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Quelques revues littéraires de L à La…

 

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L’Alambic ne fait que 4 pages mais foisonne d’informations sur la vie littéraire. Cela va d’un double hommage à Jean Le Mauve et André Blavier à l’éloge de Ghérasim Lucas, en passant par des conseils de lecture passionnels, hétéroclites et millésimés. Le ton se veut désinvolte, l’humour grinçant, la griffe aiguisée. Eric Dussert mène le jeu, secondé par Alfred Eibel et Jean Claude Bologne. Citations bien senties, poèmes bien choisis ponctuent le tout. En plus, c’est gratuit. Enfin, il suffit d’envoyer une enveloppe (229/161mm), timbrée (0.46€) et libellée à l’adresse de son choix. Pourquoi s’en priver ? (L’Alambic n° 3, Eric Dussert, 68, rue Gabriel Péri, 92120 Montrouge.)

 

L’Anacoluthe existe discrètement depuis 1992. C’est une petite revue annuelle, imprimée sur beau vélin ou verger, qui met un point d’honneur à ne publier que des auteurs méconnus, à de rares exceptions près. Michel Gremeaux, son animateur, souligne sa préférence pour des textes non traditionnels afin de “privilégier un moment ou un climat ou encore une impression”. Plutôt courts dans l’ensemble, parfois proches de la nouvelle, ils invitent à un rêverie à Trouville (Julien Cendres) ou aux bords de la Loire (Olivier Domerg). On sent l’inflence d’un Michaux chez “Les habitants des gratte-ciel” de Pascale Petit ou “La première mort de Jonas Evian” de Claude Schnerb. De Borges aussi dans le “Zork” de Bruno Ehret. La dominante est plutôt fantastique, avec une prédilection pour un éveil quelque peu ébahi devant le réel. (L’Anacoluthe n° 6, Manoir du Chêne, 61130, St-Ouen-de-la-Cour, 35F).

 

L’Animal, revue thématique de “littératures, arts & philosophies”, choisit cette fois un sujet qui peut prêter à sourire: “Le chatouillement”. Un  mot qui a soulevé bien des spéculations philosophiques, de Lucrèce à Heidegger, en passant par Montaigne, Descartes (le Traité des passions), Spinoza ( et sa  titillatio) ou Diderot. Un Petit traité du chatouillement de Philippe Choulet apporte à cet égard  des lumières sur cet acte à la fois si futile et si mystérieux. Réflexions étymologiques, fulgurances poétiques, expressions plastiques aussi, alternent avec des participations de “chatouilleux”  tels Jude Stéfan ou Alain Buisine, sans parler de... Michel-Ange, à travers quatre sonnets inédits. Où l’on apprend enfin que “chatouiller n’est pas gratter” et que le métier de “chatouilleur” (au théâtre, celui qui provoque le rire dans la salle) a bien existé, à en croire Heinrich Heine. (L’Animal n° 3, 17 rue Saint-Jean, 57000 Metz, 110F).

 

L’Animal s’aventure au pays des « esprits, spectres et fantômes ». Comme le précise Thierry Hesse, directeur de la revue, « spectres et fantômes relèvent d’un “monde privé” signifiant un écart avec le monde commun. » C’est dans cet écart propice à la réflexion, rêverie et méditation qu’est explorée la thématique, riche en surprises photographiques et plaisirs littéraires. On se laisse séduire par les Observations scientifiques sur un fantôme, effectuées par nos soins, savoureuse nouvelle inédite de Grant Allen (1848-1899), qui exerça son influence sur Maurice Leblanc et Conan Doyle. Par la passionnante présentation du Dibbouk de Shalom An-Ski, pièce de théâtre écrite à partir d’un conte populaire hébreu sur le fantôme d’un amant malheureux. Par des nouvelles de Jean-Yves Masson, Claude-Louis Combet, des poèmes de Franck Venaille ou une étude philosophique d’André Hirt pour qui, d’après Hégel et Bacon,  « poser la question du fantôme, c’est poser celle de la réalité, et de la vérité. » (L’Animal n° 5, 17 rue Saint-Jean, 57000 Metz,100F).

 

L’Animal est à coup sûr une revue d’exception. Ainsi lui a-t-on décerné le Prix de la revue de création1999, sous l’initiative de la Fondation du Crédit Mutuel, Ent’revues et La Maison des Ecrivains. Il est vrai que L’Animal a le bon goût d’aborder de bons thèmes. Par exemple, « Qui sont nos ennemis ? » Question que Thierry Hesse développe dans son éditorial en liant la philosophie à l’actualité, voire la politique. Que Philippe Choulet approfondit en une magistrale mise au point. Parmi les distinctions possibles Marc Petit, non sans humour, choisit celle d’« Adversaires et ennemis » en littérature. Henri Meschonnic, lui, s’en prend au calendrier et aux faux-semblants poétiques. Arlette Farge se plaint d’un vocabulaire volé. Jean-Patrice Courtois démontre comment dans les Rêveries de Rousseau « s’élève la revendication d’un parler sans l’ennemi ». Et Didier Daeninckx, Volker Braun ou Jean Amsler, entre autres, élargissent par la fiction l’exigeante question. (L’Animal n° 7, 6 rue Bégin, 57000 Metz,100F).

 

L’Animal a le don d’aborder des sujets qui ne cèdent en rien à la facilité. Ainsi, « La fatigue, l’ennui ». On peut se réjouir de voir de jeunes philosophes (André Hirt, Patrick Kopp, Dominique Weber...) se frotter à Descartes, Pascal ou Nietzsche, voire à L’ Espèce humaine d’Antelme ou au Monsieur Ouine de Bernanos. On peut également goûter les paradoxes malicieux de Jacques Réda, pour qui l’ennui semble « un privilège de l’enfance », ou de Roger Munier faisant « L’éloge de la fatigue ». Quelques écrivains (Alain Fleischer, Mathieu Bénézet, Jérôme Mauche…) ont recours, non sans humour, à des personnages de fiction flirtant avec l’absurde. Le cinéma n’est pas oublié pour autant ni la poésie des mots (Antoine Emaz, Gilles Ortlieb…) à laquelle offrent un écho les émouvantes images des « mondes minoritaires et marginaux » d’Yves Jeanmougin. (L’Animal n° 9, 6 rue Bégin, 57000 Metz,110F.)

 

L’Animal continue ses explorations thématiques en littératures, arts et philosophies avec « L’extase » qui, si l’on en croit Emmanuel Laugier, « est partout, multiple mais une lorsqu’elle surgit ». Ce poète la décèle au cinéma, « noire » ou « pacifiée » dans Cris et Chuchotements, The Shining ou A travers les oliviers. Et comme, selon lui, « le temps conditionne la contingence de l’extase » on lira avec profit « Le temps passe-t-il ? » de Francis Wolff dans un passionnant cahier consacré à ce philosophe né en 1950 qui répond à des questions sur sa démarche et présente l’œuvre taurine de deux sculpteurs contemporains. Des textes de Jean-Luc Hennig sur la poussière, Marc Petit sur le paysage, de belles photographies de Bernard Faucon ou le subtil commentaire d’un portrait de Nijinsky par William Schuman, directeur de la revue, apportent en plus leur contribution extatique. (L’Animal n° 13, 6 rue Bégin, 57000 Metz, lanimal@voilà.fr, 20€.)

 

L’Animal affiche le mot « Nu » comme titre d’un dossier précédant un Cahier consacré au philosophe Jean-Luc Nancy. Il est vrai que le mot, comme le concept, soulève de riches et complexes méditations, parfois s’appuyant sur des travaux photographiques (E. J. Bellocq, Marc Trivier, Henri Maccheroni) ou picturaux (Jean-Michel Nicollet). Outre les poèmes d’Antoine Emaz ou Robert Duncan on retiendra les approches philosophiques de Pierre Carrique rappelant chez Descartes « l’impossibilité d’une nue présence intellectuelle de l’idée, d’un nu contact du pensant et du pensé » ou de Jean-Paul Laurent dont la réflexion « A qui s’adresse le nu ? » part de la représentation de ce couple nu envoyée dans l’espace par la Nasa dans les années soixante-dix. Distinction est bien sûr faite entre nu et nudité par Michel Collot, entre nudité et apparat par Jean-Marie Gleize. Quant à Ryoko Sekiguchi, qui relate ses expériences de « dévoilement » en Iran et Afghanistan, elle constate que « le port constant du voile comme tenue sociale fait avancer la nudité sous le voile »… (L’Animal n° 14/15, 6 rue Bégin, 57000 Metz, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 20€.)

 

François Bon répond avec sérieux aux pertinentes questions de Thierry Hesse sur son œuvre qui recouvre une vingtaine de livres en vingt ans, de Sortie d’usine (1982) à Rolling Stone, une biographie (2002). D’une interrogation sur cette notion même d’« œuvre » aux liens entretenus avec ses activités culturelles (ateliers et cours de techniques d’écriture, théâtre, lectures, création d’un site Internet…) l’écrivain évoque « le travail véritable (…) qui vous emporte, (…) vous contraint à tout laisser du reste. » A savoir la littérature. En témoignent de très intéressantes Notes sur Balzac, des textes sur une série de photographies de Jérôme Schlomoff, et treize interventions d’écrivains amis, de Pierre Bergounioux à Lydie Salvaire qui voit dans « Mécanique, comme dans tous les textes de Bon, une bonté qui vous autorise à vous en aller vers vous-même. » (L’Animal n° 16, 6 rue Bégin, 57000 Metz, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 23€)

 

L’Art du bref comporte douze pages quasi mensuelles, format A4, agrafées, dirigées par Yannick Haenel. Y écrivent avec régularité Michel Host, Richard Millet et quelques fortes têtes qui aiment aller à l’essentiel. Un entretien avec Salah Stétié, des proses de Jude Stéfan,  des poèmes de Michel Houellebecq, des textes d’humeur ou notes de lecture le confirment. (L’Art du Bref, 16 rue Lauriston, 75016 Paris, 14F. Soit 140F l’abonnement pour un an).

 

L'Atelier du roman observe dès son ouverture "une séparation entre l'art du roman et sa critique", pense que "les questions essentielles sont passées sous silence" et propose d'entrer dans le vif du sujet en suivant "quatre axes bien distincts: se concentrer sur un romancier; présenter et critiquer de nouveaux romans; parler des problèmes qui ont un rapport direct avec la vie du roman; réfléchir sur l'état actuel de la critique". Une idée née des activités de Milan Kundera. Ce dernier avait déjà attiré l'attention sur Les Somnambules d'Hermann Broch, romancier auquel la revue consacre plusieurs approches, et fait ici l'éloge de Retours et autres pertes de la romancière tchèque Sylvie Richtovera. José Saramango, Tadeusz Konwicki et Morgan Sportès y sont également à l'honneur. Des réflexions sur la traduction (Diderot en islandais et Witold Gombrowicz en français) abordent les écarts de langage et complètent une démarche critique dont Lakis Proguidis tente quelques bilans à propos de Krüger, Soljenitsyne, Philippe Djian et de la situation romanesque en temps de guerre en Yougoslavie... (L'Atelier du roman n° 1, Arléa, 75FF)


Ernesto Sabato, né en 1911, est un écrivain argentin connu surtout en France pour une trilogie romanesque qui a la première particularité de compter treize ans d’intervalle entre chaque parution. L’Atelier du Roman, par le biais d’un entretien avec Eva Le Grand, interroge Sabato sur cet aspect de son œuvre ainsi que sur ses positions artistiques, son étrange parcours biographique et ses engagements politiques. Lakis Proguidis, directeur de la revue, remarque à juste titre que Sabato est exclu des auteurs latino-américains défendus par Fuentes et, par l’analyse de ses romans, démontre comment, à l’instar peut-être de Musil, il est le seul écrivain ayant pris le risque de se confronter aux “hauts fourneaux de la science contemporaine”. D’autres approches, notamment sur son fameux Rapport sur les aveugles et son travail d’essayiste (très peu traduit en français), comme des extraits de El Escritor y sus fantasmas (1963), incitent à fréquenter sur-le-champ celui qui se nomme “le mystique du dépotoir et de l’enfer” ou “l’explorateur du mal”. (L’Atelier du Roman n°4, Arléa,16 rue de l’Odéon, 75006 Paris, 85F).

