Temps modernes (cf Magazine littéraire n°345), avec qui elle trouva un temps refuge chez Calmann-Lévy, elle fête aujourd’hui son jubilé. Le parti pris affiché est d’en présenter un album historique plutôt qu’une anthologie chronologique. Les plus anciens textes y sont repris en fac-similé et se distinguent visuellement de ceux écrits pour l’occasion, donnant une perspective riche d’enseignements, sans trop sombrer dans le fétichisme ni la nostalgie. Antoine Compagnon y rend hommage à Jean Piel, collaborateur de la première heure et directeur de la revue après Georges Bataille qui l’a fondée en juin 1946. Il en profite pour rappeler comment sous l’influence de Piel Critique n’a pas “donné dans l’anti-américanisme”, a soutenu la littérature, dont le Nouveau Roman, Duras, les nouvelles avant-gardes, et a gardé “une ouverture au monde dans tous ses états”. Bataille donc, mais aussi Blanchot, Leiris, Deleuze, Barthes et Foucault se retrouvent au sommaire, en vis-à-vis de Denis Hollier, Jean-François Lyotard (à propos de Malraux), Pierre Vilar (à propos de Roussel) ou Michel Tournier, qui a préféré une évocation émouvante de Gilles Deleuze, auteur d’une célèbre étude sur son Vendredi. Philippe Roger, l’actuel directeur, démontre que Roland Barthes n’en a jamais autant dit “sur la littérature et, chose plus rare, sur lui-même”, dans son étude sur Loti, et Judith Revel s’interroge sur l’apparition de la notion de “différence” dans la démarche de Foucault. Comme le dit Philippe Roger, évocant Piel; “A cinquante ans, Critique...” (Critique n° 591/592, Editions de Minuit, 98F).

 

Critique, revue désormais cinquantenaire, consacre sa dernière livraison à un sujet qui lui donne un regain de jeunesse. L’intitulé « Eros 2000 » traduit l’ambiguïté de ce qu’on ne sait nommer aujourd’hui sexualité, libido, érotisme, etc. L’introduction de Philippe Muray, d’un pessimisme jubilatoire, donne le ton. Pour lui, la victoire en marche du romantisme (« c’est-à-dire de la religion de l’authenticité ») sur le libertinage ne fait aucun doute. Le constat désabusé, ironique et nostalgique d’Alain Roger sur « l’agonie de l’écriture érotique » ou la pertinente analyse de Frédéric Monneyron sur « la méfiance réciproque entre les sexes » confortent une sombre vision des temps présents et à venir. On est loin de Casanova et des libertins du XVIIIe siècle, même si Chantal Thomas retrouve chez Colette quelques affinités et survivances. Loin de 68 également, repère récurrent. La dominance accordée au cinéma, par rapport à la littérature ou à la philosophie (une étude sur le Désir, via Deleuze et Foucault) révèle l’importance actuelle de l’image, de la représentation, voire du virtuel. Des correspondances interdisciplinaires s’imposent, à défaut de conclusions. (Critique n° 637-638, 7 rue Bernard-Palissy, 75006 Paris, 85F.

 

Critique invite à réfléchir sur le plagiat, en littérature mais aussi en musique, peinture, cinéma, informatique, sans oublier le clonage humain. Comme l’indiquent Antoine Compagnon et Philippe Roger, il y a loin de l’imitation(« au cœur de la rhétorique scolaire») au droit d’auteur (« conquête de la Révolution»), et de la métaphore plagiarius de Martial - assimilant le vol de vers à celui d’enfants - aux subtilités juridiques concernant le droit des marques. Copier, voler, protéger, interdire, autant d’angles permettant de revenir sur l’histoire littéraire (de l’abbé Raynal à Guy Debord) et en particulier l’année 2001, « un grand cru » selon Hélène Murel-Indart. Mais aussi sur Spinoza, le masque de la sagesse de Patrick Rödel, revu par Alain Minc, Autant en emporte le vent par Régine Deforges, ou un roman d’Hervé Guibert par Christine Angot. De la contrefaçon à l’hommage, le plagiat demande ainsi à être mieux défini pour mieux en connaître les enjeux. (Critique n° 663-664, 7 rue Bernard-Palissy, 75006 Paris, 11,50 €.)

 

Décharge a pris des couleurs pour sa couverture, et aussi de nouvelles initiatives. Son animateur, l’infatigable Jacques Morin, souligne que sa revue “tourne depuis 1981, sans qu’on puisse lui imputer le moindre retard”. Il raconte son “histoire et le témoignage grandeur nature de ce type de littérature subalterne et grouillante (opposée à l’officielle et roide)” que repésente Décharge, à la suite des aventures du Crayon noir et du .Désespoir précisément. Autour de lui l’équipe change. Exit Georges Cathalo et Jean Chatard mais persistent et signent Jean-Claude Martin ou Lucien Wasselin... Le couple Valérie Rouzeau et Jean-Pascal Dubost propose des entretiens avec des poètes; Dominique Joubert, Michel Bourçon... Le choix des textes de création permet toujours à de nouveaux talents de s’exprimer. Les plus anciens peuvent prétendre aux suppléments Polder ou à la nouvelle Collection Ré qui publie Paul Quéré (1931-1993) ou Claude Vercey. Critiques et chroniques abondent pour se livrer à des coups de gueule sans complexes où l’humour l’emporte heureusement sur le règlement de compte et l’autosatisfaction. (Décharge n° 91, 3 rue d’Auxerre, 89560 Courson les Carrières, 25F. Abonnement 120F, donnant droit à 5 numéros et 5 recueils Polder).

 

Décharge fête son centième numéro! Le rythme devient trimestriel, la couverture reste en couleur et la revue paraît désormais sous l’enseigne du « Dé bleu », maison d’édition spécialisée en poésie. D’où sa première diffusion en librairie. Jacques Morin, son animateur, y retrace son long parcours marginal avec ferveur et humour. Il classe ses aventures liées aux déplacements et rencontres, donne de chaque livraison un aperçu du sommaire, des extraits d’un journal de bord, des critiques (où l’on retrouve les fidèles Claude Vercey, Lucien Wasselin, Valérie Rouzeau… ) ou poèmes (Yves Martin, Daniel Biga…). Lui répondent à leur façon, souvent drôle et amicale, des éditeurs, poètes ou simples lecteurs sollicités par la question « Qu’est-ce que Décharge représente pour vous? » (Décharge n° 100, 3 rue d’Auxerre, 89560 Courson les Carrières, 40F. Abonnement 130F pour 4 numéros).

 

Décharge rend un bel hommage au poète Jean-Pierre Metge (1949-2002) signé Georges Cathalo, organisateur du dossier, Casimir Prat, qui a « rarement connu quelqu’un d’aussi généreux », Lucien Wasselin, évoquant avec émotion « l’arpenteur du Causse » ou Michel Baglin l’être « extrêmement sensible » qu’on trouve dans sa poésie. Une poésie occultée par une intense activité éditoriale dans le Midi toulousain. Aux côtés de l’auteur de Nos seuls soleils sont des lichens (à paraître aux éditions l’Arrière Pays), on peut lire une pertinente étude de Claude Vercey sur la poésie contemporaine, des Papiers mâchés de Lionel Mirisch et une bonne quinzaine de nouvelles voix encouragées par Jacques Morin, infatigable animateur de la revue. (Décharge n° 117, 20 rue du Pâtis, 89130 Toucy, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 6 €.)

 

Digraphe, revue trimestrielle que dirige Jean Ristat, consacre un passionnant numéro spécial au Baron Corvo, alias Frederick William Rolfe, né à Londres en 1860 et mort à Venise en 1913. Au-delà de la silhouette fantomatique créée par Hugo Pratt se dessine ainsi le portrait de cet écrivain, "mélange de Léon Bloy et de Genet, de Max Jacob et de Maurice Sachs", si l'on en croit Paul Morand dans son Maître Corvo. François Vergne établit sa biographie (tout un roman!) et s'entretient avec Cecil Woolf qui travaille à la publication des oeuvres de Rolfe depuis le début des années cinquante. Des traductions inédites (10e lettre de Venise, deux nouvelles) et de nombreuses contributions (Michel Bulteau, Jean-Paul Corsetti...) contribuent à la gloire du Baron. (Digraphe n° 61, Mercure de France, 95F).