 

L’Atelier du roman change de boutique (les éditions Arléa pour Les Belles lettres) mais non d’équipe. Ni d’orientation. Rabelais y est cette fois à l’honneur. Un dossier iconoclaste sied bien à cet écrivain défiguré par l’enseignement selon Guy Scarpetta et qui exerce très peu d’influence sur les romanciers français contemporains, à la différence de celle exercée sur nombre d’auteurs étrangers, ce dont il s’entretient avec Milan Kundera. Philippe Muray, de son côté, tente de l’arracher aux mœurs commémoratives et montre à quel point Balzac (à travers, entre autres, ses Contes drolatiques) en “appelle au rire de Rabelais comme à un paradis perdu”. En marge de ces réflexions, où une large place est réservée aux problèmes de traduction de l’œuvre rabelaisien, on peut lire des approches critiques de romans récents (Houellebecq, Salvayre...), même antérieurs (Chandler, James...) et les analyses corrosives de Lakis Proguidis, âme damnée de la revue, qui s’attaque aux gloires surfaites de Pennac, Bon ou Jostein Gaarder (L’Atelier du roman n° 5, Ed. Les Belles lettres, 95 bvd Raspail 75006, Paris, 85F.)

 

L’Atelier du roman poursuit son travail décapant de réflexion avec une vitalité suffisamment rare pour être chaque fois soulignée. “La critique a-t-elle besoin des romanciers?” n’évite donc ni le paradoxe ni l’insolence qu’on retrouve chez les divers participants, à commencer chez Philippe Muray. Ce dernier tente, au-delà de la négative critique universitaire et médiatique, de définir le propre du roman et de montrer non sans humour noir comment “le projet d’abolition de la différence entre roman et soumission au monde est donc en train de s’accomplir”. François Ricard aborde “le fétiche de la littérature” à partir d’une expérience professionnelle et du livre de Terry Eagleton, pape de l’actuelle critique universitaire. Prolongent d’ailleurs avec pertinence ces réflexions, en dehors du dossier proprement dit, les textes d’Yves Hersant, renvoyant dos à dos “roman” et “romanesque” ou de Belinda Cannone confrontant “la question de la vie intérieure” à “notre conception du réel”. L’Age d’or du roman de Scarpetta donne enfin lieu à Lakis Proguidis de définir l’art du roman. Quant à l’ouverture du numéro, elle a été confiée à... Guy de Maupassant! A un siècle de distance, on peut mesurer le chemin parcouru. (L’Atelier du roman n° 6, Les Belles lettres, 95 bd Raspail, 75006  Paris, 85F).

 

L’Atelier du Roman accompagne la sortie de Toute une histoire , le dernier roman de Günter Grass, d’un entretien avec Lakis Proguidis. L’écrivain y évoque Richter, Grimmelshausen et Fontane, aborde ses conceptions sur l’art du récit (et comment elles le rapprochent de Salman Rushdie), sa façon d’écrire debout, le rôle de l’ordinateur, précise sa vision du passé allemand et développe ce qu’il nomme le paprétur (néologisme fondé sur la contraction passé/présent/futur). Outre ce bel hommage et les rubriques habituelles (où on remarque , entre autres, les “Sept façons d’écrire un mauvais roman”), la revue propose, à partir du roman de Laclos, une réflexion sur “Les liaisons dangereuses à l’heure du portable” à laquelle ont participé Michel Déon, Chantal Thomas, Michel Host... (L’Atelier du Roman n° 12, Les Belles Lettres, 85F).

 

L’Atelier du roman navigue entre passé et présent dans sa quête réflexive sur le genre romanesque. Pour le présent, un courageux et intelligent dossier est consacré au On ferme de Philippe Muray, roman qui n’est pas passé inaperçu pour tout le monde. En tout cas pas pour François Salvaing, Bertrand Leclair ou Michel Déon qui, chacun à sa façon, répondent aux questions  soulevées par une telle entreprise littéraire. Lakis Proguidis, s’appuyant sur les travaux de René Girard, étend son étude aux rapports, entre autres, du bien et du mal. Pour le passé, Fabienne Durand-Bogaert introduit un dossier sur Henry James en attirant l’attention sur les aléas de la traduction dans la réception de son œuvre en France. Avec beaucoup de subtilité est analysé son univers de proies et prédateurs, de mystère homosexuel, et Portrait de femme donne l’occasion à Cyrille Cahen et Jean-Philippe Domecq d’aborder le statut du personnage romanesque et la sous-conversation jamesienne, d’une cruauté proche des Liaisons dangereuses. Les dessins discrets de Sempé apportent à l’ensemble une touche d’humour bienvenue. (L’Atelier du Roman n° 15, Les Belles Lettres, 85F).

 

Anatole France (1844-1924) mérite-t-il encore d’être lu? L’académicien mort couvert d’honneurs et de gloire cacherait-il un écrivain subtil? un homme courageux que les anathèmes des surréalistes ou la haine d’un Valéry ont contribué à ternir? A travers la relecture deLes dieux ont soif (sur fond de Révolution française) ouHistoire contemporaine, comme à travers un itinéraire au milieu des livres ou de la politique, qu’exposent respectivement Marie-Claire Bancquart et Antoine Cassan, on redécouvre, non sans tendresse ou nostalgie, une œuvre et une personnalité que de nombreux préjugés ont peut-être trop longtemps occultées. Et, à l’instar de Jean-Marie Laclavetine, on trouve plus de cent raisons « d’entrer dans la librairie France, cent raisons d’aimer Anatole. » (L’Atelier du Roman n° 20, Editions de la Table ronde, 7 rue Corneille,75006 Paris, 75F).

 

Italo Svevo (1861-1928) est une figure de la modernité. Pour preuve l’incontournable Conscience de Zeno publié en 1923, un an après l’Ulysse de Joyce. Une œuvre de « cette grande littérature de la Mitteleuropa » qui englobe Musil, Roth, Canetti, Broch et bien d’autres, selon Denis Wetterwald, et le roman d’une ville, Trieste, quasiment jamais quittée par l’auteur. Claudio Magris en définit le héros et Julian Evans les enjeux, dont une drolatique bataille entre littérature et psychanalyse. Lakis Proguidis en tire, lui, une « ontologie de la non-réponse ». Jean-Yves Masson explore avec bonheur les fables de Svevo, moins connues, et en traduit une. Les ombres de Freud et surtout Joyce, ami de la première heure, planent sur tout le dossier qui tourne autour des thèmes récurrents; vieillesse, maladie, ineptie, échec… Enfin Massimo Rizzante s’attarde sur le grand Italo… Calvino! (L’Atelier du Roman n° 21, La Table Ronde, 75F).

 

L’Atelier du roman propose un passionnant dossier sur le thème : « le roman face à la mondialisation ». Où l’ombre de Goethe, et sa « littérature mondiale », y est tutélaire, perçue même comme antidote, par Jean-Yves Masson. Où sont développées des réflexions sur le temps et le lieu, l’histoire et la géographie, le tourisme, la pornographie, le centre et la périphérie… Où les littératures polonaise, autrichienne, grecque sont prises en compte dans ce que Massimo Rizzante définit les « mystérieuses généalogies de l’arbre du roman. » (L’Atelier du roman n° 26, Editions de la Table Ronde, 7 rue Corneille, 75006, Paris, 75F).

 

L’Atelier du Roman trouve en Valéry Larbaud (1881-1957) un pionnier du cosmopolitisme en littérature, et notamment dans A.O. Barnabooth (1913). Quelques critiques et écrivains  (dont Jean-Claude Pirotte, dans un texte très émouvant) tentent ainsi de montrer comment dans ce roman « entre la prose et la poésie » l’auteur manifeste son «hédonisme nomade » (Wladimir Krysinski) et se montre « le précurseur, le découvreur et l’explorateur de plusieurs domaines » (Lakis Proguidis). On rappellera en effet avec Michel Déon que « Barnabooth a précédé de dix ans l’Ulysse de Joyce » et que Larbaud, grâce à Joyce, « ressuscitera » Les Lauriers sont coupés d’Edouard Dujardin, précurseur du monologue intérieur et dont Fabrice Lardreau montre ici fort à propos toute la modernité. (L’Atelier du Roman n° 28, la Table ronde, 11,5 €.)

 

L’Atelier du Roman se penche sur l’essai littéraire du Québécois François Ricard, publié en 1992 à Montréal et en France en 2001 aux éditions Climats. La Génération lyrique, essai sur la vie et l’œuvre des premiers-nés du baby-boom (description et analyse des raisons et de l’ampleur de l’effervescence de la jeunesse dans les pays occidentaux durant les années soixante et soixante-dix) permet une approche nouvelle de positions idéologiques et politiques trop bien établies. Ne s’en privent ni Philippe Muray, anathématisant le « moderne » imposé sans discussion ni recul, ni Lakis Proguidis, animateur de la revue et préfacier de l’édition française, pour qui cet essai « fait partie des œuvres qui ont motivé et ordonné [sa] vie ». Les autres interventions sont tout aussi passionnées, à l’instar de celle de Lotar Baier qui, très stimulé, propose une analyse de « la période qui s’écoule simultanément en Allemagne ». (L’Atelier du Roman n° 29, La Table Ronde, 11,50 €.)

 

L’Atelier du roman, outre des rubriques confiées à François Ricard ou Jean-Philippe Domecq, ouvre un dossier sur Saul Bellow, prix Nobel de littérature en 1976 et « ami qui, par son exemple, dit Lakis Proguidis, animateur de la revue, ne nous laissera jamais sombrer dans la facilité de la routine culturelle. » Massimo Rizzante a réuni pour l’heure des écrits sur son œuvre, moitié publiés, moitié inédits. Tous ne tarissent pas d’éloges à commencer par ceux de Philip Roth sur une demi-douzaine de romans de ce « Jérôme Bosch du verbe » qu’il rapproche de Kafka, Joyce, Gogol ou Swift. Martin Amis s’attarde sur Une affinité véritable et James Wood, critique littéraire, sur ses nouvelles. Le témoignage de son ami Keith Botsford, le questionnaire d’Eraldo Affinati et la réflexion de Gilles Marcotte sur les origines québécoises de Bellow, né à Lachine en 1915, invitent à lire l’auteur de Saul Steinberg, ici offert en prime. (L’Atelier du Roman n° 32, La Table Ronde, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 11,50 €.)

 

Roa Bastos est né au Paraguay en 1917 et a passé quarante-huit ans en exil, notamment en Argentine et en France. On peut comprendre, comme le souligne le critique montréalais Wladimir Krysinski, que, pour lui, « le choix de notre lieu de naissance n’est pas négociable. » L’écrivain s’en explique dans Le Tonnerre entre les pages, livre d’entretiens sur son œuvre que C.D. Durante, dans une lettre ouverte à l’auteur, place sur le même plan que celui de Rulfo et Borges. Des études sur Moi le suprême, pour les rapports entre le roman et le théâtre (Christilla Vasserot), Fils d’homme, pour « un éparpillement élevé au niveau de l’un des beaux-arts » (Denis Wetterwald) ou A contrevie, pour la fragmentation, « constante de son écriture romanesque » (Milagros Ezquerro), donnent de ces trois romans un avant-goût très stimulant. (L’Atelier du Roman n° 33, Flammarion, 26 rue Racine, 75006 Paris, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 12€.)

 

L’Atelier du roman, toujours subtilement illustré par Sempé, prouve par ses diverses contributions d’écrivains et critiques qu’il est possible d’aborder la littérature contemporaine avec une érudition non pesante et un réel enthousiasme. Ainsi ce dossier sur le roman Rosie Carpe de Marie NDiaye paru en 2001 aux éditions de Minuit. Où il est question d’«une expérience quasi initiatique », du thème de la famille et de « la mystérieuse fonction des mystères », de son « phrasé rythmé et musical », de la fonction du nom mais aussi des adjectifs ou du premier mot : « Mais ». Tous s’accordant pour voir dans ce septième opus de l’auteur, comme le résume l’Islandais Torfi H. Tulinius, « une véritable avancée dans l’histoire du roman ». (L’Atelier du Roman n° 35, Flammarion, 26 rue Racine, 75006 Paris, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 12€.)

 

L'Authenticiste est une très sérieuse revue bretonne dont le but est "d'établir une nouvelle définition de la modernité". Cela passe  en premier lieu par une approche philosophique de l'authenticisme; Jean-Yves et André Biguot se référent à  Husserl, Heidegger et Sartre, mais aussi à Breton ou Artaud. Guy Darol en appelle de son côté à Hardellet, Augiéras et Delteil pour qui "l'imaginaire est un moyen de connaissance". Ce qui n'exclut pas un hommage au saxophoniste John Coltrane, une échappée dans quelques textes de fiction ou l'invitation à un concours d'essais pour répondre à la question: "Dans quelle mesure l'imaginaire est-il une voie vers l'authenticisme?" (L'Authenticiste n°2, 2 rue Marengo 29200 Brest, 25F)

 

L’Infini a donné carte blanche à Dominique Noguez pour regrouper à sa guise des écrivains “non programmables”. Il s’en acquitte avec brio, consciencieux à l’excès dès qu’il s’agit de littérature, dont il donne en fin de volume son propre “concentré”. Les auteurs sollicités, à large dominante masculine, sont présentés comme des hommes “du pressentiment, peut-être même d’une certaine prescience”. Plusieurs en profitent pour évoquer leur “irréductibilité” littéraire; Michel Host, Alain Nadaud, ou Richard Millet qui établit un beau parallèle entre musique et littérature. D’autres exercent leurs sarcasmes à l’égard de l’époque; Renaud Camus, Laurent Mercier, avec neuf lettres - très impertinentes - de motivation, ou Michel Houellebecq dont l’incursion dans un “camping mystique” mérite absolument le détour. D’autres encore mettent en scène avec humour quelques gloires (Julien Cendres, Charles Dantzig...), voire la comédie du milieu littéraire (Vincent Ravalec). L’ensemble, très tonique, s’achève sur un poème d’André Laude trouvé près de son cadavre peu après sa mort. (L’Infini n° 52, Gallimard, 84F).

 

Claude Simon (prix Nobel 1985) restitue l’atmosphère trouble de la vie parisienne sous l’Occupation dans un texte de belle facture intitulé Lecture publique d’une pièce de théâtre. Philippe Sollers, quant à lui, livre ses réflexions sur Picasso et Artaud, Philippe Forest sur Kenzaburô Oé, François Fédier sur Heidegger et Michel Braudeau révèle Quarante recettes certaines pour échapper à la mort. Sans parler des poèmes du dernier prix Nobel, Wislawa Szymborska... (L’Infini n°56, Gallimard, 86F).

 

L’Infini aborde “La question pédophile”. Soit une quarantaine d’interventions d’écrivains (Sollers, Ernaux, Hennig...), mais aussi du président de la Ligue des Droits de l’homme, d’un magistrat détaché au Collège de France, et d’un panel d’opinion de sept femmes anonymes de trente à quarante-cinq ans effectué le 16 mai 1997. Ces interventions sont les réponses à un questionnaire envoyé par la revue concernant le “retentissement de l’affaire Dutroux”, la définition de l’enfance et la pédophilie, les expériences personnelles de “sexualité infantile” et le crédit à apporter aux “spécialistes et porte-parole de l’enfance”. La qualité d’analyse mais aussi d’émotion et de sensibilité de l’ensemble est certes plus rassurante que les constats et perspectives faits sur notre société où les adultes, le capitalisme et les médias en prennent pour leur grade. Affleure en plus avec pertinence une réflexion sur le sacré, les tabous et autres dimensions que cache et révèle à la fois une telle enquête. Un vrai bain de jouvence! (L’Infini n° 59, Gallimard, 86F).

 

L’Infini donne un « Journal de guerre » de Philippe Sollers, constitué de réponses à des questions de Jacques Henric, qui parle du temps, de la poésie et de l’histoire. De même Pierre Bourgeade répond aux questions de Jean-Hubert Gailliot sur Rimbaud et Bataille, et Dominique Aury ( alias Pauline Réage), à celles de Nicole Grenier dans un entretien datant de 1988, soit cinq ans avant l’aveu public d’avoir commis Histoire d’O. A cet égard, on peut se reporter au dossier sur Dominique Aury de la NRF qui le lui doit bien, si l’on en croit tous ces écrivains qui l’ont côtoyée, de Michel Tournier à Diane de Margerie… (L’Infini n° 66, Editions Gallimard, 88F. La Nouvelle Revue Française n° 550, même éditeur, 95F).

 

L’Odyssée se veut une revue “amoureuse”! On en apprécie d’autant plus l’audace que son champ d’investigation s’étend d’une mise au point historique sur les interprétations du Cantique des Cantiques aux poèmes incestueusement érotiques d’Eugène Savitzkaya. On y trouve des traductions de Pasolini, Mina Loy (veuve inconsolée d’Arthur Cravan) ou du mexicain José Carlos Becerra dont est proposé un extrait de Récit des événements, l’un des deux livres publiés de son vivant. Et aux textes de contemporains (Olivier Apert, Odile Massé, Emmanuel Laugier...) répond en clin d’œil ironique celui de La Mothe Le Vayer sur les “parties honteuses aux hommes et aux femmes” extrait de son Hexameron rustique. Le tout illustré de gravures de Luis Darocha. (L’Odyssée n° 3, Editions Mihàly, 19 rue Basly, 92230 Gennevilliers, 70F).

 

Michel Tournier. Dans un long entretien qu'il accorde à la revue L'Œil de Bœuf, Michel Tournier s'explique sur plusieurs caractéristisques qu'on attribue généralement à son œuvre; l'omniprésence du conte (jusqu'à l'insérer "par des mises en abîme dans la trame romanesque"), les oppositions binaires, les personnages primaires et secondaires, les idées philosophiques dans le roman d'initiation (Spinoza, Kierkegaard), la mythologie... Un portrait de Jean-Marie Magnan, des bonnes feuilles du Miroir des idées, ainsi qu'un feuilleton dont la suite est menée par chaque écrivain rencontré et où Michel Tournier succède à Jean Grosjean et Jacques Réda, complètent cette rencontre. Pour un approfondissement de l'écriture tourniérienne, on se reportera avec un grand profit et une jubilation intellectuelle indéniable à la dernière livraison de la Revue des Sciences Humaines. Une dizaine de contributions y abordent la séduction, l'inquiétude, voire l'irritation qu'on se plait à lui reconnaître. Pour reprendre l'expression d'Arlette Bouloumié, "l'étude de la séduction dans l'œuvre de Michel Tournier nous permettra de passer à la séduction de l'œuvre elle-même". Et elle n'est pas la seule à prendre pour référence Le Roi des Aulnes, véritable "empire des signes" pour Anthony Purdy qui en étudie "les jeux complexes de la séduction" ou Cornelia Klettke sa "structure mythique" à partir de l'emploi métaphorique de la musique et notamment L'Art de la fugue de Jean-Sébastien Bach. Deux nouvelles, celle "horripilante" de Tupik, et celle d'une "inquiétante étrangeté" intitulée Lucie ou la femme sans ombre, y font l'objet d'une étude particulière. Sont également analysées la dimension du "grotesque" (dont Raphaël Bidoche, dans Le Coq de bruyère, pourrait être une clé), du "double", récurrence obsédante comme chacun sait, de "l'ironie", qui permet de dépasser une "séduction de l'expérience totalisante", et last but not least de la perversion dont le cas-limite serait, pour Michael Worton,l'Alexandre des Météores. De quoi tourner la tête à tous les touniérologues et à relire une œuvre en fin de compte plus perverse qu'on a pu le dire ou l'imaginer! (L'Œil-de-Bœuf, n° 3, 94, boulevard Latour Maubourg, 75007 Paris,40F. Revue des Sciences Humaines, n°232, Université Lille III, BP 149, 59653 Villeneuve d'Ascq Cedex, 100F)

 

Maurice Blanchot continue d’exercer une véritable fascination. En témoigne le numéro d’hommage de la revue trimestrielle L’Œil de bœuf. Une trentaine de participants, et non des moindres, disent, parfois en peu de lignes, tout ce qu’ils doivent à cet écrivain (né en 1907) et à quel point ils le remercient. De Paul Auster à Edgar Morin, en passant par Ann Smock (sa traductrice américaine) ou Jean Starobinski. Plusieurs insistent, comme Dionys Mascolo ou Louis-René des Forêts sur la dimension de l’amitié. Emmanuel Lévinas sur le « contact moral ». Une lettre d’Edmond Jabès et une étude de Jean-Luc Nancy reviennent sur une querelle morale et politique jadis faite à Blanchot. Une polémique qui vient plutôt renforcer la difficulté d’accoster son œuvre, soulignée dans l’éditorial de Paul de Sinety, directeur de la publication, poussant même à se demander, à l’instar d’Olivier Cariguel, s’il faut « écrire ou ne pas écrire sur Blanchot ».(L’Œil-de-bœuf n° 14/15, 94 rue de La Tour Maubourg, 75007 Paris, 100F).

 

Alphonse Boudard a juste eu le temps de relire son dernier entretien avant de disparaître le 14 janvier 2000. Né en 1925 à Paris, l’auteur de La Métamorphose des cloportes y évoque la prison, les livres et le sanatorium, Albert Paraz et le génial Julien Blanc, Marthe Richard (« une salope de démonstration ») et René-la-Canne, son enfance, sa mère et bien sûr son rapport à l’écriture. Outre les témoignages des fidèles amis (Nucéra, Tournier, Déon, Giovanni…) une lettre inédite de Jean Anouilh et un bel article d’André Hardellet font partager leur plaisir d’avoir ri à la lecture de L’Hôpital. Les interventions de l’avocat de l’écrivain ou du metteur en scène Jacques Rosny, les études littéraires (« La philosophie dans le boudard; du conte à la fable » le rapprochant de… La Fontaine!) complètent ce dossier désormais de référence qui offre en plus le premier chapitre des Trois mamans de Jésus, l’ultime ouvrage. (L’Œïl-de-Bœuf n° 19, 94 boulevard La Tour Maubourg, 75007 Paris, 100F).

 

L’Œil-de-bœuf propose des réflexions sur « La voix » au théâtre, à la radio, à l’opéra… et prend en compte la « voix intérieure de l’écriture », appelée « improprement style ou petite musique » selon l’un des participants. A l’occasion d’entretiens, un avocat célèbre, citant Kant et Mallarmé, se demande « si la voix ne crée pas, par elle-même, la vérité », ou une voix de FIP se révèle appartenir à une comédienne très expérimentée. Jacques Drillon distingue la voix de l’acteur de celle du lecteur et Gildas Bourdet parle du « sens musical » de son Saperleau. Enfin Richard Millet nous offre d’émouvants souvenirs tandis que Jean-Pierre Millecam nous initie à l’« art de se taire au bénéfice des personnages » et à l’emploi des italiques dans son œuvre. (L’Œil-de-bœuf n° 21, 94, boulevard La Tour Maubourg, 75007 Paris, 80F.

 

L'Œil-de-bœuf consacre un numéro double au poète américain John Ashbery. Né en 1927 dans l’Etat de New York, ce dernier donne libre cours à sa vivacité d’esprit dans un entretien accordé à la revue en février 2001. Où il est question des différents courants de la poésie américaine mais aussi de son séjour en France, de Raymond Roussel ou Max Jacob. Des textes de Frank O’Hara (poète lui aussi de « L’Ecole de New York »), du peintre britannique Trevor Winkfield ou de son disciple Harry Mathews donnent de l’auteur de Your Name Here (dernier et vingtième recueil paru en 2000) un portrait attachant. Une traduction d’une partie de Three Poems (1972) et quelques savantes études tendent à prouver que l’œuvre de John Ashbery est réputée à tort incompréhensible.  (L’Œil-de-bœuf n° 22, 94 boulevard La Tour Maubourg 75007 Paris, 15, 24 €.