 

Digraphe s'ouvre sur La leçon de Ribérac ou l'Europe française d'Aragon pour illustrer le thème "L'amour avec la langue". On y trouve également un entretien avec le compositeur Alain Bancquart, une présentation de Mona Saudi (sculpteur et poète) par Geneviève Clancy, un extrait inédit de Pétrole de Pasolini (traduit par René de Ceccaty) ainsi qu'une conversation avec Andrea Zanzotto, des poèmes de Nabile Farès et un instructif questionnaire de la Convention (1790), sur la langue française, du curé d'Embermesnil, Henri Grégoire (Digraphe n° 65, Mercure de France, 75F).

 

Roussel. Suite à une livraison qui fêtait ses vingt ans (1974-1994) Digraphe se consacre en entier à Raymond Roussel, avec "des textes fondateurs du mythe rousselien" réunis par Philippe G. Kerbellec, ici maître d'œuvre et auteur par ailleurs d'une récente biographie.  Un "who's who" bien pratique permet donc de cerner les relations mondaines de "ce Marcel Proust du rêve" très avare de confidences, comme en témoigne admirablement Roger Vitrac dans Jouer d'échecs (1928). Philippe Soupault, de son côté, avance sûrement à juste titre en 1920 que "la sympathie silencieuse, d'une part, l'antipathie respectueuse d'autre part, qui entourent Roussel, sont expliquées par la fortune de cet auteur". On se souvient en effet de ce curieux oisif immensément riche au point de ne porter ses cravates, son linge et ses chaussettes qu'une seule fois, de se faire construire une "roulotte automobile" de dix mètres de long, ou de se livrer à de multiples extravagances théâtrales et livresques puisque, faut-il le rappeler, tous ses ouvrages paraissent à compte d'auteur chez Lemerre. Raymond Roussel pense en outre porter la marque du génie universel comme une "étoile au front" et "voit dans le langage bien autre chose qu'un instrument". De là à  considérer cet obscur poète comme une sorte d'alchimiste, André Breton franchit le pas dans son superbe Fronton virage. Robert de Montesquiou, Eugène Canseliet apportent à leur tour des éclairages fort révélateurs sur l'auteur d'Impressions d'Afrique (1910) que des études plus actuelles viennent savamment compléter ou étayer. Enfin l'ensemble s'orne d'inédits de l'écrivain fidèle à sa réputation d'inventeur - une lettre à sa mère livrant un théorème mathématique - ou de voyageur ; Carnets gris d'Egypte 1906, où il est écrit par exemple "Eté à âne au temple de Karnak au clair de lune". Une invitation en somme à lire ou relire celui qui, né à Paris en 1877 et disparu le 14 juillet 1933 à Palerme au Grand Hôtel et des Palmes, écrivait pour se consoler: "Et je me réfugie, faute de mieux, dans l'espoir que j'aurai un peu d'épanouissement posthume à l'endroit de mes livres". (Raymond Roussel, Au cannibale affable, Philippe G. Kerbellec, Ed. du Rocher, coll. "Les infréquentables", 135F. Digraphe n° 67, Mercure de France, 99F.)

 

Dix-huitième siècle. Si les dissensions entre Voltaire et Rousseau sont à présent légendaires on peut dire en tout cas qu’ils partageaient une même passion: le bon vin. L’un est amateur de bourgogne, en boit un demi-litre par jour, en achète de grandes quantités, ironise sur les références bibliques à la vigne et « fait boire à ses héros les crus des pays qu’ils traversent ». L’autre préfère le vin de Sillery, relate dans ses Confessions divers moments passés à boire, s’insurge contre le frelatage, disserte enfin sur les qualités respectives de l’eau et du vin,  dilemme en toile de fond de La Nouvelle Héloïse! Montesquieu, lui, rédige un Mémoire pour réclamer la liberté de planter des vignes en Bordelais où, nous apprend l’histoire, le négoce du vin a précédé sa production. Ce vin qui au XVIIIe siècle s’affirme en France sous toutes ses formes, lexicographiques, techniques, commerciales, donne lieu à maintes mises en scène théâtrales, chansons, poésies, à maints débats entre morale et médecine. Il stimule aussi le palais et l’imagination des étrangers, à commencer par l’Américain Thomas Jefferson. Au bout du compte, « Le vin » constitue un thème aussi instructif qu’enivrant pour une très sérieuse, imposante et annuelle revue. (Dix-huitième siècle n° 29, P.U.F, 230F).

 

Doc(k)s , après quelque temps de silence, refait surface avec une livraison de presque 300 pages qui appartient à une série des “Chantiers” (soit des thèmes proposés pour l’élaboration de numéros spéciaux à paraître quand le matériau paraît suffisant). Ce premier “work in progress” international s’intitule “Hard sex Hot Doc(k)s”. De nombreux collages, montages, photos, dessins pornographiques, où humour et sadisme ne sont pas en reste, mêlés à des poèmes, calligrammes, proses diffuses et confuses, un vrai foutoir en quelque sorte pour les voyeurs de tous bords et amateurs de langues, crues et bien déliées, obsédés de tous poils et tous pays (Doc(k)s n° 6/7/8, Ed. Akennaton, 4 cours Granval, 20000 Ajaccio, 200F)

 

Doc(k)s tente toujours d’innover. Son dernier “chantier”, puisque tels se nomment les numéros en préparation ne paraissant qu’une fois achevés, cherche ainsi à “vérifier que les medias ne se remplacent pas mais s’ajoutent en se spécifiant”. La revue est livrée avec un disque CD-ROM, “objet intermultimédia qui trouve sa nécessité dans les poèmes qu’il propose, animés, sonorisés, interactifs, lesquels ne peuvent exister que par et dans ce medium”, précise Philippe Castellin. Son éditorial prône “une pensée fluide, ailée, huilée, pervasive, pelliculaire, métamorphe, mutansurfante...”. Textes, collages, cadavres exquis et autres productions - internationales - répondent à la conception du projet, avec des bonheurs plus ou moins grands. Les créations (Jean-Pierre Balpe, Augusto de Campos, Claude Maillard...) sont étayées de nombreux textes théoriques. Jacques Donguy, par exemple, retrace depuis le début (1958) l’histoire des liens entre “poésie et ordinateur”, rappelant les rôles essentiels de l’Oulipo et de l’Alamo, Alain Vuillemin donne des approches critiques des rapports entre poésie et informatique, etc. (Doc(k)s n° 13/14/15/16, Akenaton, 20 rue Bonaparte, 20000 Ajaccio, 250 F).

 

Écrivain change de formule. Le titre de pluriel devient singulier et le tandem Marc Villard/ Christine Ferniot passe la main à Pierre Boncenne. “Nous préférons l’information à la critique, afficher des goûts plutôt que des opinions, et manifester de l’humeur sans prononcer de sentences” est-il déclaré en avant-propos. Une chronique de Mario Vargas Llosa, qui s’en prend aux idées véhiculées par Georges Steiner sur la mort de la littérature, et de Simon Leys, faisant l’éloge de la paresse et du tabac, précèdent ici un dossier sur la passion amoureuse dans la littérature du XXème siècle. Suivent des articles ou chroniques (voyage à Naples de Christian Giudicelli ou dans la bibliothèque de Michel Tournier) et une présentation de 33 nouveautés de la rentrée éditoriale. Un pari sur “l’avenir du livre”, à renouveler tous les deux mois. (Ecrivain magazine n° 6, 5 rue de l’Echelle, 75001 Paris, 35 F).

 

Encres vagabondes. Une nouvelle revue littéraire en ce premier trimestre 1994 se doit d'être saluée. Brigitte Aubonnet et Serge Cabrol ont l'intention de faire entendre des voix "aussi diverses que passionnées". Attentifs aux nouveaux talents, destinés à côtoyer des auteurs chevronnés, sinon des grands noms de la littérature, ils n'en négligent pas pour autant toute l'action qui peut être menée autour de l'écriture; chantier de Tourcoing pour sortir de l'alcoolisme, livres et revues de l'ATD Quart Monde ou journaux des SDF... Dans un entretien, Annie Ernaux aborde des problèmes généraux et parle de ses derniers ouvrages. Une lettre inédite d'André Breton à Paul Laraque (né en 1920) permet avec des textes de Laraque lui-même, Jean Metellus et Mona Guérin, une approche des écrivains haïtiens d'aujourd'hui. Des œuvres  du passé sont commentées comme Judas et Le premier amour de Marcel Pagnol, ou étudiées "à l'aune de données récentes" (marketing et  communication publicitaire), comme le Mont-Oriol de Maupassant dont l'année de commémoration de sa disparition fait ici l'objet d'un "bilan aigre-doux" d'Alain-Claude Gicquel qu'on retrouve, avec Didier Goupil, Martine Le Coz ou Jacques Layani au sommaire de la partie "création littéraire". L'ensemble est ponctué de citations, avec une prédilection semble-t-il pour Jules Renard à qui revient le dernier mot: "J'écris tout de même de jolies lettres. Si les gens savaient, ils voudraient ne jamais me connaître que par correspondance". (Encres vagabondes n° 1, 23 rue des Trianons 92500 Rueil-Malmaison, 50FF).

 

Encres vagabondes a trouvé auprès de la ville de Nanterre un soutien et s'associe à ses multiples activités culturelles. Elle accueille ainsi dans ses colonnes ses écrivains en résidence comme Azouz Begag, l'auteur sulfureux du Gone de Chaâba et rend compte du travail de Vincent Safrat  qui grâce à l'association "Lire c'est partir" offre un peu d'évasions livresques aux gamins des banlieues. Serge Cabrol, animateur avec Brigitte Aubonnet de la revue, présente "le parcours d'écriture" de Jean-Pierre Cannet, nouvelliste en effet surprenant qu'on peut retrouver dans Gueules d'orage (Editions Marval/ L'Instant même, 95F). Il faudrait encore citer la présence au sommaire de Pierre Autin-Grenier, Franck Evrard ou Jean-Louis Bailly... (Encres vagabondes n° 2, 23 rue des Trianons, 92500 Rueil-Malmaison, 50F.)

 

Nicolas Bouvier. Les occasions d’entretien avec l’auteur de L’usage du monde ne sont pas si fréquentes. Aussi doit-on souligner l’initiative de la revue Encres vagabondes qui donne la parole à Nicolas Bouvier, ce voyageur étonnant pour qui “l’écriture, le voyage et la vie sont trois exercices de disparition”. La justesse de ses points de vue, que ce soit à propos de ce qui se passe dans les Balkans, du rôle de la mémoire dans les récits de voyage , de la solitude ou de l’uniformisation du monde, ne se départ ni d’humour ni de modestie. Il persuade avec beaucoup de sagesse que pour voyager “il n’y a pas besoin d’aller jusqu’en Mongolie”! Ce qui n’empêche pas Gérard Audax, quant à lui, d’aller en Mongolie, accompagné de Frédérik Tristan, pour un échange théâtral. On apprend également que sa compagnie Clin d’œil milite pour la théatralisation des nouvelles. A ces deux entretiens il convient d’ajouter celui avec Régine Detambel, relatant entre autres son expérience d’ateliers d’écriture, ou de la québécoise Hélène Dorion, à la tête d’une douzaine de recueils de poésie et des éditions du Noroît. Encres vagabondes poursuit ainsi son bonhomme de chemin en faisant en plus la part belle à de nouvelles plumes. (Encres vagabondes n° 4, 23 rue des Trianons, 92500 Rueil-Malmaison, 50F)

 

Encres vagabondes surprend par sa richesse éclectique. Tout en publiant des nouvelles ou poèmes d’auteurs qui en sont à leurs premières armes ce magazine aborde la littérature contemporaine de façon vivante et circonstanciée. Des entretiens avec Suzanne Bernard, Jacques Mondolini ou Daniel Zimmermann, défrichent la notion de “roman populaire”. Jean-Philippe Arrou-vignod y parle de son travail d’écrivain et ses fonctions éditoriales, Maïté Pinero de son itinéraire de nouvelliste. Ghislain Ripault présente l’œuvre et le destin extraordinaires de l’écrivain vietnamien Duyen Anh et Régine Detambel inaugure une nouvelle rubrique; “les petits à-côtés”, histoire de rendre hommage, en commençant par Paul Fournel, à l’originalité d’une œuvre. (Encres vagabondes n° 8, 23 rue des Trianons, 92500 Rueil Malmaison, 50F).

 

Encres vagabondes poursuit la publication d’entretiens approfondis avec des auteurs contemporains afin de mettre en relief la diversité des écritures; baroque chez Jean Vautrin, fondée sur la mémoire et l’absence chez Hugo Marsan, poétique chez Georges Jean. Régine Detambel, pour sa part, interroge J.M.G. Le Clézio (plutôt laconique), Alain Lance, directeur de la Maison des Ecrivains, et Noël Arnaud, actuel président de l’Oulipo. A ce chaleureux tour de piste hexagonal vient s’ajouter un opportun dossier consacré à la littérature algérienne. On y trouve ainsi, précédés d’un entretien avec Malika Mokeddem, auteur de L’Interdite, plusieurs extraits des romans de Waciny Larej, Amine Touati, Arezki Metref ou Nourredine Saadi dont la publication en version intégrale revient à l’originale initiative de la revue mensuelle Algérie littérature/Action qu’anime et présente ici Marie Virolle. (Encres vagabondes n°10, 23 rue des Trianons, 92500 Rueil Malmaison, 50F. Algérie littérature/Action n° 5, Marsa Editions, 103 boulevard Macdonald, 75019 Paris, 95F.)

 

Encres vagabondes a reçu le soutien de la Fondation du Crédit Mutuel pour son implication militante en faveur de la lecture. Outre la présentation de nombreuses publications rarement recensées ailleurs on peut y faire la rencontre, sous forme d’entretiens, avec les écrivains Xavier Bazot et Hervé Le Tellier, le chanteur Jean Ferrat, l’éditrice Joëlle Brière (La Renarde rouge) ou le photographe Louis Monier. Et vagabonder dans le dossier « Ecrire la ville » en compagnie de Zola, Hemingway, Verne et alii dans le réel ou virtuel, les banlieues ou Alexandrie « ville mythique »… (Encres vagabondes n°18, 23 rue des Trianons, 92500 Rueil Malmaison, 50F).

 

Encres vagabondes se demande comment « Ecrire le temps », thème cette fois abordé à travers dictionnaires, horloges, vie carcérale, poésies, chansons, livres d’heures et de… minutes. Autant de pistes de lecture, classiques mais aussi très contemporaines, comme en témoignent les rencontres avec Claudine Bertrand, poétesse québécoise en quête d’origines, Leïla Sebbar, toujours en exil, et Pascal Garnier, toujours en fugue. Régine Detambel rend hommage à Jacques Bens et donne la parole à Bertrand Visage, à la fois écrivain et éditeur. (Encres vagabondes n° 24, 23 rue des Trianons 92500 Rueil-Malmaison, 7,60€.

 

Encres vagabondes propose sur l’actualité littéraire nombre d’articles, chroniques, notes de lecture qui occupent une bonne moitié de la revue. On notera, entre autres, un hommage à Eugène Dabit (1898-1936) s’appuyant sur des lieux symboliques (Hôtel du Nord, rue Paul-de-Kock, cimetière du Père-Lachaise) et la genèse de son premier roman Petit Louis. Sinon, outre les textes de création et les entretiens riches d’informations (Pierrette Fleutiaux commentant par exemple l’univers de ses romans), le dossier d’ouverture est consacré à « La calligraphie ». Une approche à la fois instructive et attractive de cet art de l’écrit, défini par Claude Mediavilla, qu’il soit asiatique (Japon, Chine, Tibet, Corée), hébraïque, arabe, grec ou latin. (Encres vagabondes n° 29, 23 rue des Trianons, 92500 Rueil Malmaison, www.encres-vagabondes.com, 7,5 €.)

 

Épistoles aborde les livres et activités éditoriales de Ghislain Ripault. Né en 1947, l’auteur d’Exécutions intimes fut cofondateur de la revue Mot pour Mot - avec Mathias Lair qui décèle chez lui la « joie brouillonne des commencements » -, ou Barbare que Max Genève évoque en rappelant que Ghislain Ripault ne « s’est pas contenté de tirer un Abdellatif Laâbi des geôles d’Hassan II, le tyran tortionnaire préféré des hommes politiques français. Il l’a fait lire et aimer. » Ils sont d’ailleurs nombreux à lui rendre hommage ; Moncef Ghachem, Philippe Bouquet, Marcel Moreau, Amina Saïd… Défenseur également du Vietnamien Duyên Anh ou de l’Afghan Spojmaï Zariâb, Ghislain Ripault apparaît, selon l’expression de Salim Jay, « un exemple isolé, et qui le restera, de probité dans l’exercice d’invention littéraire. » (Épistoles n° 6/7, rue de l’Enfer, 43390, Auzon, 12,20 €.)