 

Au rythme des saisons, voilà maintenant deux bonnes années que Claude Roffat concocte cette superbe revue d'art qu'est L'Œuf sauvage dont le titre s'explique tout simplement par un glissement paronymique. Une référence trop précise à "l'œil sauvage" d'André Breton dans le Surréalisme et la peinture ne lui aurait point été accordée. Ce qui n'empêche pas au départ une influence revendiquée que soutiennent les signatures de Pierre Bettencourt ou... André Pieyre de Mandiargues. Au fil des numéros, des études (et reproductions de tableaux) rendent compte des œuvres de peintres comme Dado, Gaston Chaissac, et bien d'autres. Sans parler des "crânes surmodelés du moyen sépik" (Nouvelle-Guinée) ou, comme dans la dernière livraison, de la peinture des Aborigènes d'Australie. La revue a l'audace de s'aventurer en dehors du domaine strictement pictural, en accordant une belle place à l'architecture, voire à la photographie. Ainsi ce numéro 8 propose un reportage de Jean-Louis Bédouin, collaborateur fidèle, sur ces rochers sculptés près de Saint-Malo pendant  plus de  quinze ans, au début du siècle, par l'abbé Fouré, ermite de Rothéneuf. Des portraits émouvants de Léo Ferré, par Hubert Grooteclaes, témoins de trente ans d'amitié. Et bien sûr des peintres; Michel Macréau et Stéphane Mandelbaum (1961-1986) dont on retrouvera des dessins érotiques dans la revue Enfers qu'annonce Claude Rollat, infatigable, pour le prochain printemps, avec... les œufs de Pâques! (L'Œuf sauvage n°8, Pleine marge, BP 284 Paris Cedex 18, 60F).

 

L’Ours polar de Christophe Dupuis explore, sans exclure SF et BD, le roman noir. Ceux de l’Américaine Elizabeth Stromme, par exemple, qui vit à Los Angeles et stigmatise aussi bien les magouilles de l’agrobusiness que la misère urbaine. Ceux également de Jacques Vettier qui réside en Guadeloupe et a droit, lui aussi, à un long entretien et à la présentation exhaustive de sa production, une spécialité maison. Une autre est la chronique de Francis Mizio, sur les « daubes » éditoriales.(L’Ours polar n° 7, 17 rue Carnot 33490 Saint-Macaire, 20F. Abonnement pour 6 numéros 100F).

 

L’Ours polar poursuit sa défense et illustration du roman noir contemporain. Donc : chroniques, nouvelles inédites, mais aussi chaleureux entretiens menés par Christophe Dupuis, son directeur de publication, avec des écrivains au mieux de leur forme. Ainsi deux auteurs de la Série Noire ; Patrick Pécherot confessant son attachement aux années 30, à Léo Malet ou… André Breton - devenu personnage de son Belleville Barcelone - et Romain Slocombe, plus Japonais que jamais dans Averse d’automne, qui évoque aussi bien les horreurs de la guerre que les quartiers chauds de Tôkyô. Et puis Laurent Martin « dans la peau d’une » Chloé face à l’Afrique post-coloniale d’Or noir peur blanche (Le Passage, Polarchives, 2003). (L’Ours polar n° 26, 17 rue Carnot 33490 Saint-Macaire, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 4 €.)

 

La Bartavelle, revue semestrielle éponyme de la maison d’édition, propose une livraison de correspondances. On y retrouve quelques voix chères qui se sont tues. Celle de Georges Perros, par exemple, ne manque pas d’émotion pour dire à William Cliff que “les mots sont autant de vêtements de corps, et comment les retirer quand ils ne cachent plus rien”. Et Henri Thomas de se plaindre à Gérard Le Gouic du “jeu de cartes crasseux de la critique”, d’ironiser sur ses petits malheurs et grandes consolations, telles son chat Bertrand ou la découverte d’un bon livre de Dutourd. Suivent des lettres comme on n’en reçoit plus, de Georges Mounin à Gabriel Cousin, ainsi qu’une présentation des démarches poétiques de Jean Grosjean et Philippe Jacottet.(La Bartavelle n° 6, 8 rue des Tanneries, 42190 Charlieu, 80F).

 

La Délirante revoit le jour après huit numéros parus entre 1967 et 1982. Son fondateur, le poète Fouad El-Etr, renoue au bout de dix-huit ans de silence avec la composition au plomb, l’impression sur papier chiffon et « l’âme damnée » de Michel-Ange en couverture. Faut-il préciser que cette prestigieuse revue associe peintres anciens et contemporains aux poètes des temps présents et passés? Sont ainsi proposés des Elégies de Properce comme des poèmes inédits de Shelley, Quevedo, Brodsky ou Octavio Paz... La présence de François Xavier Jaujard, au même titre d’ailleurs que Philippe Jaccottet, rend compte de la qualité des traductions, auxquelles Fouad El-Etr n’hésite pas à participer, comme pour le Hongrois André Ady ou le Japonais Yosa Buson. Et si les artistes Gérard Barthélémy ou Olivier O. Olivier se taillent la part du lion on n’en apprécie pas moins le Lion buvant de Juan Fernandez de Navarette ou les dessins de Goethe et Nerval. (La Délirante n° 9, 112 rue Rambuteau, 75001 Paris, 240F.)

 

La Femelle du requin invite et « critique » chaque trimestre un auteur apprécié. Après Claude Simon ou Cormac McCarthy, c’est au tour de Richard Millet d’être sur la sellette. Avec un bel entretien où il est question de Bernard de Ventadour (écrivain « corrézien » comme lui), de Lobo Antunes, de la musique, de l’enseignement, du « droit de s’en aller », du Liban, de la langue et littérature françaises, et de ses livres dont ce petit chef-d’œuvre qu’est Le Chant des Adolescentes. L’ensemble répond au thème des « Cicatrices », avec d’audacieuses incursions dans la fiction, le social et la musique… (La femelle du requin n° 16, 5 rue Trousseau 75011 Paris, 40F.)

 

La Femelle du requin propose un dossier sur Antonio Munoz Molina, né en Andalousie en 1956. Tous ses romans traduits en français (de Beatus Ille à Séfarade) y sont résumés et suivis d’un long et passionnant entretien avec l’écrivain. Culture espagnole, franquisme, libéralisme y sont abordés ainsi que littérature ou problèmes de traduction. On retrouve son univers imaginaire dans une troublante nouvelle inédite et à travers diverses lectures critiques. (La femelle du requin n° 21, 88 rue Alexandre Dumas, 75020 Paris, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 6,5€.

 

La Grive, fondée par Jean-Paul Vaillant en 1928, reparaît après vingt-cinq ans de silence. Un retour qui correspond à l’année du centenaire de la naissance d’André Dhôtel, bien sûr ici évoqué et auquel la revue, dont il était un collaborateur fidèle, va consacrer un colloque. Poèmes, témoignages, articles linguistiques, histoires (de l’université de Reims), hommages (à Marie Hermès, comédienne ou à Marguerite, épouse ardennaise d’Alphonse Allais) en constituent le sommaire. (La Grive n° 156, 10 rue de l’Arquebuse, 08000 Charleville-Mézières, 45F).

 

La Main de Singe fait peau neuve et change de format mais non de contenu, comme le constate Dominique Poncet, son animateur, avec l’humour grinçant qui lui est coutumier. De la littérature, donc, et des écrits sur la littérature! De Péter Esterhazy, auteur du Livre de Hrabal , est traduit ici du hongrois Un mois de mai (d’un journal assez iconoclaste). Bernard Hœpffner nous fait découvrir Jack Matthews et Joseph McElroy (dont on ne peut lire en français aucune de leurs œuvres parues aux Etats-Unis) et s’entretient avec le nouvelliste et essayiste Guy Davenport. Outre  les poèmes du Basque Atxaga et quelques rares proses d’auteurs français Philippe Di Meo présente et traduit une conversation avec Andrea Zanzotto sur Pasolini (La Main de Singe n°13, Ed. Compac’t, 157 Carré Curial, 73000 Chambéry, 75 F)

 

La NRF rend hommage à un de de ses anciens collaborateurs; Jean Grosjean. Plus d'une vingtaine d'écrivains, de sa génération (il est né en 1912) mais aussi beaucoup plus jeunes, disent avec émotion, respect ou admiration le parcours du poète, des premiers vers publiés par l'entremise de Malraux, Terre du temps (1946) aux derniers de La lueur des jours (1991). Une œuvre poétique marquée dès le début par la Bible dont il a traduit, notamment, l'Apocalypse et l'Evangile selon saint Jean. "Il est le passant, le passeur de notre siècle" affirme J.M.G. Le Clézio qui se souvient de leurs marches et conversations abolissant les barrières de l'âge et du temps. C'est l'impression que confirment seize courts poèmes titrés 1940 et quelques proses évoquant La Beune ou Bourg-la-Reine... (La NRF n° 479, 5 rue Sébastien-Bottin, 75341 Paris Cedex 07, 80F).

 

Jean Grosjean se voit rendre hommage par la revue à laquelle il a collaboré dès 1967 aux côtés de Marcel Arland, la NRF. Plus d'une vingtaine d'écrivains, de sa génération (il est né en 1912) mais aussi beaucoup plus jeunes, soulignent avec émotion, respect ou admiration le parcours du poète, des premiers vers publiés par l'entremise de Malraux, Terre du temps (1946) aux derniers de La lueur des jours (1991). Une œuvre poétique marquée dès le début par la Bible dont il a traduit, notamment, l'Apocalypse et l'Evangile selon saint Jean. "Il est le passant, le passeur de notre siècle" affirme J.M.G. Le Clézio qui se souvient de leurs marches et conversations abolissant les barrières de l'âge et du temps. C'est l'impression que confirment seize courts poèmes titrés 1940 et quelques proses évoquant La Beune ou Bourg-la-Reine... ( La NRF n° 479, 5 rue Sébastien-Bottin, 75341 Paris Cedex 07, 80F).

 

Alain Borer apporte dans la NRF une nouvelle pierre à l’édifice, si on peut dire, de la “Maison Rimbaud”. Après avoir rappelé que le poète “n’a jamais communiqué son adresse personnelle”,  il fait part du bonheur de ses recherches qui ont abouti à repérer la maison où logea Rimbaud lors de son séjour à Aden. Outre la résolution de cette énigme historique et littéraire, on peut lire dans cette revue des nouvelles d’Amélie Nothomb, Eric Holder, Mario de Carvalho, Dimitru Tsepeneag ou enfin un conte de Giambattista Basile, ce Napolitain disparu en 1632 qui inspira aussi bien Perrault que les frères Grimm. (La Nouvelle Revue française n° 519, 5 rue Sébastien-Bottin, 75341 Paris Cedex 07, 62F).

 

Le Journal intime. Les repères historiques de Verena von der Heyden-Rinsch autorisent une vue panoramique du journal intime “qui a connu à notre époque un développement littéralement explosif”. Sont d’ailleurs cités au cours de son bref mais clair exposé des noms que l’on retrouve au sommaire d’un dossier consacré à ce genre d’expression - de tradition européenne - pour lequel Philippe Lejeune tente ici de justifier sa fascination. Ainsi Dorothy Wordsworth, sœur du poète, amie de Coleridge et semble-t-il grande marcheuse devant l’Eternel. Ainsi Germaine Necker, alias Madame de Staël, dont le Journal de mon cœur, préfigurant l’œuvre à venir, fait l’objet d’une brillante analyse de Jean Starobinski. Les quelques pages extraites du Journal sous la terreur , tenu en 1919 par Zinaïda Hippius, poète et critique russe, donnent envie d’en lire davantage. Quant à celles, primesautières, d’un Jean Cocteau candidat en1955 à l’Académie française, ou celles, douces et graves, d’un Charles Juliet confronté au monde moderne, elles annoncent pour notre plus grand plaisir des livres à venirs. (La Nouvelle Revue Française n° 531, Ed. Gallimard, 62F).

 

La Nouvelle revue française affiche en cette rentrée littéraire une sélection romanesque digne de ce nom, histoire de rappeler l’existence de talents français débordants de vitalité. On y retrouve Marie Ndiaye, Régine Detambel et Eric Holder qui, avec leurs Olga, Marc ou Emilio, explorent les fantasmes au quotidien des petites gens du Havre, de Bretagne ou du Var. Egalement Marc Petit, toujours pince-sans-rire, pour les aventures d’un certain Oblomov, coureur-cycliste, ou Antoine Volodine pour celles plutôt fantastiques des dénommés Schlumm et Puffky, dans une atmosphère aussi intriguante que peut être la mélancolie de Cécile Wajsbrot dans Les étoiles de mer . A cette sélection s’ajoutent des chroniques conséquentes et pertinentes sur le théâtre, le cinéma et, comme il se doit,  la littérature, sous la plume de Jean-Didier Wagneur et Lakis Proguidis. (NRF n° 537, Ed. Gallimard, 62F).

 

La Nouvelle revue française a regroupé quelques écrivains qualifiés ouvertement de “moins-que-rien”. Ce “titre de guerre à peine ironique”, selon Bertrand Visage qui dirige la revue et en signe ici l’éditorial, s’applique à des auteurs qui “ont trouvé dans le texte bref la forme qui leur convenait”. Présentées comme une éventuelle alternative aux contraintes du roman les proses courtes de Philippe Delerm, Pierre-Autin Grenier, François de Cornière, Eric Holder, Gil Jouanard ou Jean-Pierre Ostende visent les “plaisirs minuscules” et autres “heures de pointe de l’existence”. La plupart d’entre eux vivent en province, écrivent depuis longtemps déjà (on les a lus au Castor Astral, Dé bleu, Atelier du Gué, Le Dilettante...) et proposent en effet des textes qui, à l’instar de quelques aînés (Réda, Perros, Calet, Follain...) laissent à méditer ou rêver face aux petits faits de la vie quotidienne; une séance chez le coiffeur, un voyage en train, un match de foot-ball, une gibelotte de lapin... Il y a là de la modestie et de l’ironie à revendre, beaucoup de nostalgie, et une absence de prétention qui invite au partage. (NRF n° 540, Gallimard, 62F).

 

La Nouvelle Revue Française refait peau neuve. L’historique revue, quasi centenaire, change de rédacteur en chef et de rythme. Michel Braudeau remplace Bertrand Visage. Les parutions sont désormais trimestrielles. Avec plus de pages (presque quatre cents), et une diminution du prix d’abonnement. Sans perdre de vue l’actualité littéraire (entretien avec Michel Houellebecq et lettre à lui adressée de Dominique Noguez) l’objectif reste de prendre le temps d’ouvrir « un espace de liberté et diversité ». Un portrait de Rimbaud en médaillon sur la couverture se voit justifié par une étude d’Alain Borer sur le voyage du poète en Arabie et une réflexion de Christophe Donner, à partir, entre autres, des relations de Verlaine et Rimbaud. On trouve au sommaire, outre chroniques et notes de lecture, d’autres poètes tels que Guy Goffette, Jean Grosjean ou… Jacques Réda. Si  le texte de Le Clézio ou l’autobiographie-fragmentaire de Félix Guattari  ne soulèvent guère l’ enthousiasme, on se reportera aux extraits du journal de Sollers, ou aux œuvres à paraître de Linda Lê et Antonio Lobo Antunes. Un dossier, à suivre, fait découvrir la littérature cubaine. De plus, un cahier illustré sert d’introduction au travail d’artiste de Lionel Guibout ici fondé sur une frise en haut-relief de marbre de Pergame exposée à Berlin. (La NRF n°5 48, Gallimard, 95F. Abonnement 300F pour 4 numéros).

 

La Nouvelle Revue Française invite à découvrir trois textes inédits de Nabokov, venant s’ajouter ainsi à ceux du Magazine littéraire (n°379). Comme l’indique Maurice Couturier dans leur présentation, ils relèvent des trois genres pratiqués par l’écrivain « l’autobiographie, la fiction et la critique littéraire. » Trois petites merveilles stylistiques écrites respectivement en anglais, russe et français entre les années vingt et cinquante. Soit un chapitre évincé d’ Autres rivages pour éviter peut-être un « brouillage énonciatif », une nouvelle, Pluie de Pâques, tendre évocation de sa gouvernante suisse, et enfin un brillant et décapant hommage à Pouchkine rédigé pour le centenaire de sa mort (1937), qui aurait pu, avec ceux de Nicolaï Gogol ou Iouri Lotman, figurer en bonne place dans l’excellent dossier que la revue Europe consacre au poète russe pour le bicentenaire de sa naissance. (La Nouvelle Revue Française n° 551, éd. Gallimard, 95F. Europe n°842-843, 64 bd Auguste-Blanqui, 75013 Paris, 120F.)

 

Henri Lopes est l’aîné de sept écrivains du « Continent noir et de sa diaspora » que présente Jean-Noël Schifano dans laNRF. Congolais, il disserte avec brio sur le métissage et la francophonie; « c’est pour moi que Montaigne s’est fait amérindien, Montesquieu persan et Rimbaud nègre. » Un parfait avant-goût pour savourer l’humour amer d’un Gaston-Paul Effa racontant une remise de médaille de guerre au vieux soldat Alioune Ndiaye, le fort lyrisme de Véronique Tadjo réveillant la légende de la reine Pokou ou la nostalgique touche d’Abdourahman A Waberi brossant la vie d’exil d’un peintre africain à Paris. Ces prosateurs ou poètes, à l’instar du jeune Malgache Raharimanana, choisiront à leur tour sept autres écrivains à découvrir dans une future livraison, qu’on attend avec impatience. (La Nouvelle Revue Française n° 553, Gallimard, 95F).

 

Michel Braudeau ouvre dans la NRF la énième mais captivante enquête sur le roman français. Il imagine une conversation avec André Gide dans un hammam; une façon d’actualiser les « Conseils au jeune écrivain » du vieux maître et de souligner l’absence de désir et d’ambition de ses contemporains. Un humour (et une lassitude?) partagé par François Nourissier qui se prête à cet exercice d’exploration de ce qu’il nomme le PRF (Paysage du Roman Français) en revendiquant son éclectique « plaisir ». Les riches et sérieuses mises au point de Dominique Noguez, Michel Crépu, Lakis Proguidis ou Bernard Comment méritent  également le détour littéraire. Et rien n’empêche de préférer aux propos péremptoires et confus d’un Maurice G. Dantec la sereine expérience de lecture d’Alberto Manguel répondant ici aux questions de Nicolas Carpentiers. (La Nouvelle Revue Française, n° 557, 5 rue Sébastien-Bottin 75341 Paris cedex 07, 98F.)

 

La Nouvelle Revue Française achève la publication de lettres de Gide à Marcel Drouin, parlant parfois de ses lectures, et propose celles d’Aragon à Eluard. Dans une, il est question d’un article paru « dans une revue péruvienne ». On y verra une subtile filiation avec un remarquable dossier sur la littérature du Pérou présenté et coordonné par Françoise Aubès. Au-delà de Vargas Llosa et Bryce Echenique, objets d’une chronique d’Enrique  Krauze et Fernando Cavallo, on y trouve une dizaine d’écrivains, poètes, dramaturges révélant « l’autre Pérou » qu’illustre le photographe Javier Silva Meinel. Entre autres, grâce aux traductions de Serge Mestre, Edgardo Rivera Martinez, auteur d’un Pais de Jauja (1993), équivalent du « Pays de Cocagne des Français », Giovanna Pollarolo ou Carmen Ollé, deux représentantes du récent courant des femmes écrivains… Avec, en prime, un extrait instructif d’une thèse d’ethnographie sur «la représentation du pou dans la culture andine ». (NRF n° 562, 5 rue Sébastien-Bottin 75341 Paris cedex 07, 15€.)

 

La Nouvelle Revue Française propose pour notre plus grand plaisir un large choix de correspondance du grand écrivain russe Mikhaïl Boulgakov (1891-1940) traduit et annoté par Jean-Louis Chavarot. De 1926 à 1939, donc, des lettres emplies d’humour et de désespoir face à la censure, la bêtise et la souffrance, physique et morale. Des lettres adressées à ses amis hommes de lettres (Zamiatine, Popov, Ermolinski…), au gouvernement russe et à Staline, à son frère Nicolaï (microbiologiste à Paris) et enfin à sa femme Elena (la troisième) à qui l’on doit la reconnaissance posthume de l’écrivain et l’édition de ses principales œuvres. « Je ne suis pas tout à fait mort, écrit-il à Popov, je veux parler avec mes mots à moi ! ». En effet, ils sont bien à lui, et on l’entend enfin. (NRF n° 569, 5 rue Sébastien-Bottin 75341 Paris cedex 07, 15€50.)

 

Arsène Lupin. Le premier est né en à Blois en 1874. Le second à Rouen, en 1864. Ils ont tous deux ensuite une biographie - aux quelques points communs parfois troublants -  dont l'une dépend de l'autre, et... réciproquement. Il s'agit bien sûr d'Arsène Lupin et de son créateur, Maurice Leblanc. On peut en effet à travers l'œuvre de ce dernier, et plus particulièrement dans la soixantaine d'aventures contées de 1905 à 1939, reconstituer la saga d'Arsène Lupin comme l'a entrepris avec brio Michel Rolland dans La Nouvelle revue pédagogique. Une incroyable vie de dandy cambrioleur dont la carrière romanesque a perturbé celle de littérateur d'un auteur disciple de Maupassant à ses débuts (Des couples, 1891) et qui devra se résoudre, après le succès du premier succès de la saga, L'Aiguille creuse (1909), à faire bon ménage avec un personnage très encombrant. Un "drôle de type", pour reprendre l'expression de Paul Bleton dans son approche du héros-oxymoron qui "laisse cette double impression apparemment contradictoire d'être absolument singulier et absolument typique, d'être absolument extraordinaire et absolument naturel". En fait, un aventurier redresseur de torts (à l'instar de Raffles, du Mouron rouge ou de Zorro) et nostalgique d'une noblesse perdue et à reconquérir. Sont également étudiés en détail par Michel Rolland le film d'Edouard Molinaro, Arsène Lupin contre Arsène Lupin (1962), deux portraits du personnage interprété par Robert Lamoureux dans le film de Jacques Becker Les Aventures d'Arsène Lupin (1956), et Arsène Lupin gentleman-cambrioleur, recueil de nouvelles datant de 1907... Outre cet excellent dossier on notera l'ouverture de la revue sur la littérature contemporaine avec un entretien de Régine Detambel effectué par Micheline Sommant qui poursuit de son côté son exploration étymologique des mots ou expressions telles que, cette fois, "Il y a anguille sous roche". Non, elle n'est pas d'Arsène. Mais le plaisir demeure toujours dans l'enquête et la lecture. (La Nouvelle Revue Pédagogique n° 5, éditions Nathan, 9 rue Méchain, 75676 Paris Cedex 14. Abonnement, 218F, 9 numéros par an)

 

La Nouvelle Revue Pédagogique pense à juste titre que l’étude de l’œuvre de Blaise Cendrars ne doit pas se limiter à celle de L’Or. Aussi propose-t-elle sur ce “vagabond des lettres” un dossier conçu par Stéphanie Dattée-Rykner et constitué d’une longue approche biographique, de textes thématiques sur la guerre de 14, d’une étude de Feuilles de route dans leur intégralité et de la publication de la nouvelle Le rayon vert dont on peut comparer la description avec celle de Verne  Avec, également, une analyse de La Tour Eiffel de Delaunay (reproduite en double page et couleur) qui “faisait la coquette avec nous” écrit Cendrars, ami du peintre et de sa femme. (La Nouvelle Revue Pédagogique n° 6, Nathan, 33F).

 

Didier Daeninckx succède à Balzac, Hugo, Prévert ou Daudet - pour ne citer que les derniers élus. Il fait l’objet (de son vivant!) d’un dossier destiné à l’enseignement au Collège où d’ailleurs deux de ses romans, Meurtres pour mémoire et A louer sans commission, sont déjà au programme. Son « univers romanesque » une fois présenté, et souligné son travail d’historien et journaliste, deux œuvres intégrales sont analysées, en plus d’une BD réalisée avec Assaf Hanouka: Le chat de Tigali, pour les plus petits, et Cannibale (sur fond d’Exposition coloniale de 1931 et civilisation kanak) pour les plus grands, qui dénoncent à leur manière violence et racisme. Voici Daeninckx « fiché » entre Zola et Tocqueville! (Nouvelle Revue Pédagogique n° 529, Nathan, 38F).

 

La Polygraphe est une nouvelle revue trismestrielle fondée par Henri Poncet. « Polygraphe signifie, tout simplement, écritures multiples, “autrement” dit, différences d’écrits » précise l’éditorial. Consacrée « essentiellement à la littérature contemporaine de création », la revue s’offre le luxe paradoxal de proposer des fragments d’Héraclite ou des poèmes d’Emily Dickinson. D’autres traductions proposent l’Autrichienne Christine Lavant - disparue en 1973 - que Thomas Bernhard ne jugea pas « reconnue à sa juste valeur » ainsi que l’ironie sombre de l’Allemand Hans Cristoph Buch dont Le rossignol de Buchenwald raconte les amours morbides d’une princesse de sang et d’un aigle royal dans un camp de la mort. Entre des « nus » noir et blanc de Patrick Butticker, alternent des écrivains rares tels Alain-Cristophe Restrat ou Alain Roussel qui offre ici Le boudoir de la langue, délire onirico-érotique aussi maîtrisé que celui du mystérieux Onuma Nemon. Tous rivalisent dans l’inattendu, à l’instar de l’approche étymologique et mythologique de Jean-Marie Lamblard sur... le sexe des pintades.(La Polygraphe n° 1, Editions Comp’act, 157 Carré Curial, 73000 Chambéry, 90 F; un an (4 numéros) 280F).

 

La Polygraphe, animée de main de maître par Henri Poncet, peut s’enorgueillir d’avoir publié en 2 ans et 8 volumes près de 2200 pages de littérature française et étrangère. Le dernier numéro apporte sa pierre à l’édifice. Avec traduction et présentation (impeccables, de Bernard Simeone) du poète milanais Giovanni Raboni, mais aussi de la Viennoise Friedericke Mayröcker ou de l’Américain Ray DiPalma, également plasticien. Deux auteurs à découvrir emportent l’adhésion: la Russe Olga Beschenkovskaya (née en 1947 à Saint-Pétersbourg) dont c’est la première publication en France, et l’Italien Romano Bilenchi (1909-1989), nouvelliste de renom dont ce « Maria », écrit à l’âge de seize ans, révèle une indéniable précocité. A noter, en plus, un dossier autour d’un poète et philosophe strasbourgeois né en 1963, Philippe Beck. (La Polygraphe n° 13/14, Editions Comp’Act, 157, Carré Curial, 73000 Chambéry, 90F).

 

Interrogé à propos de son livre Cahier de Sarajevo, Juan Goytisolo déclare que "Le langage qu'emploient les extrémistes serbes est exactement celui que les nouveaux chrétiens employaient en Espagne contre les morisques et les juifs". Dans un entretien approfondi, l'auteur de Barzakh expose l'importance du langage dans son effort de renouveler le roman espagnol par le biais d'une tradition islamique (notamment à travers les textes d'Ibn 'Arabi), selon lui trop longtemps déniée, et revendique le devoir de "témoigner sur l'horreur". Référence bien sûr à la Bosnie mais aussi à l'Algérie. La Règle du jeu publie de ce fait les vingt dernières pages d'un long reportage que l'écrivain a effectué pour El Païs au printemps 1994. Confronté aux assassinats en série dès son arrivée, ce n'est pas sans émotion que Juan Goytisolo retrouve Port-Saïd, la Kasbah ou Blida ni sans souci d'objectivité qu'il tente de comprendre la situation politique, sociale et culturelle quand les antennes paraboliques s'opposent aux paraboles des mosquées, le meurtre de Tahar Djaout reste non éclairci , le président de la République fait face à des contradictions insolubles et que "Les sépultures s'alignent comme à Sarajevo, selon un ordre chronologique sinistre". A cette approche il convient de rajouter les subtiles analyses que livrent Abdelwahab Meddeb à Guy Scarpetta, en se réfèrant à Kateb Yacine, Maupassant et surtout Albert Camus qui rêvait d'une "Algérie plurielle". Le parallélisme souligné ici entre la situation algérienne et bosniaque se voit renforcé, et en quelque sorte légitimé, par un dossier sur la Bosnie intitulé "La Honte continue". A la suite de la publication du texte du film Bosna et de réactions qu'il a suscitées (sans parler de la "Liste Sarajevo" aux élections européennes) interviennent donc le cinéaste Romain Goupil, l'avocat Michel Laval, qui montre en quoi le tribunal international pour juger les crimes de guerre commis en ex-Yougaslavie reste une victoire démocratique, l'ambassadeur Christian Lambert, démis de ses fonctions pour avoir dénoncé l'expansionnisme serbe et Gilles Hertzog dont on retiendra la critique solidement argumentée d'un embargo dont la levée "serait, juridiquement, politiquement, moralement, un acte de justice et de réparation" en faveur des Bosniaques. (La Règle du jeu n° 14, 54 rue des Saints-Pères, 75007 Paris, 98F).

 

Juan Goytisolo a confié à La Règle du jeu un entretien, jusque-là inédit en français, que Jean Genet lui avait accordé à l’automne 1971, pour la revue espagnole Libre, à propos de l’assassinat de George Jackson. Genet y dénonce le complot fomenté par l’administration américaine pour neutraliser l’auteur des lettres de prison (Les Frères de Soledad) - qu’il a préfacées par principe -, explique son engagement auprès des Black Panthers, défend leurs valeurs révolutionnaires, mais rechigne, comme le fait remarquer Jérôme Neutres, dans sa présentation, à établir des liens entre la “politique” et le “littéraire”. C’est d’ailleurs sur ces “liaisons dangereuses” qu’est axé le sommaire de La Règle du jeu, avec, entre autres, des articles de Scarpetta (à propos du roman de Mertens, Une paix royale), de Guy Astic (“Rushdie, écrivain laïc?”) et aussi de Juan Goytisolo sur le roman turc d’Orhan Pamuk, Le livre noir, qu’il considère comme “un événement majeur(...) de la narration européenne de cette fin de siècle”. Pour en savoir plus sur les positions et analyses de Juan Goytisolo, son œuvre littéraire et son militantisme pour la tolérance et le respect des minorités, et aussi sa “relation complice” avec Jean Genet, on se reportera à la très sérieuse revue Horizons maghrébins qui lui a récemment consacré un numéro entier. (La Règle du jeu n° 18, 54 rue des Saints-Pères, 75007 Paris, 115F. Horizons maghrébins n°28/29, CIAM-UTM, 5 allées A. Machado, 31058 Toulouse Cedex, 115F).

 

La Revue des revues s'intéressse aux relations de Lucien Febvre et d'Henri Berr, fondateur de la Revue de synthèse historique parue pour la première fois au début du siècle et transformée en 1931 en Revue de synthèse, titre sous lequel elle continue encore de paraître. Notes et extrait de correspondance de Lucien Febvre soulignent des tensions entre concurrence et complémentarité. Alain Paire de son côté analyse les relations qu'entretinrent dans l'entre-deux-guerre les Cahiers du Sud et Le Grand Jeu, notamment par le biais de deux fortes personnalités; André Gaillard et Léon Pierre-Quint (deux hommes, d'ailleurs, gravement touchés par la maladie). Un dossier aborde un recensement des principales revues culturelles scandinaves comme par exemple la suédoise Ord och Blid ou la norvégienne Samtiden, aujourd'hui centenaire! (La Revue des revues n° 14, 25 rue de Lille, 75007  Paris, 100F).

 

La Revue des revues fête ses dix ans. A été transgressé, pour l’occasion, le “Ne faites pas d’enquêtes” de Valéry à un jeune directeur de revue. Histoire de savoir “quel rôle ont joué, ou jouent encore une ou plusieurs revues” dans la formation d’intellectuels, écrivains ou artistes d’aujourd’hui. Ils sont 21 à avoir répondu. Pessimistes comme Juan José Saer ou très optimistes comme Andrée Chedid, nostalgiques souvent (Caradec, Henric, Dollé, Beck), virulents parfois (Ben, Cahen), ironiques bien sûr (Noguez, Vinaver). En tout cas, si l’on en croit Jean Starobinski, pour qui ses articles en revue ont été les “carnets préparatoires” de ses livres, ou François Boddaert, fondateur d’Obsidiane, puis du Mâche-lauriers, jeunesse et poésie sont indispensables aux revues. Ce n’est guère André Chabin, dressant ici le bilan des dix ans d’activité de La Revue des revues, ni Jacques Rivière, dont on peut lire une Histoire abrégée de La Nouvelle Revue Française tirée des archives de Paulhan, qui le démentiraient. (La Revue des revues n° 21, 25 rue de Lille, 75007 Paris, 100F).

 

La Revue des revues a déjà abordé, dans un numéro antérieur, l’impact des nouveaux supports de publications, comme Internet, sur les revues. Elle y revient sous la triple plume d’Eric Dussert, Yannick Maignien et Jean-Didier Wagneur à propos des problématiques de l’hypertexte (principe associatif, réseau, navigation et pratiques de lecture) qui s’apparentent à celles des revues. Une démonstration probante y est d’ailleurs faite à partir de la Revue de synthèse.  A cette perspective de la technologie moderne succèdent des études tournées vers le passé; celui de  la Revue des Deux Mondes et de L’Ephémère. La première, en tant que véritable entreprise commerciale et d’ “ingérence du pouvoir mondain dans la vie littéraire” pendant l’entre-deux-guerres, époque qui vit l’irrésistible ascension ici racontée des frères Jean et Jérôme Tharaud (Prix Goncourt 1906) dont justement la Revue des Deux Mondes “avait été en ligne de mire”! La seconde (1966-1973), “inscrite dans une tradition des revues d’art”, éditée par la Fondation Maeght, pour une vingtaine de numéros sous l’impulsion de Gaëtan Picon, Louis-René des Forêts et André du Bouchet, entre autres, réunis sous la célèbre couverture signée Giacometti, qui aurait “valorisé une écriture délibérément subjective” . (La Revue des revues n° 22, 25 rue de Lille, 75007 Paris, 100F.)

 

Occupation. L’histoire de la vie littéraire pendant la dernière guerre a déjà fait l’objet d’un ouvrage fort remarqué de Pascal Fouché, L’Edition française sous l’Occupation (IMEC, 1987). Deux nouvelles publications viennent aujourd’hui compléter ce travail. La Revue des Revues s’attache aux revues qui, sous l’Occupation, ont « choisi de perdurer ». Un choix difficile qui ne s’arrête pas à la distinction des revues clandestines et des « légales » dont Olivier Cariguel dresse ici un panorama et une typologie. La complexité résiderait plutôt « entre la parole juste et la parole fausse, entre le silence juste et le silence faux » que Michel Trebitsch aborde dans sa nécrologie des revues qui cessent de paraître en 1939-1940. Les autres contributions analysent la relative neutralité de l’administration, le comportement ambigü des revues scientifiques, les hésitations des revues historiques ou les discordances au sein des catholiques... A la lumière des Carnets inédits d’Emmanuel Mounier, Pierre Laborie montre comment l’exemple d’Esprit « est un bon révélateur des confusions, des tentations et des troubles du temps ». Un autre exemple est celui de Messages, dont neuf livraisons parurent entre 1939 et 1946 sous la direction de Jean Lescure. Son Poésie et liberté, qui retrace l’aventure de cette revue « anti-NRF » (celle de Drieu), est un témoignage exceptionnel, passionnant de bout en bout, d’une probité et profondeur rares, rendant hommage à Jean Paulhan et offrant une galerie de portraits d’Eluard, Aragon, Max Jacob et tant d’autres d’une époustouflante vérité. (La Revue des revues n° 24, 25 rue de Lille, 75007 Paris, 120F. Poésie et liberté, Histoire de Messages, 1939-1946, Jean Lescure, IMEC, 250F).

 

La Revue des revues poursuit son rôle indispensable en donnant suite aux rencontres organisées en octobre 1997 à l’Abbaye d’Ardenne sur « La Cause des revues ». Où l’on apprend entre autres que les revues ont dû faire face l’an passé à deux événements majeurs: la réforme des critères de subventions accordées par le CNL (remplacement d’une commission unique par des commissions disciplinaires) et la tentative d’absorption du Salon de la Revue par celui du Livre. A ce dossier d’actualité « brûlante » succède un article de Philippe Mesnard qui pose la question de savoir ce que peuvent les revues pour la littérature contemporaine. D’autres études invitent à sortir de l’hexagone avec une approche du milieu revuiste en Californie du Sud (plus particulièrement à Los Angeles), comme à remonter dans le temps en abordant l’âge d’or (1960) des revues politiques de la gauche française - nées en 1885 avec La Revue Socialiste - ou en présentant Le Carmel (1916-1918), revue genevoise d’inspiration  européenne fondée par le Français Charles Baudouin… (La Revue des Revues n° 25, 9 rue Bleue, 75009 Paris, 100F).

 

La Revue des revues se penche sur la naissance des Temps modernes dont le 1er numéro paraît le 1er octobre 1945. Une revue qui faillit s’intituler la Condition humaine, en hommage à Malraux pressenti, par le duo fondateur Sartre/de Beauvoir, parmi les premiers collaborateurs, aux côtés de Leiris, Bataille ou Camus… En fait ni Malraux, ni Camus, ni même Picasso, qui avait promis la maquette de couverture, ne seront de l’aventure, à la différence de Raymond Aron, qui part pour Combat en 46 à la suite d’un conflit politique avec Merleau-Ponty, alors pilier et maître d’œuvre de la revue. Quant à Bataille, démissionnaire avant parution, Georges Sebbag rend compte de sa démarche à travers l’analyse du numéro des Temps modernes qui lui a été consacré en début d’année1999. (La Revue des revues, n° 26, 9 rue Bleue, 75009 Paris, 100F. Les Temps modernes n° 602, 4 rue Férou, 75006 Paris, 105F).

 

La Revue des revues poursuit son travail de recherche sur les revues littéraires pendant l’Occupation. Précieux sont ainsi les témoignages de Jean José Marchand et Georges Lorris, ici réunis à titre exceptionnel pour évoquer leur participation à la revue Confluences de 1941 à 1944. Ou la présentation de Toutes Aures, fondée en 1941 à Manosque. Mais on lira également avec intérêt comment Emmanuel Mounier a refondé Esprit après guerre et comment Jacques Laurent a lancé La Parisienne qu’il a dirigée pendant cinq ans, de 1953 à 1958, selon trois critères revendiqués « qui sont l’indépendance d’esprit, l’anticonformisme littéraire et la qualité d’écriture ». (La Revue des revues n° 28, 9 rue Bleue, 75009 Paris, 100F).

 

La Revue des revues s’interroge sur les rapports qu’entretenait Michel Foucault avec les revues. Philippe Artières rappelle que le philosophe a contribué à quatre-vingt revues différentes, françaises et étrangères, et accordé de multiples entretiens à la presse. Vues comme « outil complémentaire à l’enseignement » et « activité étroitement liée à l’écriture d’un livre » ces contributions lui auraient permis de théoriser le « voisinage de la pensée et de la littérature » dans Critique, de trouver dans Tel Quel « l’expérimentation du commun » et une forme de compagnonnage avec Jean-Marie Domenach dans Esprit. A beaucoup compté aussi sa longue collaboration à Actes, revue liée à l’action menée par le GIP (Groupe d’information sur les prisons). Et les animateurs des revues Vacarme et Multiples de commenter leur dette à l’égard de l’auteur des Mots et des choses… (La Revue des revues n° 30, 9 rue Bleue, 75009 Paris, 15,5€).

 

La Revue des revues présente des publications de création parues entre la fin du XIXe et le milieu du XXe siècle. Ainsi l’Escarmouche (1893/94), hebdomadaire de l’écrivain Georges Darien, brûlot satirique proche des anarchistes s’attaquant aux gloires littéraires (Sarcey, Zola, Maupassant) et accueillant les peintres Ibels, Bonnard et, surtout, Toulouse-Lautrec. Wyndham Lewis, peintre et écrivain anglais fonda, lui, rappelle Gérard-Georges Lemaire, les revues Blast, The Tyro et The Enemy au cœur des mouvements d’avant-gardes de 1914 à 1929. Entre esthétisme et avant-gardes se situe de son côté l’Ermitage dont Tiphaine Samoyault analyse les révélatrices trois dernières années (1904 à 1906) sous la direction de Gide et Remy de Gourmont. Enfin Cimaise révèle la guerre que se sont livrées les écoles de New York et de Paris dans les années soixante. (La Revue des revues n° 31, 9 rue Bleue, 75009 Paris, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 15,50 €).

 

La Revue des revues change de format pour « une invitation nouvelle à sa découverte ». Le parcours des quatre grandes figures des lettres que sont Bernard Pingaud, Louis Althusser, Kléber Haedens et Georges Lambrichs invite au mieux à découvrir cette « forme en perpétuelle mutation » qu’est une revue. De cette Théorie d’Althusser dans les années soixante qui selon lui eût dû « être une Revue qui fût la revue du parti du concept » mais n’a pas dépassé le stade d’un texte de présentation générale au Magasin du spectacle créé en 1946 par Robert Laffont et Haedens et animée une demi-douzaine de numéros par l’écrivain pour défendre cinéma (articles précurseurs de Barjavel, Epstein) ou théâtre (Audiberti, de Richaud). Et de la Revue hebdomadaire à l’Arc, en passant par La Table ronde, Preuves, les Temps modernes, l’investissement et la passion de Pingaud (né en 1923) n’a rien à envier à celle d’un Lambrichs qui le mène du Rouge et le noir bruxellois des années quarante aux Cahiers des chemins et à la NRF, jusqu’en 1987 ! (La Revue des revues n° 32, 9 rue Bleue, 75009 Paris, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 15,50 €).

 

La Revue des revues étudie les liens qu’ont entretenus et entretiennent encore les revues avec le théâtre et le cinéma. Pour le théâtre, est rappelé leur rôle moteur au XXème siècle associé à quelques noms (Craig, Meyerhold, Copeau) et à la reconnaissance du métier de metteur en scène. Sont aussi abordées leurs relations avec l’institution à travers Théâtre populaire de Vilar et L’Art du théâtre de Vitez, la morphologie de leurs titres, la photographie dans Théâtre de France (vraie mine pour la vie théâtrale des années cinquante) et la place réservée aux « écritures contemporaines », de Cripure à L’Avant-Scène théâtre, Mouvement ou frictions de Jean-Pierre Han qui retrace son itinéraire de critique depuis ses débuts à Europe en 1968. L’hommage rendu au style des 2544 articles d’André Bazin et à Trafic, où Serge Daney fit intervenir des cinéastes, souligne la nécessité de telles revues non dépourvues d’influence. (La Revue des revues n° 33, 9 rue Bleue, 75009 Paris, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 15,50 €).

 

Henry Church (1880-1947) fut un mécène américain passionné par la littérature française. Il a laissé une abondante correspondance avec Jean Paulhan avec lequel il crée en 1935 la revue Mesures dont l’évolution, à la fois force et faiblesse, a épousé jusqu’à la guerre celle de la NRF. Une revue qui a refusé Char et Prévert mais lancé Henri Thomas ou Jean Tardieu et a contribué à faire circuler la littérature nord-américaine (Crane, Dickinson, Whitman…). Outre l’approche de cette revue, on suivra les destinées de L’Archibras et Coupure qui, de 1967 à 1972, prolongent l’aventure collective du surréalisme sous l’impulsion de Jean Schuster et celle, subversive et paradoxale, de Recherches (1966-1982), dominée par l’influence de Mai 68 et Félix Guattari et devenue depuis une maison d’édition. (La Revue des revues n° 34, 9 rue Bleue, 75009 Paris, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 15,50 €).

 

La Revue des sciences humaines aborde morale et fiction aux XVIIe et XVIIIe siècles. Ou comment s’effectue le passage de l’ âge classique à celui des Lumières, l’écrivain devenant, notamment à travers l’évolution du roman, une instance morale de référence. Avec Saint-Evremond lecteur attentif du Don Quichotte, Rousseau s’interrogeant sur « la moralité du mensonge » et Marivaux, omniprésent, dont on analyse les « embarras de l’âme » face aux tentations. Si l’univers romanesque d’Isabelle de Charrière, Claudine de Tencin ou Tristan L’Hermite gagne en outre à être mieux connu, on relira non sans plaisir Le Petit Chaperon rouge avec Marc Escola, coordonnateur de l’ensemble, qui  montre ce que Perrault peut devoir à… La Fontaine. (Revue des Sciences Humaines n°254, Université-Lille III, BP 149, 59653 Villeneuve d’Ascq Cedex, 110F).

 

Arnold Böcklin (1827-1901) était aux yeux de Nietzsche « un des grands maîtres contemporains » nous rappelle Jacques Le Rider. Ce peintre suisse, « certainement un des artistes les plus présents dans la poésie et le roman de langue allemande », partage selon lui avec l’auteur d’Humain, trop humain « l’héroïsation de l’individu solitaire et le regard pessimiste porté sur la civilisation moderne. » Ses liens étroits avec l’historien Jacob Burckhardt lui font découvrir Rome, l’Italie, l’Antiquité, la Renaissance… Il ira à Colmar sur les traces de Grünewald et sa célèbre Île des morts n’est pas sans rapports avec l’île de Bimini chantée par Heine. Très influencé par la poésie, Böcklin marquera à son tour aussi bien Hugo von Hofmannsthal que Stefan George, ces « principaux rénovateurs de la poésie allemande » dont Jean-Yves Masson traduit ici des poèmes inédits, entre de superbes reproductions. (La revue du Musée d’Orsay n° 13, Réunion des musées nationaux, le Luzard II/1-31, allée du 12 février 1934, 77186 Noisiel,70F).

 

La Rivière échappée se consacre à la poésie. On trouve dans sa dernière livraison semestrielle des inédits traduits de l’hébreu d’Israël Eliraz. Ce dramaturge, librettiste et romancier, qui vit à Jérusalem, explique dans un entretien réalisé en 1999 à Rennes par François Rannou et les animateurs de la revue avoir commencé, à l’âge de 40 ans, à publier sa poésie sous le nom du Palestinien Georges Mathia Ibrahim! André du Bouchet et Bernard Noël lui rendent hommage, et on peut lire en plus de lui Oiseau et autres poèmes (Editions Apogée, 68F) qui paraît en même temps, chez le même éditeur, que Manières noires de Marc Le Gros, déjà remarqué pour son Eloge de la palourde. Enfin Jacques Josse exhumeTotem, de Danielle Collobert (1940-1978). Soit onze éclats de cette « voix fragile et lumineuse » trop tôt disparue. (La Rivière échappée n° 11, 4 bd Gaëtan-Hervé, BP 4172, 35041 Rennes cedex 2, 75F).

 

La Rivière échappée s’entretient dans un ultime numéro avec Esther Tellermann sur le rythme, ou la nécessité de retrouver le sacré dans l’écriture… Outre d’autres poètes, on peut y lire une étude de Jean-Baptiste Para à propos de Campagnes de Russie de Jean-Loup Trassard qu’il compare à Pluie et Soleil d’Ephim Doroch trouvant « chez l’un et l’autre une même richesse de mots, une même épure de la ligne. » A la revue succèderont des livres, avec pour commencer N’essences, recueil de poèmes en prose de Jean-Luc Steinmetz … (La Rivière échappée n° 12, Editions Apogée, 4 bd Gaëtan-Hervé, BP 20224, 35041 Rennes Cedex 2, 75F).

 

Yves Martin, "depuis quelque trente ans, est ce voyant qui capture et laboure la réalité extérieure à la herse de ses mots". Jacques Sommer, en une longue étude, essaie de définir, entre clacissisme et romantisme, puissance visionnaire et générosité, arguments autobiographiques et traversées du réel, les principaux axes de l'œuvre du poète. Même enthousiasme, même complicité affective dans deux lettres de Michel Méresse. Avec Plumier d'hôpital, échos littéraires d'une douloureuse épreuve récente, Yves Martin signe ici proses et aphorismes d'une insolente beauté faisant suite à L'hôpital vole (La Bartavelle éditeur, 65F), autres témoignages "hospitaliers". (La Sape n° 31, Résidence de la Forêt, 10, allée de La Quintinie, Appt 1.1012, 91230 Montgeron, 50F).

 

La Sape effectue un retour à la terre, ou plutôt aux “terres”. Tout d’abord à celles de Vendée évoquées par James Sacré, notamment dans Rougigogne que François Boddaert, dans sa présentation, considère comme “l’axis mundi de cet univers multiple”. On retrouve ici dans “Boues séchées, poussière de mots” toute la manière du poète, à la “langue singulière, qui tortue dans le beau parler français avec une rouerie de précieux non ridicule”. Au cours d’un entretien conséquent, Jean-Loup Trassard, lui, parle de la Mayenne, du néolithique, des modes d’approche de l’écriture, de ses “chevauchements de genre” ou son “intérêt pour le nomadisme (qui) est peut-être en liaison directe avec (son) enracinement absolu”. Il est interrogé entre autres par Manuel Cajal qui présente les travaux, suivis d’inédits, de deux autres poètes; Pierre Voélin et Pascal Commère. Roger Parisot, de son côté, invite à découvrir les terroirs de Robert Marteau, entre forêt de Chizé et confins d’Aunis et de Saintonge, auteur sur qui a également écrit Trassard, histoire de rester en terrain familier... (La Sape n° 46-47, Michel Méresse, 16 rue Albert Mercier, 91100 Corbeil-Essonnes, 100F).

 

Odysseus Elytis (1911-1996) continue de susciter l’intérêt des revues littéraires. Après l’excellent dossier de la revue Poésie 97 sur ce poète grec de la “Génération 30”, Prix Nobel de Littérature en 1979, c’est au tour de La Sape de contribuer à une meilleure connaissance de l’homme et de son œuvre. D’abord par les présentations, études approfondies et belles traductions de Xavier Bordes: ici du recueil Les Consanguins, qui couvre une période allant de 1936 à 1972 et comprend notamment le fameux « L’île d’Elytis », mais aussi poèmes de jeunesse, élégies épiques ou extraits de son essai Cartes sur table. Ensuite par un entretien, datant de 1983, avec Dimitri T. Analis qui raconte également sa rencontre pour la première fois avec « l’aîné » au café Brazilian à Athènes, ou une approche autour du thème de « l’orange » de Manuel Cajal… (La Sape n° 48-49, Résidence de la Forêt, 10 allée de La Quintinie, Appt 1.1012, 91230, Montgeron, 100F).

 

Yves Bonnefoy « rêve de réunir peinture et poésie […] pour qu’ensemble ils forment les deux pôles d’une même tentative d’élucidation du réel. » Ces propos d’Hubert Voignier qui analyse la démarche du poète à travers ses essais et ses recueils, fait suite à un bel inédit de Bonnefoy et s’inscrivent dans un ensemble que Michel Méresse consacre à l’approche de la peinture par les poètes. Avec textes inédits et entretien émouvant de Michel Butor qui dans sa rencontre avec les peintres a trouvé un « bain de jouvence ». Avec Roger Grenier aussi, inspiré par Pascal et la peinture de Denise Esteban. Et bien sûr Bernard Noël, exégète d’André Masson dont l’œuvre plastique est pour lui « la relation du corps organique et du corps culturel. » (La Sape n° 55-56, 16 rue Albert Mercier 91100 Corbeil-Essonnes, 100F).

 

José Ortega y Gasset, mais aussi Jean-Luc Moreau, Hubert Haddad, Matthieu Baumier ou Pierre-André Taguieff sont parmi la trentaine d’auteurs regroupés autour de la question « A quoi bon l’ART ? » qui sera suivie de la même concernant la nation, la mort, l’Amérique, le Bon Dieu. En attendant, il s’agit bien de littérature (Malcolm de Chazal, Gadenne, Suarès), cinéma (Epstein, Tarkovski), philosophie (Heidegger) mais aussi de gastronomie ou tauromachie. Et d’une ligne éditoriale, sous l’égide de Pascal et Ducasse, pour que « chacun sache en quoi il n’est pas d’accord avec l’autre. » (La Sœur de l’Ange n° 1, A Contrario, 13, rue Lamartine, 71250 Cluny, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 18 €).

 

La Termitière, revue littéraire trimestrielle, « se veut positive parce que nous voyons que la dérision et la négation sont aujourd’hui institutionnalisées. » Sous l’égide de Maïakovski elle veut soutenir une littérature « porteuse d’une mythologie ». Sont proposés des poèmes peu connus de Vélimir Khlebnikov ou du turc Ilhan Berk (né en 1918 à Manisa) qui donne vie ici à la virgule et aux lettres de l’alphabet. Mais aussi les « contradictions » de René Pons ou des « esquisses grecques » d’Ange Mezzadri. (La Termitière n° 1, 6 rue Ballard 13002, Marseille, 15F).

 

La Termitière en ses douze grandes pages apporte plus de plaisirs et d’informations qu’on ne l’imaginerait. A savoir une satire humoristique de Christian Estèbe sur l’inculture des libraires, un entretien avec Georges Fall, fondateur des éditions Falaize, Opus International et Fall Edition, des poèmes traduits du russe d’Ivan Jdanov (né en 1948), des poèmes de Serge Pey et autres proses inattendues… (La Termitière n° 5, 6 rue Ballard 13002 Marseille. Abonnement pour un an, 4 numéros: 50F).

 

La Treizième refait son apparition après dix ans d’interruption. Toujours animée par Max de Carvalho qui continue de traduire du brésilien des auteurs à découvrir (ici Maria Angela Alvim) et d’offrir d’autres traductions; de l’italien, du mongol ou du hongrois. Aussi, de belles proses françaises de Pierre Bettencourt ou Jean Monod… (La Treizième n° 7, Thonas, 48370 Saint-Germain de Calberte, 100FF).

 

Les revues littéraires consacrées à une réflexion sur l'art des images sont plutôt rares. Aussi convient-il de souligner l'admirable travail trimestriel de La Voix du regard que dirigent de dynamiques et brillants éléments de l'Ecole normale supérieure. Leur nouvelle formule, semi-thématique, a opté en premier pour "la mer". Le sujet est vaste, certes, et placé sous le signe de la poésie avec des inédits en fac-similé de Saint-John Perse. De l'analyse esthético-idéologique d'une toile de Caspar David Friedrich à une évocation des monstres marins, en passant par la Mort à Venise de Visconti ou La Mer de Michelet, il n'est donc question que de regards portés sur l'univers maritime. Deux grands entretiens prolongent ce questionnement; l'un avec le sociologue Jean-Didier Urbain, pour qui la plage est "l'univers spéculaire par excellence"; l'autre avec Régis Debray. Ce dernier, fort de son concept médiologique, investit l'image de liquidité et féminité, disserte sur le virtuel et, se référant à Bachelard ou Ferenczi, prône une réhabilitation de la vie spirituelle. Tous deux sont bien sûr amenés à évoquer la télévision et le cinéma. D'où l'intérêt d'une étude sur la publicité marine, transformant le domestique en mythologique, de la télévision considérée comme un aquarium (à l'instar de la vision d'Altman dans Short cuts) ou du Grand bleu par Olivier Mongin (qui y voit une "montée aux extrêmes" des passions). En marge de ce riche dossier, une rubrique intitulée "Hors-sujet" propose d'autres analyses de film (Smoking/No smoking, Basic Instinct...) ou de séries télévisées (Mission impossible) de façon souvent originale. (La Voix du Regard n° 7/8, 29 rue Mayet, 75006 Paris, 70F. Abonnement à 4 numéros; 200F).

 

La Voix du Regard est une “revue littéraire sur les arts de l’image”. Thématique, elle aborde cette fois “la chair”. Le mot chair, tous les autres, texte inédit de James Sacré, invite en ouverture aux voyages de l’érotisme, la nourriture, la physiologie... A travers trois entretiens (avec Jean-Paul Kaufmann, Bernard Noël, Jean Guitton), on passe de l’analyse du regard de l’homme sur la chair féminine à la chair tournée vers la Grâce, via “le moyen d’accentuer la réalité du corps”. S’y affirme un dualisme esprit et corps, extérieur et intérieur, apparences et profondeurs. La plupart des analyses de films, sous l’angle de la chair affichée à l’écran, (Exotica d’Egoyan, Par-delà les nuages d’Antonioni, mais aussi Frankestein de Branagh, Pulp Fiction, L’Atalante, Le ventre de l’architecte....) ont beaucoup de pertinence et subtilité. Quant à la télévision, un article de Marc Benedotti démontre malicieusement comment les sitcoms pour adolescents obéissent aux mêmes lois que celles de la vidéo pornographique. Les rapports de la chère à la chair (Biographie sentimentale de l’huître), du visage au masque de beauté (dans la publicité), de l’odeur à la jouissance, et bien d’autres rapports plus ou moins avouables ou esthétiques (Bacon et ses chairs proliférantes) font l’objet d’une attention qui donne... la chair de poule. Tant il y a plaisir à lire - et regarder - un travail aussi intelligent. (La Voix du Regard n° 9, 29 rue Mayet, 75006 Paris,70F).

 

La Voix du Regard propose toujours des dossiers thématiques adaptant l’analyse littéraire au décriptage des images. Critiques, théoriques ou créatives, les contributions y pourvoient avec intelligence et sens esthétique. Une approche du Cahier noir de Joë Bousquet montre comment « l’évanescence de l’image de soi (thème du dossier) tient d’abord au genre même du récit érotique. ». Et l’on peut voir dans Bienvenue à Gattaca, film d’anticipation d’Andrew Niccol (1997) « une réflexion précieuse sur les rapports de l’image de soi et de l’identité ». Des écrivains (La Rochefoucauld, Rousseau, Gombrowicz…), peintres et artistes (Cy Twombly, Orlan), cinéastes (Kitano, Moretti, Welles…), voire deux présentateurs emblématiques de la télévision, dont on dépèce ici « l’imaginaire de la sincérité », servent à suggérer, comme l’écrit Jocelyn Maixent dans son éditorial, que « l’œuvre littéraire, picturale, cinématographique, peut constituer le support d’une quête de soi doublée d’une quête de vérité. » (La Voix du Regard n° 12, 19 rue Corbon, 75015 Paris,100FF).

 

La Voix du Regard, dont on ne dira jamais assez à quel point le travail est remarquable, s’interroge sur « L’Obscène, acte ou image ? » D’où de pertinentes études sur la littérature (J.K. Huysmans, Nabokov, Bataille), le cinéma (Pasolini, le nu, le gros plan), la photographie (Nan Goldin, David Nebrada), les arts (Fautrier, Journiac), le théâtre (Werner Schwab) mais aussi  l’image, la voix, etc. Une réflexion enrichie d’entretiens avec Ovidie, actrice porno, Serge Tisseron, psychanalyste ou le cinéaste Bertrand Bonello, auteur du Pornographe. Et où il est constaté, comme le dit en introduction Jocelyn Maixent, directeur de la rédaction, que « c’est la manière de façonner, de diriger le regard qui rend une image ou un mot obscène. » (La Voix du regard n° 15, 11 rue Henri Martin, 94200 Ivry-sur-Seine, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 20 €).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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  • Editions: Le Magazine littéraire
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