 

Épistoles de montagne rend un bel hommage à un écrivain disparu en 2000 : Renzo Bianchini. De père italien, né en 1922 à Paris, cet auteur (également acteur sous le pseudo de Patrice Ribau)  a connu son heure de gloire, forte mais éphémère, en 1971 avec Les Pue-la-mort édité par Balland, préfacé par Boudard et encensé par des critiques comme Bory ou Bosquet. La revue exhume d’ailleurs un extrait de ce premier roman ainsi que des deux autres publiés de son vivant et devenus introuvables, avec bien sûr des inédits. Les témoignages de Clément Rosset, Ghislain Ripault ou Claude Dubois, qui a réalisé un entretien avec Bianchini diffusé en 1974 sur France Culture, brosse de cet homme influencé par Miller et Céline, marqué par la guerre, l’Afrique et un exil érémitique dans le Gers depuis les années soixante, un portrait très attachant. (Epistoles de montagne, n° 10 et 11, 6 venelle du Monastère, 43390, Auzon, 12,20 €.

 

Nabokov. L’incroyable et inépuisable richesse d’une œuvre ne peut faire oublier l’homme, comme le rappelle à juste titre Christine Raguet-Bouvart dans son introduction à cet impressionnant dossier consacré par Europe à l’auteur de Lolita. Car que sait-on de l’entomologiste, du professeur de littérature, du père de famille, de cet exilé permanent? De Lolita il sera question, certes, et par là de la découverte de l’Amérique, mais aussi d’Ada, “ce roman de l’amour absolu”, de Pnine, Feu pâle... On ne peu guère énumérer tous les ouvrages cités ni thématiques ici abordées, du dilemme du bilinguisme à l’éthique du camouflage narratif en pasant par une tentative de récupération oulipienne par Paul Braffort. Sinon quelques éclairages aussi différents que les témoignages de Dmitri, son fils, de Jonathan Raban, l’écrivain bourlingueur ou un poème d’Anthony Burgess (pour son 70ème anniversaire)... De Nabokov lui-même deux poèmes et un entretien accordé à Mati Lansoo de la CBC réalisé quatre ans avant sa disparition. C’est de toute façon passionnant, les aficionados seront comblés. (Europe n°791, 64 bvd Auguste Blanqui, 75013 Paris, 95F)

 

Sade « est moins à étiqueter, parce que toute étiquette est simplificatrice, qu’à connaître » affirme en introduction Michel Delon. Et tant qu’à envisager dans son œuvre un « danger de la littérature », mieux vaut y aller voir de plus près. On y découvre alors une entreprise de lutte permanente contre la bêtise, une exploitation systématique et transcendante du corps comme matière romanesque et source d’écriture, une obsession de la « liste » jusqu’aux pires conséquences… Un Sade qui pille ses ancêtres pornographes pour mieux affirmer sa radicale différence, piège son lecteur dans Aline et Valcour ou se voit à son tour circonscrit par le talent de Mandiargues. Avec, en prime, un dialogue inédit sur le mariage! Pour rester dans l’ambiance du crime, de la cruauté, de la peur mais aussi du rire, la revue offre un autre dossier sur le Grand-Guignol, théâtre ainsi nommé en 1897 par Oscar Méténier. (Europe n° 835-836, 64 bvd Auguste Blanqui, 75013 Paris, 110F).

 

Edgar Poe n’en finit pas de surprendre. Ainsi ces lettres inédites (et quelles lettres!) adressées à des confrères en vue où il parle de son œuvre et de lui. Ainsi cette étude de D. H. Lawrence pour qui Poe « n’est pas vraiment un artiste » mais plutôt un « génie scientifique » et qui considère Ligeia « comme la clé du drame amoureux que vécut Poe ». Ainsi cette relecture d’Eurêka par Jean-Pierre Luminet, donnant raison à Lawrence, qui montre comment « Poe anticipe de plusieurs décennies sur la cosmologie scientifique moderne et son modèle du big-bang ». Poèmes, textes théoriques, contes fantastiques, filiations (Godwin, Simms, Brown…), inventeurs (Baudelaire, Mallarmé, Valéry), héritiers (Borges, Matheson,King...) suscitent analyses et commentaires propres à relire d’un autre œil La Chute de la maison Usher et revoir le film éponyme de Jean Epstein pour cette « même volonté de transgresser les limites » . (Europe n° 868-869, 64 boulevard Auguste-Blanqui, 75013 Paris, 120F.

 

Armand Gatti est un univers à lui tout seul. « Avec lui, nous dit Jean-Pierre Han en introduction d’un dossier consacré à ce Monégasque né en 1924, les catégories du savoir humain volent en éclats ». Et de le définir « maquisard, parachutiste, journaliste, cinéaste, dramaturge, metteur en scène, écrivain… » Liste de qualificatifs très ouverte à en croire tous ses sincères thuriféraires, à commencer par Marc Kravetz qui rappelle en un bel hommage que c’est à l’auteur de la Parole errante, somme littéraire inclassable parue en 1999 chez Verdier, qu’on doit la réplique célèbre : « Sous les pavés la plage ». De ce poète et révolutionnaire, si proche de Joyce ou Khlebnikov pour certains, créateur d’une cinquantaine de pièces, passionné par la théorie quantique et convaincu, d’après John Ireland, « que le monde ne peut changer que par la force du verbe » on peut lire les entretiens d’un film, la Forêt de La Berbeyrolle, et des inédits comme l’Homme de Montreuil, soit un « conciliabule de mots devant conduire à un film». (Europe n° 877, 64 boulevard Auguste-Blanqui, 75013 Paris, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ,  18,30€.)

 

Choderlos de Laclos, dont on fête le bicentenaire de la mort, donne toujours, avec Les Liaisons dangereuses, une « leçon de littérature » qui, pour Michel Delon, a « la double exigence de la philologie et de l’imagination ». Lui-même montre comment dans ce roman les mots « ottomane » et « chaise longue » ont « une valeur double, d’usage et symbolique ». Dualités, duplicités, contrastes, oxymores (cet « oxymore vivant qu’est un libertin amoureux », dit Catriona Seth) font du roman épistolaire de Laclos une source inépuisable d’analyses. Sur les chimères d’un « couple impossible » (Goldzink), la « dialectique de la rougeur » (Abramovici), l’éducation des filles, le rire des courtisanes, la philosophie, le théâtre, l’âge classique et révolutionnaire, le libertinage et la morale, on ne sait où donner de la tête. De plus, ce « texte troué » (Herman) ouvre la voie aux suites littéraires, nombreuses au XIXème siècle puis au XXème avec Les Vrais mémoires de Cécile de Volanges (Lucas de Peslouan,1926) et les romans contemporains de Christiane Baroche, Hella Hasse ou Laurent de Graeve… (Europe n° 885-886, 4 rue Marie-Rose, 75014 Paris, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ,  18,30€.)

 

Europe offre l’immense plaisir de retrouver Emmanuel Bove (1898-1945), peut-être l’un des plus grands écrivains français de l’entre-deux-guerres. D’abord avec Faux départ, nouvelle parue dans La Marseillaise en 1944 sous le pseudonyme de Victor Bâton - nom du anti-héros de Mes Amis (1924) - ainsi qu’avec le magistral Bécon-les-Bruyères, jadis donné en primeur à Europe, justement, en 1927. Ensuite avec d’excellentes approches sur l’onomastique, la théâtralité, le naturalisme, l’univers urbain de son œuvre dont quelques romans en particulier tels que Le Piège ou La Coalition.  Précurseur du nouveau roman ou digne héritier de Maupassant, auteur « moderne » assurément. (Europe n° 895-896, 4, rue Marie-Rose, 75014 Paris, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 18,30 €.)

 

e-mu annonce une nouvelle revue trimestrielle, « mue par le net » selon sa propre définition. Son animateur, Luis de Miranda, en appelle à tous les internautes en un numéro manifeste où l’on peut lire, dans une mise en page luxueuse, un entretien avec José Saramago, prix Nobel de littérature, un récit de l’enterrement de Céline par un témoin, des textes de Beigbeder, Zagdanski ou d’autres dont la lecture pour la plupart reste à poursuivre sur le site de la revue, au réseau ouvert, « humain et créatif ». (e-mu, Editions de la voûte, 3 rue Clapeyron, 75008 Paris. Abonnement 160FF les 4 numéros).

 

Esprit a entrepris un débat sur la crise du discernement dans l'art contemporain. Depuis que Marcel Duchamp a fait entrer un urinoir ready-made au musée, une question fondamentale reste posée: comment distinguer l'art des autres productions humaines? Plusieurs approches s'aventurent ainsi à y répondre avec une sagacité assez réjouissante. Marc Le Bot montre comment la "séduction mortifère" de Duchamp a engendré une "désastreuse postérité". Françoise Gaillard, comment sa lucidité a ouvert la voie au "n'importe quoi", impératif catégorique de la modernité. Enfin Jean-Philippe Domecq, avec une férocité parfaitement argumentée, et non sans un humour au vitriol, se fait "un devoir de violence" de prouver que Daniel Buren n'est qu'un "truand intellectuel". Afin de ne plus le subir, à l'instar de Wharol, Stella, Garouste, et leurs épigones. Un éreintage salutaire de premier ordre. (Esprit n° 179, 212, rue Saint-Martin,75003 Paris,75F).

 

Faenas allie l’art de la littérature et de la tauromachie sous la direction de Jean-Michel Mariou. Cette dernière livraison est sous-titrée “Carretera y manta!” (“La route, et une bonne couverture!”, exclamation que l’on pousse, le soir venu, la douche prise, avant de remonter en voiture et prendre le chemin d’une nouvelle arène). Le superbe hommage, en ouverture, au photographe Toni Iacoponelli, fait d’autant plus regretter que la revue ne soit pas illustrée. Mais les images foisonnent chez les écrivains présents au sommaire, de Camilo José Cela (une inédite préface jugée jadis trop “vigoureuse” pour des lecteurs non avertis) à Alexandre Dumas dont les impressions de voyage comportent de nombreuses scènes tauromachiques. Un extrait d’un roman exhumé de Luis Spota, un autre de celui d’Alain Montcouquiol à paraître chez Verdier, des souvenirs de Robert Pilès, directeur des arènes de Nîmes, un portrait du matador Antonio Sanchez par Antonio Diaz Canabate, et plusieurs incursions des membres du comité de rédaction font de Faenas une revue qui ne peut que conquérir de nouveaux aficionados. (Faenas n° 4, Editions Verdier, 85F).

 

Yves Martin, discrètement disparu l’année dernière, est à l’honneur de deux revues qui lui rendent chacune hommage. Florilège propose un témoignage de Jacques Kober, et de Philippe Landry une analyse thématique de son œuvre (les complexes, la maladie, l’enfance, la marche, le cinéma, les chats…). 21-3 l’entoure de poètes proches (Claude de Burine, Hubert Haddad, Jacques Sommer, Slimane Hamadache…) et publie surtout quelques-uns de ses longs derniers textes dont ce magnifique Ne me demandez pas mon âge qui se termine ainsi: « je suis brûlant comme lorsqu’on crie alors que je serre seulement les livres avec délices. » (Florilège n° 99, BP 65, 21021 Dijon Cedex, 50F. 21-3 n°3, 9 rue Serpente 28000 Chartres, 55F.)

 

Fond(s) de tiroir est une revue aux parutions capricieuses mais fidèle à ses lecteurs. Malgré l'ironie de son appellation, contrôlée par son animateur Louis Dubost, fondateur des éditions le Dé bleu, elle reste en poésie un ferment d'enthousiasme et donne des informations introuvables ailleurs la plupart du temps. Reprise par la Maison de la Poésie  de Nantes, Xavier Tournet en devient son directeur et Gilles Pajot, poète venant de faire paraître La place du mort (Le Dé bleu/A contre silence, 69F.) en sera la cheville ouvrière. La dernière livraison rend hommage à Dominique Labarrière en saluant Alexis Gloagen, Jean-Claude Pinson ou Yves Martin... (Fond(s) de tiroir n° 14, Maison de la Poésie de Nantes et Région, 35 rue de l'Héronnière, 44OOO Nantes. Abonnement: 5OF. les quatre numéros).

 

Formules se proclame sans ambages “revue des littératures à contraintes”. L’éditorial de Jan Baetens et Bernardo Schiavetta, ses animateurs, a le mérite de la rigueur et l’enthousiasme dans la défense “des matrices vivantes pour l’imagination créatrice” que sont les contraintes. Même si cela entraîne affirmations et classifications discutables. Le débat n’est pas nouveau mais l’ouverture à la polémique (intervention oulipienne d’un Jacques Jouet en verve, correspondance passionnelle de Jean-Marie Laclavetine et Jean Lahougue) ou le rappel d’antécédents (études de Giovanni Pozzi sur la tradition de la poésie visuelle, de Daniel Bilous sur les adresses versifiées) laissent bien du grain à moudre. Réflexions théoriques (sur la poésie moderne, le geste d’écrire, la résistance des “formes fixes”...) alternent avec compositions et méthodes, comme par exemple, la contrainte “éodermdromique” de Jacques Roubaud. (Formules n° 1, Ed. L’Age d’homme, 79 rue Manin, 75019  Paris, 120F).

 

Fusées est une revue annuelle animée par Mathias Pérez. Si littérature et arts plastiques s’y taillent la part du lion, en une mise en page somptueuse, la revue ne dédaigne pas des incursions du côté du cinéma, de la gastronomie ou... des sports. Des entretiens avec boxeurs de renom précèdent donc celui avec Esther Hoffenberg qui tourne un documentaire sur les enfants « fous » du lieu d’accueil La Devinière. Aux collaborations régulières de Claude Minière, Christian Prigent ou Jean-Pierre Verheggen s’ajoutent des traductions comme celle du fameux Manifeste anthropophage d’Oswald de Andrade, poète né à Sao Paulo en même temps que la République du Brésil et l’abolition de l’esclavage... (Fusées n° 3, éditions Carte blanche, 29 rue Gachet, 95430 Auvers-sur-Oise, 130F.

 

Fusées paraît une fois l’an et prend le temps d’explorer toutes les formes d’art, avec une prédilection pour la littérature, sans négliger la polémique dans une rubrique intitulée « Parti pris ». Un important dossier rend ainsi hommage à Bernard Noël qui lui-même donne un beau texte montrant comment Paule Thévenin a voué sa vie à Antonin Artaud pour nous transmettre « sa chair verbale ». Christian Prigent introduit de son côté cinq jeunes auteurs qui ont pour point commun de refuser « le parler en FMP » (entendez Français Médiatique Primaire). Et quatre autres de débattre sur la « poésie de merde ». Une réflexion sur « l’avant-gardisme » que prolongent un entretien avec Jacques Villéglé, créateur d’affiches lacérées et un dossier autour de Georges Franju et de son film Le Sang des bêtes. (Fusées n° 5, Editions Carte Blanche, 29 rue Gachet, 95430 Auvers-sur-Oise, 27,44 €.)

 

Fusées a, selon Hubert Lucot, « décidé une opération magique : mourante littérature multipliée par peinture morte crée la vie en annulant luxueusement la noirceur régnante. » Des textes d’écrivains nés dans les années soixante-dix affichent leur modernité fictionnelle et théorique, ou leurs « parti-pris. Le Théâtre du Radeau du Mans suscite les contributions de François Tanguy, Jean-Luc Nancy ou Fabienne Kelly. Et dans un dossier consacré au peintre Philippe Boutibonnes ce dernier confie à Jean-Pierre Verheggen ce qui le subjugue dans  la peinture italienne : « sa fonction heuristique soulignée par l’histoire de l’art et son rôle de catalyseur de fantasmes. » Un « artiste secret » qui « ne se rattache à aucun mouvement pictural connu» (Daniel Dezeuze) et dont les pratiques sont « par essence, scripturaires » (Henry-Claude Cousseau). Lui rendent un hommage poétique Michel Butor, Christian Prigent et Jean-Luc Steinmetz… (Fusées n° 6, Editions Carte Blanche, 29 rue Gachet, 95430 Auvers-sur-Oise, m.p.carte Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 27,44 €.)

 

Gulliver refait surface. Après un silence de quelques années, Michel le Bris repart en croisade contre les littératures nombrilistes et pour « affirmer une autre manière de dire le monde ». Avec une ouverture sur la littérature « noire » française que symbolise, à ses côtés, le romancier Jean-Claude Izzo. Leur expérience commune du festival « Etonnants voyageurs » de Saint-Malo a donné l’impulsion. Un éditeur a relevé le défi: 100 pages, 10 francs, tirage de 35000 exemplaires! Une nouvelle formule de revue trimestrielle, aventureuse s’il en est. Pour commencer, deux entretiens. L’un avec Jim Harrison, qui évoque ses lectures, les fourrés du Nebraska, le « Disneyland fasciste que l’Amérique est en train de devenir »… L’autre avec Jean Vautrin, qui revient sur son itinéraire, du cinéma à la littérature, et quelques notions lui tenant à cœur comme le métissage, la lutte pour le pouvoir ou la ville « lieu par excellence du roman noir… » Suivent des fictions très ancrées dans le « souci du réel » de Pascal Dessaint, François Bon, Martine Laval ou René Fregni ainsi que le cahier des visites effectuées par Gérard Mordillat pour la préparation de son documentaire sur Artaud. (Gulliver n° 1, Dire le monde, Librio, 10F).

 

Harfang soutient la nouvelle comme genre littéraire. A cet égard, Joël Glaziou réunit autour d’écrivains confirmés de nouveaux talents que sa revue contribue à découvrir en organisant des concours. C’est d’ailleurs de cette façon que Dominique Mainard s’est fait connaître. L’auteur de La maison des fatigués (J. Losfeld, 1999) s’en explique dans un entretien, précédé d’une présentation et suivi d’un texte de création, au même titre que ses aînés, Hubert Haddad et… Claude Seignolle. (Harfang n° 16, 33 rue Charles de Gaulle, 49130 les Ponts-de-Ce, 50F).

 

Hauteurs est une « revue littéraire du Nord et d’ailleurs » qui aborde des thèmes (le fantastique, les feuilletonistes) mais aussi des auteurs (Julien Gracq, Robert Louis Stevenson…). D’articles sur l’image de la ville on passe sans difficulté à l’analyse du « fantastique » des nouvelles d’Hubert Haddad par Gérard Millet qui, avec Rozsa Tatar, s’entretient avec l’écrivain né en Tunisie en 1947. Des propos éclairants sur la langue, la « Nouvelle Fiction », le suicide, le romantisme, les paysages, la mort… Avec en prime une nouvelle inédite et une sélection commentée de son œuvre romanesque. (Hauteurs n° 12, 61 avenue de Liège, 59300 Valenciennes, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 10€).

 

Hermaphrodite ne cache pas ses filiations: le mouvement Panique, Arrabal, Topor, Lubat, Artaud… Poèmes alternent avec collages, proses avec photographies ou dessins (Olivier O. Olivier, Mike Bastow…). On y lit de grands entretiens; avec Jacques Vallet sur l’expérience du Fou parle, Christian Laborde à propos deL’Os de Dionysos ou avec Madj, co-responsable d’Assassin Productions, groupe de Rap en qui les jeunes animateurs de la revue voient « une pratique de la subversion, qui doit aboutir à une révolution mentale des consciences ». (Hermaphrodite n° 3, 3 place de Luxembourg, 54000 Nancy, 65F).

 

Hermaphrodite affiche de plus en plus sa volonté de subversion, histoire de prendre le relais, entre autres, du défunt Le Fou parle et d’assumer un rôle de brûlot contemporain. On y trouve, dans une mise en page soigneusement trash, des aphorismes de Roland Jaccard, des gravures de Mike Bastow, des études sur Casanova, Cioran, et le poèmeJean le Cocu de Richepin. Les entretiens valent le détour; avec Matéo Maximoff, premier écrivain tsigane, aujourd’hui âgé de 82 ans, ou avec Martin, ex-rédacteur en chef de feue Zoo , revue satirique étouffée par une avalanche de procès. Le comble de la provocation y est sûrement atteint par un long texte autobiographique (revendiqué en tout cas comme tel) d’un dénommé Costes, d’une violence inouïe dans l’apolologie de la pédophilie. Avec procès en perspective? (Hermaphrodite n° 4, 3 place de Luxembourg, 54000 Nancy, 70F.

 

Hermaphrodite adopte une nouvelle présentation et se dédouble en un numéro intitulé « Hermès » et un autre « Aphrodite ». Toujours gouailleuse et provocatrice, la jeune revue nancéenne alterne, en plus de 400 pages, dessins, collages, montages iconoclastes, textes et entretiens. Avec, cette fois, une invitation « à une immersion dans l’humeur/humour belge », soit des proses d’Eddy Devolder  (« Un goûter chez Paul Delvaux »), une réflexion sur la censure de Léo Carimbacasse, des poèmes de Verheggen ou Lambersy déclarant que la France est « l’un des rares pays au monde qui a trouvé un espace de liberté  dans sa langue ». Roland Jaccard, lui, converse avec Jacques Vallet et revient sur la logique de Costes « qui emporte tout et nous laisse pantois ». Enfin Stéphane Bourgoin parle de façon intelligente des tueurs en série. (Hermaphrodite n° 5/6, 12 rue de Fontenoy, 54000 Nancy, 15 €.)

 

Hermaphrodite rend un bel hommage à l’artiste d’origine turque Yüksel Arslan qui « a composé les images d’une nouvelle légende  arturienne avec l’acharnement d’un laboureur et la nonchalance d’un souverain en exil ». Dixit Roland Topor, en 1995. Et Jacques Vallet de définir « l’art brutal » d’Arslan qui « produit des documents qu’il nomme des « artures » - à mi-chemin entre peinture et écriture. » Des reproductions d’« artures », une correspondance avec Philippe Krebs, animateur de la revue et une biographie fournie complètent le dossier. D’autres artistes entrent aussi dans la ronde (Danzo, Tavera, Latrasse, Pouppeville…) dont certains, Jérôme Simon ou Lefred-Thouron, ont droit à un entretien. Slocombe, lui, illustre de dessins des aphorismes de Jaccard et Lambersy pose ses poèmes sur les photographies de Maccheroni. En prime, une étude fort documentée sur les destins croisés de Sade et Casanova. (Hermaphrodite n° 7, 12 rue de Fontenoy, 54000 Nancy, www.hermaphrodite.com.fr, 15 €.)

 

Hermaphrodite aborde la «porno(graphie)». Les parenthèses rappellent l’étymologie et invitent à analyser l’évolution du mot, et de ce qu’il représente, notamment depuis la loi de 1975 qui légalise la pornographie « dans le cadre très restreint des circuits spécialisés » du cinéma et pousse Art Press, l’année suivante, à envoyer un questionnaire sur le sujet à des intellectuels et artistes. La jeune revue récidive auprès des mêmes, dont Marcelin Pleynet et Guy Scarpetta. William Guyot parle de « l’histoire du rapport du cinéma porno à la technique, à la “morale“ et à l’argent ». En de subtils et savants entretiens Dominique Noguez évoque « l’esthétique du film pornographique » et maître Emmanuel Pierrat la censure. La fiction est aussi au rendez-vous (Philippe Di Folco, Hervé Le Tellier…), la photographie (Maccheroni), le dessin (Mike Bastow, Olivier Texier…) et l’histoire littéraire avec des inédites Observations particulières sur les femmes publiques de Rétif de La Bretonne, inventeur du mot « pornographe » en 1769. (Hermaphrodite n° 8, 12 rue de Fontenoy, 54000 Nancy, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 15 €.

 

Hesperis est une nouvelle « revue des littératures contemporaines ». Elle  se place « sous le signe d’une création nocturne » par opposition à une époque où « tout est devenu visible, montré, analysé, offert, sous une écrasante et forte lumière ». L’impertinence du ton et la pertinence des propos tranchent. S’affiche une volonté de dénoncer et stigmatiser « ces deux cents pages de n’importe quoi estampillé roman dont la monoculture actuelle stérilise les champs de l’écriture. » Pour Hesperis, la défense de la littérature prendrait plutôt forme de « rêveries », à la Jean-Pierre Richard ou Julien Gracq. C’est d’ailleurs par référence à ce dernier que Pierre Jourde, responsable de la publication, signe « La littérature sans estomac ». Sont tour à tour passés à la moulinette d’une corrosive ironie les livres de Marie Redonnet, Emmanuelle Bernheim, Jean-Philippe Toussaint ou Pascale Roze (prix Goncourt 1996 pour Le Chasseur zéro ), « représentatifs du roman light contemporain ». Face à cette « littérature de confort » la revue propose un éloge du non moins discuté Jean Echenoz, des poèmes de Charles Dantzig, des proses de Claude-Louis Combet ou Eric Chevillard, ainsi qu’un long récit troublant d’humour froid de Loïc Chotard qui conte une rencontre à New York avec Andy Wharol. (Hesperis n° 1, 9 rue de Lagny, 77360, Vaires sur Marne, Ed. Memini, diffusion PUF, 85F).

 

Hesperis propose toujours des proses inédites et des études qui emportent l’adhésion. Notamment celle inattendue présentant avec érudition les poèmes qu’Antonin Artaud envoya dans sa vingtième année à Robert de Montesquiou, deux écrivains aux surprenantes préoccupations communes. (Hesperis n°4, PUF, Département des revues, BP 90 91003, Evry Cedex, 85F).

 

Hi.e.ms consacre un magistral numéro d’hiver à Andrea Zanzotto né en 1921, jadis célébré par Montale, Pasolini et Fellini. Le poète italien répond aux questions de Marco Paolini sur son recueil Météo (Maurice Nadeau, 2002), sur le vent, la science, Pétrarque, puis à celles de Jeanine Baude sur la Vénétie, les dialectes, la biographie des mots, Dante… De lui on lira son texte Poésie ? et des poèmes traduits par Philippe Di Meo, Jean Nimis ou Adriana Pila et Jacques Demarcq. Sur son œuvre, et notamment La Beauté (1968), des études de Di Meo, Stefano Agosti, Christian Prigent ou Jacqueline Risset permettent de mieux cerner « l’énergie délétère-bénéfique qui, selon James Sacré, emporte dans les poèmes de Zanzotto. » (Hi.e.ms n° 9/10, 2, rue N.-D. du Peuple, 83300 Draguignan, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 20 €.

 

Humoir, par son titre, annonce la couleur, qu’on trouve d’ailleurs en couverture. Avec des objets hétéroclites qui renvoient, à l’intérieur de la revue, à l’atelier de l’oncle Ubriaco, personnage d’un conte loufoque de Leonora Carrington, jadis compagne de Max Ernst! Soit l’ Histoire du petit Francis ici donnée sous la forme d’un feuilleton de quatre épisodes. Le propos est bien sûr « de faire découvrir un ensemble important de pièces oubliées de cet écrivain dont l’œuvre encore disponible ne compte guère plus de trois ouvrages ». Ne cherchez pas humoir dans le dictionnaire, mais plutôt dans l’imaginaire de Georges Perec, cité en exergue, qui essaya de « se représenter un appartement dont la partition serait fondée sur des fonctions sensorielles ». Ce n’est pas Christian Zeimert qui le contredirait, si l’on en juge par ses listes puisées dans un Bottin de 1910! Et rien n’empêche de lire humour noir dans humoir. Textes et dessins de Biraben, Lavignette, Caro, Tiraby et autres joyeux drilles n’y vont pas de main morte. Et c’est tant mieux. (Humoir n° 1, Etc. & Co., Villa Louise, cours de la résistance, 84500 Bollène. Abonnement pour 3 numéros, 165F, pour 6, 270F).

 

Gertrude Stein (1874-1946) demeure une figure de la vie littéraire soigneusement entretenue au fil des revues. Après Luna-Park, Europe ou L’Ennemi c’est donc au tour dIf, revue marseillaise créée en 1992, de lui consacrer un numéro spécial. Tout comme jadis à Emily Dickinson ou Marina Tsvétaïeva. Avec grande déférence et moult références, Pierre Courtaud rend un mimétique mais bel hommage à l’auteur d’Américains d’Amérique en évoquant les liens privilégiées de la famille Stein avec la France, l’Université, la Ford, le 27 rue de Fleurus, Picasso, Alice B. Toklas, Majorque pendant la guerre, les petits chiens et la rue Christine. Il s’attarde surtout, dans cette supplique à Miss Stein, sur les caractéristiques de son style si singulier. Un style que les aficionados peuvent goûter en fin de volume en une suite de textes nouvellement traduits. ( If n°10, 12 place Castellane, 13006 Marseille, 70F).

 

Immédiatement se place sous l’égide de Dominique de Roux; “Quand la colère est une profession, quand la colère est une réaction”. Avec un dossier sur “l’esprit de résistance” que représentent Honoré d’Estienne d’Orves ou Jacques Perret, par exemple. Avec des notes de lecture et articles (parfois virulents) sur des productions actuelles, mais aussi sur la beat generation, les insurgés irlandais de 1916 ou quelques écrivains comme Léon Bloy ou Eugenio Corti... Michel Déon y donne un entretien sur son itinéraire de romancier, avec sa chaleur et vigueur habituelles (Immédiatement n° 4, 8 rue Alphonse Fochier, 69002 Lyon, 25F)

 

Incidences est une revue semestrielle qui joue sur l’alliance des mots et des images, de la poésie et la photographie. Autour d’un titre thématique, qui peut être une injonction, “Brûle ta propre patience” succède aujourd’hui à “Tais-toi”, sont regroupés par exemple des poèmes de Serge Pey, qui ouvre et clot cette livraison de son exaltation déclamatoire et politiquement engagée, mais aussi d’Abdellatif Laâbi ou Christian Gattinoni, maniant plus souvent l’objectif que la plume. Mais il faut savoir changer comme le revendique ici Jean Paul Fargier dans un texte mi-autobiographique mi-romanesque exprimant son désir de délaisser la vidéo et la critique au profit de la fiction. La revue a d’ailleurs des liens avec les “Instants vidéo” de Manosque. Et son beau papier glacé se prête aux collages et montages, en couleur ou noir et blanc, d’une brûlante intensité de vivre. (Incidences n° 6, La Maison des As, 93, La Canebière 13001 Marseille, 100F).

 

Internationale de l’Imaginaire. L'apparition d’une nouvelle série coéditée par Babel depuis avril 1994, au format de poche, au rythme cette fois trimestriel et au prix plus modique (39F) permet à Internationale de l’Imaginaire de répondre encore mieux aujourd'hui à ses options et visées généreuses. Fondée par Jean Duvignaud et éditée par la Maison des Cultures du Monde, cette revue propose en effet depuis une dizaines d’années déjà une libre confrontation de recherche et d'expérience entre diverses civilisations. Elle instaure des dialogues culturels et publie des actes de colloques, montre en littérature un intérêt suivi pour Michel Leiris comme pour Isabelle Eberhardt ou la revue Arguments. La poésie étrangère y est également à l’honneur avec la coréenne YoonJung Sun ou Talisma Nasrin (n°2). Des regards sur les arts et modes de vie du Brésil ou d'URSS illustrent une volonté d'effacer les frontières. Chaque livraison offre un thème de réflexion. Les trois premiers sont; “Le métis culturel”, “La dérision, le rire”, “Lieux et non-lieux de l’imaginaire”, en attendant “Les musiques du monde”, en quête d’une nouvelle sensibilité... Une revue en tout cas plus que jamais nécessaire en ces temps frileux de cloisonnements excessifs et de chauvinismes meurtriers. (Internationale de l’Imaginaire, Maison des Cultures du Monde, 101 bvd Raspail, 75006 Paris)

 

Jardin littéraire, comme le souligne Katy Remy dans son avant-propos, est une revue issue de rencontres d'artistes et d'intellectuels qui se sont déroulées à Nice, entre 1986 et 1993, dans un jardin. Un lieu qui "s'apparente au café et au salon". Et ce lieu de se transformer en un support "qui élargit le cercle et lui confère une plus grande richesse". Comme en ce jardin de la Côte d'Azur se côtoient écrivains et plasticiens, chaque intervention (poèmes, entretiens, proses...) se voit illustrée d'une lettrine originale, histoire de renouer avec la tradition et en hommage à Matisse. On retrouve Christian Artaud, auteur d'un récent Encre (Cadex, 1989), en conversation avec Pierre Le Pillouër, et plusieurs autres poètes, souvent familiers des revues, des Histoires courtes pleine d'humour et d'ironie de Dominique Angel et une réflexion de la psychanalyste et auteur d'émissions à France Culture Francine Beddock sur la lettre d'amour... (Jardin littéraire n° 1, Scriptura, 69 boulevard de Cimiez, 06000 Nice, 100FF)

 

Java. Le genre épistolaire réserve parfois de véritables surprises. Surtout quand une lettre dépasse les normes habituelles et se transforme presque à son insu en manifeste! C'est ainsi que deux petits dossiers de la dernière livraison de Java s'organisent autour d'une correspondance. La première entre Ivan Alechine et Christian Dotremont, la seconde entre Alberto Episcopi et Philippe di Meo. C'est en commentant un recueil en cours de son cadet que Christian Dotremont (1922-1979), poète et théoricien du mouvement Cobra, défend une "écriture de la pauvreté" mais "avec des moyens extrêmement multiples de langage". Pour lui, "le poète peut être un monde sans être au monde". Il est curieux en outre de lui voir écrire "mon temps a vieilli" alors qu'Alberto Episcopi, auteur d'un étrange livre, Festin et destin (Champ Vallon, 1991), dans une longue missive à son traducteur et ami, offre une peu banale méditation sur... le temps. Sa conception se rapproche d'une poétique prenant appui sur Kant, Nietzsche et Heidegger. Un texte assez étourdissant où il est affirmé "qu'au XXè siècle, le temps a changé de nature". La revue s'attache enfin à fêter Rimbaud à sa manière avec une étude de Jacques Sivan sur "le saboteur salutaire de cette belle machine productrice de sens qu'est la langue maternelle" et un entretien lucide et décapant de Jean-Luc Steinmetz et Jean-Paul Corsetti. Une belle cohérence dans la démarche ainsi qu'un sommaire généreusement ouvert aux poètes (Yves di Manno, Guy Darol, Cécile Mainardi) font aujourd'hui de Java une revue contemporaine de référence. (Java, n° 7, Editeurs Evidant, 25 rue Moreau-de-Tours,77590 Bois-le-Roi, 55F.)

 

Maurice Roche a écrit pour Java. On peut y lire une sorte d’impromptu théâtral de l’écrivain, Le souffleur et le répondeur, ainsi que plusieurs analyses de son œuvre (notamment Compact, le premier livre) et hommages. Des poèmes de Khlebnikov ou Christian Prigent complètent l’ensemble. Sous le même sigle de Java (et cinquième de la collection) paraît en même temps l’Art parodic’, un savoureux, tonifiant, sinon indispensable petit essai  d’Arnaud Labelle-Rojoux, qui enseigne à l’Ecole d’Art d’Avignon. (Java n° 14, 116 avenue Ledru-Rollin 75011, Paris, 60F. L’Art parodic’, Java, Arnaud Labelle-Rojoux, 80F).

 

Ghérasim Luca était d’origine roumaine. D’où de nombreux textes encore très peu connus du poète publiés jadis dans les années trente à Bucarest. Dans la revue Supérieur inconnu, des extraits de Roman d’amour, d’Amphitrite, du Vampire passif - premier livre écrit directement en français -, ainsi que de catalogues d’expositions permettent ainsi une nouvelle approche de l’auteur de Héros-limite qui s’est jeté dans la Seine en 1994 pour quitter “ce monde où les poètes n’ont plus de place”. Gérard Durozoi reprend d’ailleurs à son compte un tel constat dans sa modeste - mais pertinente - contribution à la revue Java qui consacre elle aussi un dossier à Ghérasim Luca, prévu depuis longtemps par Patrick Beurard-Valdoye. On y peut lire Le Secret du Vide et du Plein, devenu introuvable, ou Couche-toi là Marie! , inédit, ainsi que des hommages (André Velter, Bernard Heidsieck...) et études, notamment sur la “commune découverte de l’érotisme poétique” de Ghérasim Luca et Paul Celan. (Supérieur inconnu n° 5, 9 rue Jean-Moréas, 75017 Paris, 90F - Java n° 15, 116 avenue Ledru-Rollin, 75011 Paris, 60F).

 

Java propose les travaux en cours de treize auteurs. Non un cénacle, mais une génération d’écriture. Mêmes préoccupations, mêmes refus et désirs, mêmes références. Tout cela récapitulé et analysé en fin de volume, non sans maestria, par Christian Prigent. Aux côtés de poètes déjà rencontrés, Bobillot, Nève, Espitallier, Suel, d’autres apparaissent: Beck, Garcia, Tarkos, sans parler de Katalïn Molnar et son « fransè populèr ». Une quête d’avant-garde en butte aux héritages. (Java n° 16, 116 avenue Ledru-Rollin, 75011 Paris, 60F).

 

Java, qui a reçu le Prix de la revue de création 1998, consacre un important dossier à Dominique Fourcade. Une dizaine d’auteurs offrent différentes lectures de son œuvre et lui-même un texte inédit, suivi d’un long entretien. L’auteur de Rose-déclic y parle des monotypes de Degas, de sa lecture décisive de W.C. Williams, de la politique en tant que citoyen, de son admiration pour Mallarmé et Emylie Dickinson, de la poésie, « l’entreprise la plus sensuelle et la chose la plus sexy du monde »… (Java n° 17, 116 av. Ledru-Rollin, 75011 Paris, 60F).

 

Java fête ses dix ans et s’adonne à la poésie. Celle de John Cage (disparu en 1992), rendant ici hommage, sur fond de Yi-King et de « Quartet pour percussion », au peintre des oiseaux et calices Morris Graves. Celle d’ Eugène Savitzkaya (né à Liège en 1955), dont Vannina Maestri et quelques autres abordent « la rupture, la violence, la vitesse mais aussi la “ blancheur originelle “ de cette écriture particulière ». Celle de l’Américain Jerome Rothenberg (né en 1931) que présente et interroge Yves di Manno, spécialement sur son « ethnopoétique ». Celle enfin des fidèles de la revue. (Java n°18/19, 116 avenue Ledru-Rollin, 75011 Paris, 80FF.)

 

Java cherche toujours, sous la houlette de Jean-Michel Espitallier, à explorer la poésie contemporaine. Ce qui prête à discussions, d’un « fax-simulé d’une lettre » de Christian Prigent en ouverture à une vraie missive de Charles Pennequin en conclusion. Et à traductions ; poèmes d’une douzaine d’auteurs américains nés dans les années soixante, texte de John Cage et Une Nativité bruitiste du dadaïste allemand Hugo Ball. A noter, en plus, un dossier sur l’écrivain singulier Hubert Lucot, qualifié ici de « Laboureur subtil » et se qualifiant lui-même de « classique et moderne » à la fois… (Java n° 21-22, 116 av. Ledru-Rollin, 75011 Paris, 90F.

 

Java s’aventure dans la musique et l’exotisme en proposant des chants des femmes Lobi du Burkina-Faso. Soit une « musique vocale » pour des sujets variés qui « concernent souvent les souffrances des femmes ». Suivent des traductions de pièces de théâtre de Gertrude Stein ainsi qu’un dossier, non dépourvu d’humour et d’empathie, sur le discret mais tenace Jean-François Bory qui avoue se donner « beaucoup de mal pour laisser l’impression d’écrire avec légèreté ». Mais la revue offre avant tout un exceptionnel ensemble de « poètes expérimentaux » néerlandais qui ont participé au mouvement Cobra : Lucebert, Elburg, Hanlo, Rodenko, Campert… Une série de fortes personnalités que l’admirable travail de Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin rend désormais accessibles en révélant leur modernité qui, après avoir fait scandale, « a fait l’histoire ». (Java n° 23-24, 116 avenue Ledru-Rollin, 75011 Paris, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 16€.)

 

Jungle poursuit sa route avec une équipe remaniée, un changement de formule et un rythme de deux numéros annuels. Après une série de numéros aux dossiers conséquents (André Hardellet, Eugène Dabit, Jean Vautrin ou Peter Handke) la revue revient à ses premières amours auxquelles elle est d’ailleurs toujours restée fidèle: la poésie. C’est donc avec un certain plaisir qu’on y retrouve des Suédois comme Tomas Tranströmer, des Belges comme Werner Lambersy ou Henry Bauchau (présenté ici par Aliette Armel), sans parler de Patrice Delbourg ou Yves Martin. Sont données des traductions d’Emily Dickinson, Nazim Hikmet, ou d’un Indien cheyenne, Lance Henson. Des poètes, également, en présentent d’autres, ainsi Renaud Ego écrit-il à propos de trois “pèlerins de l’histoire” (Joseph Brodsky, Seamus Heaney, Derek Walcott) ; “De quel sol le poème peut-il être solidaire, lorsqu’il naît précisément de la perte de toute terre solide?” (Jungle n° 15, Le Castor Astral éditeur, BP 11 33038 Bordeaux Cedex, 78F)

 

Jungle se consacre à la poésie internationale. Outre des inédits du Suédois Tomas Tranströmer ou du Russe Joseph Brodsky, on peut y lire un hommage à Gaston Miron (1928-1996). De cet auteur d’un seul livre, L’Homme rapaillé, sont ici donnés un entretien avec Lise Gauvin sur « les grandes étapes de son autobiographie linguistique et intellectuelle », quelques poèmes ou lettres rares ainsi qu’une introduction à l’œuvre d’artiste de son compatriote Robert Roussil. Et puis des témoignages de Québécois, dont les extraits du journal de Jean-Pierre Guay évoquant, entre autres, de Gaston, ses « quelques coups de mâchoire qui signifiaient oui. » (Jungle n° 19, Le Castor Astral, BP 11, 33038, Bordeaux Cedex, 78FF).

 

 

 

Informations supplémentaires

  • Editions: Le Magazine littéraire
  • Date de parution: