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Quelques revues littéraires de Le à O…

 

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Le Bord de l'eau est une revue littéraire dont la première particularité est de paraître le premier samedi de chaque mois. La deuxième, de tenir le rythme de parution et d'offrir aujourd'hui un dixième numéro. La troisième enfin réside dans l'énergie et la foi littéraire de son animateur, Dominique-Etienne Blanchard qui, depuis les bords de sa Garonne, en assure la direction et mêle volontiers au sommaire des chroniques personnelles. On y trouve des poésies et des proses, ici à dominante féminine, souvent toniques, voire érotiques (Une vie nickel de Carole Rodrigo) de plumes nouvelles ou plus reconnues comme celle de l'écrivain du cru, Claude Bourgeyx. Des critiques également, aussi bien sur le dernier roman de François Régis-Bastide que sur un roman encore inédit de Bernard Collignon. (Le Bord de l'eau n°10, 12, allée Bastard, 33360 Latresne, 45F).

 

Le Bout des Bordes ou Le Journal de la maison de l’Art Vivant, reparaît après 22 ans d’interruption pour rendre conte du travail de Jean-Luc Parant, chantre des yeux et des boules. Une élégante livraison en noir et blanc qui regroupe les interventions d’une centaine d’artistes, de Frédéric Acquaviva à Carmelo Zagari, en passant par le poète James Sacré qui avoue non sans humour : « On ne peut quand même pas assassiner Parant pour savoir vraiment ce qu’il a dans la boule. » (Le Bout des Bordes n° 7/8, Al Dante, 10 rue Nicolas Appert 75011 Paris, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 38 €).

 

Le Cheval sans tête, élégante “revue internationale de création”, semestrielle et thématique, est spécialisée dans la bande dessinée et l’illustration. Ses auteurs ont une réputation qui dépasse l’univers du genre par leur collaboration dans la presse; Libération, Télérama, Le Monde... Michel Galvin est peintre, Patrick Messina, photographe, qui livre ici un travail en duo avec Christophe Derouet, cinéaste et auteur du Journal d’un tueur vénitien. En noir et blanc ou sépia, s’agencent avec harmonie, sous le thème du “double”, les aventures des Belges Duprez ou Benoît Jacques, les souvenirs nocturnes d’Olivier Marbœuf, le romantisme expressionniste du Toulousain Frédéric Bézian, la mise en abyme du Madrilène Silvestre ou la perte romancée de l’innocence d’Yvan Aglaé. Un dossier sur la bande dessinée italienne présente des artistes qui “pourraient être réunis dans une famille dont l’Uruguayen Alberto Breccia serait le patriarche si ce n’est le père”. Ceux qui, entre autres, se caractérisent par ” l’usage d’une ligne obscure, par opposition à la ligne claire de Hergé”. (Le Cheval sans tête n° 3, Amok, 26 bis rue George Sand, 91320 Wissous, 85F).

 

Le Chroniqueur a laissé tomber ses premières feuilles (métaphore reprise par Martin Veyron en couverture coquine) dès le mois d’octobre. Avec une réflexion bienvenue sur une “société idéale” vue par Kenneth White, Rony Brauman, Patricia Reznikov et Thierry Paquot. Une carte blanche à Daniel Mermet (la voix de “Là-bas si j’y suis”, sur France Inter), un entretien avec Elie Wiesel, et des chroniques en tous genres signées Philippe Sollers, Tobie Nathan ou Barry Gifford (auteur de Sailor et Lula). Des chroniqueurs reviennent à la charge dès une seconde livraison tels que Gilles Vidal, Stephan Liberski ou Alfred Eibel à qui l’on doit un entretien assez inattendu entre Yves Martin et Léo Mallet. L’indépendance corse est alors abordée non sans un zeste d’impertinence qui caractérise également les interventions de Marc Villard sur la mode ou de Frédéric Taddéi sur la cigarette. Les interventions de Jacques de Decker du Soir, Enric Gonzales d’El Païs ou Adam Gopnik du New Yorker enrichissent le potentiel hexagonal. Et la publication de nouvelles (Topor, Fleischman, voire Thomas Pynchon...) reprend une tradition littéraire quasiment délaissée dans les magazines français. Le rythme mensuel semble donc trouvé avec couleurs, humours et découvertes de dernière heure.(Le Chroniqueur n° 3, 18 rue d’Enghien, 75010 Paris, 25F. Abonnement d’un an; 250F).

 

Le Coin de table doit son titre à la toile de Fantin-Latour où l’on voit Verlaine et Rimbaud, justement, au coin d’une table. D’Emile Blémont, leur ami poète, éditeur et commanditaire de la toile se réclame le comité de direction qui, avec le ministère de la Jeunesse et des Sports, organise le Prix Arthur Rimbaud. S’inscrivant en faux contre les minimalistes et pourfendeurs du vers la revue propose un inédit d’Henri Pichette, un poème de Pouchkine traduit et présenté par Jean-Luc Moreau, une approche d’Henri Cros, frère sculpteur de Charles, et bien sûr des poèmes de Luc Decaunes, Liliane Wouters et autres qui aiment « dans un poème le chant, l’émotion, les images… » (Le Coin de table n° 1, 11 bis, rue Ballu, 75009 Paris, 90F).

 

Roger Vailland est de nouveau à l’honneur dans Le Croquant à l’occasion des trente ans de sa mort. Michel Cornaton, directeur de la revue, rappelle ses relations avec les terres de l’Ain et Danièle Agnias évoque sa carrière de journaliste. Des inédits relatant un match de boxe en Pologne dans les années 50 ou un voyage dans l’Italie mussolinienne de1936 attestent son style et sa lucidité. Les diverses versions ici proposées d’une nouvelle, ou ébauche de roman (l’achat d’un chien par un couple d’amoureux), révèlent également, en quelques pages, tout l’art du romancier. On retrouve Roger Vailland, avec un Eloge de la politique (datant de 1964 et rêvant “que revienne le temps de l’action, des actions politiques, une bonne, belle, grande utopie”!) dans un autre dossier conséquent sur “la politique au crépuscule” qui regroupe les signatures de Max Gallo, Michel Maffesoli, Roger Dadoun ou Jean-Claude Guillebaud... (Le Croquant n° 17, 12 place Maréchal Lyautey, 69006 Lyon, 100F.)

 

Le Croquant persiste et signe, en dépit de difficultés financières, sous la houlette de Michel Cornaton. Tout en accordant une large place à la littérature (Octave Mirbeau, Marcel Aymé…), la revue reflète les inquiétudes du temps, de la construction européenne au « mal-être étudiant ». D’où un dossier sombre, mais réaliste, faisant suite à une rencontre autour du suicide des étudiants et de sa prévention dans l’enseignement supérieur. Psychiatres et témoins montrent à quel point reste forte à l’université la « question de place et d’identité ». Et aux derniers poèmes de Marin Sorescu (disparu en 1996) comme aux Fragments sur la vie mutilée de Jean-Michel Palmier, succède le journal intime d’un SDF toulousain qui s’est donné la mort. (Le Croquant n° 25, Le Pomaret 07440 Saint Sylvestre, 90F.)

 

Jean Tardieu rappelle à Jean-Pierre Vallotton cette « crise mentale » qui, à la fin de son année de philo, l’amena à ne « pas laisser s’échapper ce qui passe » quand « tout ce que nous touchons est entraîné dans une sorte de disparition, de dissolution immédiate…» Cette « causerie », accompagnée de poèmes, d’une lettre à Roger Martin du Gard sur le colonialisme, d’une autre à Francis Ponge, de textes sur André Frénaud et Voltaire, est étayée d’études de Christian Cotte-Emard et Jean-Yves Debreuille. Un hommage renouvelé au poète par une revue qui s’intéresse à la philosophie et aux rapports qu’entretiennent sociologie et poésie. (Le Croquant n° 40, 38 cours de Verdun, 69002, Lyon, le Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 17 €).

 

Le Débat établit un bilan approfondi de la “singularité française” de France Culture grâce à un entretien avec Jean-Marie Borzeix qui en a assuré treize ans la direction. Où l’on apprend comment cette chaîne de radio a gagné son autonomie à partir des années soixante, comment elle a dû se situer par rapport à la privatisation de TF1, l’apparition d’Arte, la prolifération des radios privées, comment son public s’est élargi et a rajeuni, quel rôle elle joue également sur le plan pédagogique ou du spectacle, tout en conservant une originalité que préservent aujourd’hui des bibliothèques sonores. A ces propos passionnés mais lucides de Jean-Marie Borzeix viennent s’ajouter une série de témoignages; d’Arlette Farge, Alain Finkielkraut ou Jean-Marc Lévy-Leblond... Un autre entretien clot la revue, dont l’intérêt n’est pas moindre, avec Hubert Védrine, auteur des Mondes de François Mitterrand. A l’Elysée, 1981-1995 (Fayard) avant d’être ministre des Affaires étrangères. Sur la place de la France dans la perspective européenne! Et la revue propose désormais une recension d’ouvrages “relevant typiquement de cet entre-deux aujourd’hui laminé entre pression médiatique et logique de la spécialisation. “(Le Débat n° 95, Gallimard, 86F).

 

Le Débat fête ses vingt ans. La revue que dirige Pierre Nora se consacre à « L’aventure des idées ». Et en plusieurs parties, tant son champ d’investigation, sans être exhaustif, reste vaste, riche et complexe. Après un numéro intitulé « Adieu aux intellectuels? » (reprenant le questionnement de 1980, « Que peuvent les intellectuels? »), vient une chronologie commentée des années 1989-1999 et un index (auteurs et matières) de tous les articles publiés en vingt ans. Voici enfin la « troisème et dernière partie de la réflexion sur notre histoire récente ». Le foisonnement des sujets ne cède en rien à l’intelligence de chaque intervention. Mais domine un pessimisme, plus ou moins latent, que compensent à peine lucidité, bonne volonté et un peu d’humour, comme chez Philippe Muray qui s’en prend cette fois à la « citoyennophilie » et au principe de reconnaissance. Rap, Pacs et surtout « libération sexuelle » donnent à Paul Yonnet l’occasion d’exposer la naissance du puritanisme moderne . La politique, la génétique, la presse, la culture (cinéma, littérature, langue, vocabulaires...) sont souvent étudiées à partir des polémiques qui ont passionné la vie publique. Des enseignements, voire quelques bribes d’espoir, peuvent en être tirés, puisqu’il faut raison garder. (Le Débat n° 112, troisième partie, 20 ans, éditions Gallimard, 92F. Le débat n°110, première partie, 92F. Le débat n°111, deuxième partie, Chronologie 1989-1999, 92F. Index, numéro 1 à 110, 65F).

 

Le Festin. Les amateurs de Jean Cocteau seront ravis de le retrouver au sommaire de la revue Le Festin, invité du peintre André Lhôte, lors de vacances au Picquey (Bassin d'Arcachon), en compagnie de Radiguet, puis, plus tard de Jean Marais. Un Cocteau en fin de compte très productif, toujours chérissant le soleil, "cet opium des gens sains". Ceux de Pierre Loti ignorent peut-être de leur côté sa "Bakhar Etchéa" - maison du solitaire -,à  Hendaye, où il finit  ses jours auprès d'une Crucita Gainza qui lui donna trois enfants. Le Festin, revue d'art en Aquitaine, qui accorde une large place à l'architecture (Luc Arsène-Henry Jr, Musée de Solférino) et à l'art plastique contemporain (Daniel Buren, Sophie Daurel) se préoccupe de faire se rejoindre le visuel et le narratif. Ainsi ce premier album des éditions éponymes: cinq photographes et autant d'écrivains ont accepté d'illustrer à leur manière  La lumière du Sud-Ouest, texte de Roland Barthes extrait d'Incidents. Une belle façon pour Eugène Savitzkaya, François Rivière, Richard Nieto ou Thierry Girard d'évoquer "ces taillis mouillés par les fleuves, qu'au Sud-Ouest l'on nomme des barthes". (Le Festin n° 7, 5à rue Ducau, 33000 Bordeaux, 45F. La Lumière du Sud-Ouest, d'après Roland Barthes, Le Festin, 80F.)

 

Le Guépard ne cherche pas "à s'inscrire dans une ligne littéraire, dans un credo particulier; tous si réducteurs". La revue donne donc toujours libre cours à la poésie; française tout d'abord avec des textes de Bernard Vargaftig,  Jacques Josse, Pierre Dhainaut, Abdellatif Laabi... Mais aussi étrangère avec Fritz Werf ou Olvido Garcia Valdès qui mériteraient d'être présentés à l'instar de Mangke, ce jeune poète contemporain que Daniel Giraud introduit dans un dossier bilingue consacré à la poésie chinoise; on y trouve Tchouang-Tseu, Han Shan, des bonzes Tch'an du VI au XIIème siècles (traduits par Jacques Pimpaneau), Mong Hao-Jan (689-740), Shen Dali et des extraits du célèbre Livre des poèmes qui fut attribué à Confucius... (Le Guépard, n° 4/5, BP 5822 37058 Tours cedex, 100F).

 

Le Guépard doit à la débordante énergie de Christian Arjonilla de pallier à sa façon la raréfaction poétique en revue. Cette sorte de “résistance” effective l’entraîne donc à regrouper Pierre Dhainaut, Michel Butor, Guy Benoît, Franck Venaille ou Charles Dobzynski donnant ici des proses inédites quelque peu iconoclastes. Deux superbes surprises attendent en plus le lecteur au détour des pages; une nouvelle de Jacques Abeille qui relate les affres existentielles d’un philatéliste et une longue lettre quasi prophétique de Paul-Louis Courier imaginant, en 1820, les répercussions révolutionnaires de la tachytypie, ou “nouvelle presse maniable, légère, mobile, portative, à mettre dans la poche, expéditive surtout, et dont l’usage est tel qu’on écrit come on parle, aussi vite, aisément”. (Le Guépard n° 8, BP 5822, 37058 Tours Cedex, 100F).

 

Le Horla affirme sa tendance “fantastique” et prend l’ampleur d’une véritable revue d’écrivains. Sa chronique “interlignes” rend hommage à l’aîné Julien Gracq et donne un très long entretien, riche en anecdotes, entre Jorge Luis Borges et sa compagne Gloria Alcorta. Le sommaire, consacré aux “nouvelles de l’imaginaire”, répond à souhait à l’appel de son éditorialiste G.O. Châteaureynaud oppposé à “l’art de masse” américain et partisan d’ “apocalypses en demi-teinte”. Avec, en première ligne, Armand Farrachi, auteur d’une phrase de huit pages sur la découverte embarrassante d’un Néanderthalien , Sylvain Jouty, d’une Modeste proposition pour achever la littérature, Bernard Noël, Pierre Bettencourt, Frédérick Tristan ou Hubert Haddad qui fait paraître un troublant recueil de nouvelles, Le pont renversé, en parallèle, chez le même éditeur... (Le Horla n° 2, Ed. Littéra, Guy Pirot, 18 bvd de Strasbourg 62000 Arras, 80F).

 

Le Horla défend la littérature fantastique. Dans son éditorial, Hubert Haddad souligne que ce genre impose une dimension clandestine, comme le double d’une “culture classique verrouillée de bon sens”. Il évoque Poe, Kafka, et donne à lire pour sa part une courte pièce où il met en scène Thomas de Quincey dans le Londres d’aujourd’hui. Christophe Grès, dont c’est ici la première nouvelle publiée, fait ici revivre Rostand et Sarah Bernhardt. Quant à Marcel Schneider, qualifié à juste titre de “prince des fantastiqueurs français”, il conte à sa manière un retour à Aix, en hiver, peuplé d’étranges cigales. Les histoires de diables de Jean Claude Bologne ou Michel Host valent, elles, leur pesant de flammes. Et que dire des troublants démêlés des narrateurs de Châteaureynaud ou Yves Martin avec le règne minéral et végétal! Outre le plaisir de retrouver Francis Berthelot, François Coupry, Marc Petit ou Gloria Alcorta, on ne laissera pas passer enfin le si discret Jean-Luc Moreau et son recueil Le Manteau d’hermine (collection Littéra, 75F) dont l’univers n’est pas sans rappeler celui d’un Jacques Abeille, voire d’un Julien Gracq (Le Horla n° 3, Editions Littéra, 18 boulevard de Strasbourg, 62000 Arras, 80F).

 

Le Jardin d’essai s’intitule ainsi car il y a toujours, au commencement de cette revue trimestrielle de littérature, un texte ou une illustration portant sur le thème du jardin. D’où ce texte sur les jardins de Suzhou en Chine où  l’auteur, Denise Gentilli, a rencontré l’animatrice de la revue, Simone Balazard. Aux textes de création habituels (poèmes de Françoise Han, nouvelle de Maurice Cury...) s’ajoutent des parcours critiques ou d’humeur sur des œuvres contemporaines comme celles de Daniel Zimmermann, Charles Juliet ou... Pierre Bourdieu. (Le Jardin d’essai n° 9, 7 square Dunois, 75646 Paris Cedex 13, 70 FF).

 

Le Journal du théâtre a été créé l’été dernier par Gilles Costaz, dont les lecteurs du Magazine littéraire connaissent déjà les chroniques. Ce nouveau mensuel “veut avoir la vie, le ton, la richesse d’un quotidien”. A dire vrai, en trois livraisons, le pari est tenu, comme prouvée l’“attention amoureuse” et instauré le “carrefour d’idées”. Des entretiens d’envergure avec Laurent Terzieff, Roger Planchon ou Jorge Lavelli, des portraits d’acteurs (Didier Sandre, Gérard Desarthe), des participations d’écrivains (François Weyergans, Sophie Chauveau), voire un Francis Huster racontant un Alain Delon, révèlent l’ampleur du projet. Cet amour du théâtre, au-delà d’une actualité très bien couverte, se porte autant vers les jeunes acteurs que vers des personnalités comme Audureau, Valetti ou Pierre Debauche, installé désormais à Agen. Sont analysés à juste titre les problèmes de décentralisation et subventions. Sont envisagés également des suppléments consacrés au théâtre dans les grandes villes françaises, en Ile de France et bientôt thématiques. Ce journal s’impose avec une telle évidence qu’on en fait volontiers son... quotidien. (Le journal du théâtre n°3, 50 rue de Paradis 75010 Paris, 20F. Abonnement annuel; 150F).

 

Le Lecteur s’aventure sur les terres russes et gravite autour de Pétersbourg où résida jusqu’en 1919 la poétesse Zinaïda Hippius (1869-1945) dont on peut lire ici un étonnant « Journal sous la Terreur ». On croise également Joseph Brodsky qui écrit à Vaclav Havel sur le « cauchemar du monde post-communiste », reçoit des lettres d’Anna Akhmotova ou converse sur la Nativité, la religion, Pasternak, la peinture italienne… On découvre par un portrait, entretien et extrait de son roman Le Compromis (à paraître chez Anatolia) l’écrivain Sergueï Dovlatov, émigré au Etats-Unis et disparu en 1990. Enfin des poètes peu traduits ou encore peu connus en Occident en côtoient ici d’autres plus familiers tels que Pouchkine, Andreï Biely ou Mandesltam. (Le Lecteur n° 2, nouvelle série, Editions du Rocher, 22 €).

 

Le Lecteur a fait son apparition en février avec pour noble et douce ambition, depuis la province, de tenir la dragée haute à la presse culturelle parisienne. L’éreintement joyeux de quelques ouvrages ayant recueillis le suffrage du public et des médias, comme L’Horreur économique de Vivianne Forrester ou Sur la télévision de Pierre Bourdieu, y côtoie l’éloge sans complexe d’auteurs tels que Max Rouquette, Paul Nougé, Vassili Rozanov ou Nicolas Bouvier. Samuel Brussell, formé à l’école ouvertement revendiquée de Raymond Queneau dans sa jeunesse, et d’un certain dandysme à l’anglo-saxonne par la suite, en assure la paternité, et... une bonne partie de la rédaction! Il y déploie une manifeste passion pour la littérature et le débat d’idées, mais aussi pour toutes les manifestations de l’art, même culinaire! Avec un “bon sens” de bon aloi qui n’exclut en rien une bonne humeur fort réjouissante. (Le Lecteur n° 4, BP 2030, 34024 Montpellier Cedex 1, 15F. Abonnement à 12 numéros; 150F).

 

Le Lecteur entame une nouvelle carrière avec une nouvelle formule. Pour ne pas rompre avec le passé, son animateur, Samuel Brussell, a regroupé, sous le titre Promenade des Paranoïaques, la plus grande partie des dix premiers numéros parus en 1997 et 1998. Un recueil de plus de 250 pages enrichi de quelques textes et surtout de dessins inédits de Cambon et Man. La nouvelle série, sous forme également de livre, où la photographie tient une large place (avec Bernard Plossu et Marie-Françoise Plissart), est presque entièrement consacrée à la Belgique. Un pays déjà arpenté dans les années 70 par Brussell et dont on découvre ici, à travers de multiples textes, de William Cliff à André Blavier, « sous des aspects modestes, la forte personnalité et une vitalité artistique et intellectuelle… ». (Promenade des Paranoïaques, Le Lecteur, 15 rue de l’Oriflamme, 84000 Avignon,119FF. Le Lecteur n° 11, même adresse, 115FF).

 

Le Mâche-Laurier doit son titre curieux à cette expression qui désignait ironiquement, au XVIIe siècle, "un poète un peu fou, imbu de sa supériorité". Tel Ronsard qui l'adopte dans ses Amours de Cassandre. Tels également une dizaine de poètes contemporains, regroupés autour de François Boddaert et décidés à en découdre avec la poésie française, ou plutôt francophone, puisque sont accueillis dès ce premier numéro Abdelmajid Benjelloun, Petr Kral ou Monchoachi. Avec la volonté de rendre justice aux aînés proches (André Frénaud ici, Henri Thomas bientôt) ou aux oubliés comme  René Ghil (1862-1925), qui entreprit jadis d'écrire Œuvre, une cosmogonie en vers. Avec des illustrations d'un peintre (Jean-Louis Gerbaud), des études (Pierre-Albert Jourdan par François Lallier) et diverses contributions, de Jacques Lacarrière aux poètes  apparentés aux éditions Obsidiane; Patrick Maury, Jean-Claude Caër, Christian Doumet... (Le Mâche-Laurier n° 1, Obsidiane, 11 rue du Beaurepaire 89100 Sens, 72FF)

 

Le Mâche-laurier est la revue de poésie des éditions Obsidiane qui viennent de fêter leurs vingt ans d’existence. Aux côtés d’auteurs confirmés tels Werner Lambersy ou Marc Petit la revue défend de nouveaux talents comme, par exemple, la jeune Sénégalaise Ella Faye. François Boddaert, directeur de la publication, y exhume des extraits du Dix-huitième siècle de Nicolas Gilbert (1752-1780), « comme preuve d’un esprit insoumis aux tyrannies des gendarmes des Lettres ». L’ensemble est illustré de dessins et bois de la New-yorkaise Jacqueline Kiang. (Le Mâche-laurier n° 10, 11 rue Beaurepaire, 89100 Sens, 80F).

 

Le Mâche-laurier doit son appellation à Ronsard et paraît deux fois l’an. Emanation des éditions Obsidiane, qui viennent de publier le dernier et beau recueil de Franck Venaille (Tragique, 2001, 16,76 €), la revue se voue pour l’instant à la poésie française. Outre des signatures familières (Gérard Titus-Carmel, Jean-Claude Schneider, Christian Garcin…) on y trouve aussi des voix nouvelles ; Cathy Rapin, Laurence W. David… Et des curiosités, comme cette mazarinade anonyme du XVIIème siècle « sur la barbe de Monsieur le président Molé ». (Le Mâche-laurier n° 17, 11 rue André Gateau 89100 Sens, 12,60 €).

 

Le Magasin érotique, après un numéro d’hommage à Pierre Louÿs, revient sur cet auteur pour un dossier consacré à “L’Inceste”. On y trouve des textes de José Pierre, Georges Péridol et d’une curieuse Mélanie Lalouette. Ainsi que tout ce que vous avez toujours voulu savoir, etc. (Le magasin érotique n°9, BP 67, 26111 Nyons Cedex, 95F).

 

Le Moule à gaufres se lance dans un ABC' daires plus ou moins iconoclaste où se côtoient des citations provocantes d'horizons aussi variés que le cinéma, le théâtre, les arts plastiques et bien sûr la littérature. Viennent s'immiscer entre elles des proses de Pascal Boulanger ( à propos du Traité de la situation du Paradis (1691) de l'évêque Pierre-Daniel Huet), des faux "Menus" de Claude Desnier (ex: Menu Triste/Soupe à la grimace/Poêlée d'abattus/Tête de veau aux pleurottes/Beignet de larmes) et des vrais de Jerôme Rousseaux en exergue du premier chapitre d'un roman en cours ou un Tombeau pour Marina Tsvetaeva de Philippe Martone. Comme il s'agit d'une revue la citation attribuée à Peguy s'impose assurément; " Un abonnement donne droit au salut militaire. Deux abonnements donnent droit au salut éternel." (Le moule à gaufres n°8, éditions méréal, 14, rue de l'Atlas, 75019 Paris,75F. En complément, vient de paraître un "récit programmatique" de Jean-Charles Masséra, Gangue son, éditions méréal, 50F).

 

Le Nouveau commerce a succédé aux cahiers Commerce (1924-1931) dont les éditeurs n’étaient autres que Valéry, Fargue et Larbaud. Les tirages atteignaient à l’époque presque trois mille exemplaires, étaient numérotés et imprimés sur beau papier. Au printemps 1963, juste avant de succéder à Jacques Rivière à la NRF, Jean Paulhan encourage André Dalmas et Marcelle Fonfreide à ressusciter la revue qui prend alors le nom qu’elle porte aujourd’hui. Sous la direction  de Marcelle Fonfreide, Le nouveau commerce fête l’air de rien son centième numéro. Mandiargues, Cioran, Gracq, Melville et tant d’autres y ont publié; la table générale des sommaires impressionne par “la rigueur qui a été la condition de la permanence”. Et par cette volonté affichée de “publier l’inconnu, le poète, le philosophe à contre-courant. Publier en dehors des modes, des chapelles et sans comité de lecture”. Outre des poèmes de Claude Vivien, Françoise Morvan, Claude Mouchard ou Pedro Casarigo Cordoba (une tradition de la revue étant une ouverture aux littératures étrangères), on a le plaisir de retrouver André Dalmas, pour le portrait d’une énigmatique Julie, et Jean Paulhan, pour quelques malicieuses considérations sur la fidélité. Henri Meschonnic y explique les enjeux de la poésie de Paul Celan et Jean-Paul Savignac propose une nouvelle traduction du Songe de Scipion, de Cicéron. L’ensemble reflète effectivement un “autre temps” que renforce l’usage, pour lire cette belle revue, du coupe-papier. (Le nouveau commerce n° 100, Librairie Anima, 3 rue Ravignan, 75018 Paris, 159F).

 

Le Nouveau gong fait l’objet d’une édition exceptionnelle. François Creignou, son fondateur, avec Jean-Claude Guilbert et Raymond Canal, troisième “fidèle” disparu en 1992, propose l’heure des bilans. Née des effervescences de mai 68, dans “ce désir brûlant de passer de l’écrit latent à l’acte d’écrire avec les autres”, la revue Gong, au bout de trois numéros, devient Le Nouveau Gong. Puis prend son allure de croisière pour une quinzaine d’années! Cette “retranscription de trente livraisons parues de 1970 à 1985”  a ainsi pour sous-titre “une histoire sans fin”. Histoire commencée à Rouen où naquit le poète Jean-Pierre Duprey ici exhumé à bon escient par la publication d’un entretien accordé en 1958, peu de mois avant son suicide. D’autres entretiens, avec des représentants de lieux culturels rouannais (Théâtres de la Pie Rouge, des deux Rives, Galeries Déclinaisons, Traces), alternent avec dessins, poèmes, entres autres de Luc Richer, Michel Champendal ou du chanteur-compositeur Allain Leprest. Beaucoup de révoltes, de nostalgies; beaucoup de mots en marge. En fin de parcours, François Creignou s’interroge sur le devenir d’une telle aventure. Or il semble savoir que certaines questions demeurent sans réponse. (Le Nouveau Gong, Editions Médianes, 72 rue d’Amiens, 76000 Rouen, 120F).

 

Le Nouveau gong se plaît aux bilans. Comme l’écrit François Creignou, l’un de ses fondateurs ; « Sans le passé, quel présent et quel avenir pressentirions-nous ? » Voici donc un numéro « Devoir de mémoire ». Y sont regroupés des textes datant des années quatre-vingt. Des éditoriaux mêlent l’invective à l’affirmation d’être d’un « extrême ailleurs ». Dans un éphéméride, une dizaine d’auteurs font découvrir leur ville de Rouen. Des poèmes et de courtes nouvelles sont suivies de chroniques qui évoquent aussi bien la rentrée des classes que la mort de Jacques Brel ou le Goncourt donné à Modiano … (Le Nouveau Gong, Editions du Passe-Théâtre, 26 rue du Dr André Derocque, 76000 Rouen, 15 €).

 

Le Nouveau recueil explore “La mémoire des musées”, avec pour guide Jean-Michel Maulpoix. Une bonne douzaine d’écrivains contemporains y livrent l’émotion esthétique qu’ont pu leur procurer quelques œuvres d’art. Gérard Macé évoque La Muette de Raphaël, Jean Roudaut une anonyme Vierge à l’enfant, Marc Le Bot des fresques de Giotto (mais aussi les peintures de François Rouan), Baptiste-Marrey une enveloppe illustrée par Bonnard, Claude Dourguin Carpaccio et Venise, etc. Les ateliers de Courbet (les parisiens, comme ceux d’Ornans) y sont visités, de même que les passages couverts de Paris - lieux d’écriture, motifs littéraire et parcours métaphysique - de Balzac à Aragon, sans oublier Walter Benjamin. La revue comporte toujours une conséquente partie critique (théâtre, cinéma, peinture, littérature) et de création avec, entre autres, des poèmes du polonais Stalislaw Baranczak. (Le Nouveau Recueil n° 40, Editions Champ Vallon, 01420 Seyssel, 90F).

 

Le Nouveau recueil défend et défriche toujours le domaine poétique (Alain Duault, Antoine Emaz, Vahé Godel…) ou celui de la prose comme en témoignent au moins Benjamin Jordane et Denis Podalydès qui évoquent respectivement les terres du Grand Nord canadien et le tournage d’un film au bord d’une piscine. Chaque numéro s’organise autour d’un dossier. Le dernier s’intitule « Pourquoi publier », sans point d’interrogation, afin de se soustraire à « l’universel reportage » et de pallier « le vers rongeur de l’A quoi bon ». C’est ce qu’avance Jean-Baptiste Goureau qui a rassemblé une vingtaine de voix parmi lesquelles on retient l’humilité des romancières Yvette Z’Graggen et Constance Delaunay, l’intimisme d’Isabelle Rossignol, la mélancolie d’Olivier Barbarant, l’esprit d’analyse de Stéfan, Roudaut ou Desportes ou les odes à « l’absente » de Gérard Titus-Carmel et Jean-Michel Maulpoix. (Le Nouveau recueil n° 57, Editions Champ Vallon, 01420 Seyssel, 90F).

 

Le Nouveau recueil fait peau neuve, avec un dessin sur bandeau de Gérard Titus-Carmel en couverture. Avec une nouvelle rubrique intitulée « Tribune littéraire » inaugurée par Christian Prigent qui voit dans les événements new-yorkais du 11 septembre 2001 l’occasion de « penser les nihilismes » à l’ombre de Pascal. Avec un grand entretien par écrit dont l’honneur revient ici à Philippe Jaccottet pour notre plus grand bonheur tant ce poète lucide, modeste et chaleureux parle avec acuité de la traduction, des haïkus, de la métaphore, de Francis Ponge ou de Platon… Enfin sont maintenus la création poétique (avec l’hommage au Bengali Lokenath Bhattacharya) et un dossier central cette fois consacré à « L’amour du livre » par un octuor d’écrivains dont Jean Roudaut se référant à Mallarmé et avouant que « les livres sont des herbiers ». (Le Nouveau recueil n° 62, Editions Champ  Vallon, 01420 Seyssel, www.ifrance.com/NRecueil, 14 €).

 

Le Porte plumes livre ses “penchants sur la littérature du Sud-Ouest”. En accordant un long entretien à Renaud Camus, auteur de deux livres récents (Le Département du Gers - où l’écrivain s’est installé - et Pa, chez P.O.L), mais aussi au chanteur Bruno Ruiz ou aux éditeurs de Noir & Blanc. Un hommage à Kléber Haedens, des nouvelles, poèmes et notes de lectures témoignent en plus d’un bel esprit d’ouverture. (Le porte plumes n°3, 20 rue Notre-Dame, 31400 Toulouse, 15F).

 

Le Soigneur de gravité s'annonce avec prudence et humour comme un "irrégulomadaire à tendance semestrielle". Le deuxième numéro confirme en tout cas l'élégance et les arcanes du premier. Dans un format en hauteur, s'opère en effet un subtil mélange de graphismes, dessins et photographies (ici, entre autres, de Marc Gagnepain, sur des univers de rouages et assemblages métalliques) et de textes où une grande importance est accordée à leur forme tels les poèmes en courbes de Béatrice de Jurquet. On y lit aussi des fictions comme celle de Daniele Del Giudice sur la fameuse disparition en mer de Saint-Exupéry, parue dans Corriere de la sera. (Le soigneur de gravité n°2, 9 rue des Capucins, 69001 Lyon, 60F).

 

Le Trait, sous l’impulsion de Christiane Lemire et Olivier Renault, a l’ambition de « créer un espace et un temps de travail ouverts sur l’expérience de la pensée ». Sont proposées ainsi des réflexions sur l’athéisme, à partir du constat de son « absence juridique et silence dans le discours ». La liste est longue des accusés d’athéisme. Mais qu’ils évoquent Platon, à l’origine du mot, Voltaire, auteur d’Histoire de Jenni ou le Sage et l’Athée, Dante, Nietzsche, pour son célèbre « Dieu est mort », Heidegger ou Bataille, la plupart des participants se réfèrent avant tout à l’incontournable marquis de Sade! On notera un rapprochement inattendu entre les positions d’Hubert Aquin et P.P. Pasolini, ainsi qu’une passionnante conférence de Robert Richard sur l’Europe. Enfin les deux animateurs se sont entretenus à bâtons rompus sur le sujet avec Philippe Sollers… (Le Trait n° 1, 47 bis, rue Bénard, 75014 Paris, 85F).

 

José Lezama Lima (1910-1976) demande à être mieux connu. Aussi doit-on saluer l’important dossier que la revue Le trait lui consacre. D’entrée de jeu, Jacobo Machover lève « le masque baroque » de cet écrivain cubain « catholique déclaré, homosexuel (…) symbole d’une marginalité intellectuelle » dont il traduit ici un texte inédit: Pascal et la poésie. Benito Pelegrin, traducteur de ses poésies, tente avec rigueur d’exposer les « clés » de « cette écriture hautainement surdéterminée en culture », de même que Severo Sarduy ou Olivier Renault. Qu’elles renvoient à Hubert Aquin, Gongora ou Dante, toutes les contributions en tout cas se réfèrent au chef-d’œuvre de celui qu’on a surnommé le « Proust des Caraïbes », à savoir Paradiso (Points-Seuil n°604) qui, dit Vincent Vivès, « est un labyrinthe sans sortie, mais qui voudrait donc sortir du Paradis? » (Le Trait n° 5, 47 bis, rue Bénard, 75014 Paris,120F).

 

Le Trait a mené enquête en sollicitant écrivains, peintres et photographes sur deux phrases tirées d’Une saison en enfer et deLa lettre du voyant Nicolas Genka renvoie à ses lettres jadis expédiées à Jouhandeau, qui s’inspiraient de ces phrases et dont Cocteau se servit pour rédiger « La chambre des machines », une défense du roman interditL’Epi monstre ici publiée. Jean-Luc Steinmetz, auteur d’un récentLes Femmes de Rimbaud (Zulma, 49F), replace utilement ces phrases dans leur contexte. D’autres participants se réfèrent également à l’œuvre rimbaldienne (Cécile Guilbert, Philippe Forest…) mais la plupart se livrent à des digressions, du texte parodique ou poétique à de savantes études sur les femmes compositeurs ou les conceptions sadiennes deLa philosopohie dans le boudoir. Enfin on peut lire un extrait d’un roman inédit de Bernard Lamarche-Vadel, qui s’est donné la mort début mai (Le Trait n° 6, 47 bis, rue Bénard, 75014 Paris, 120F).

 

Le Trait s’interroge sur les enjeux du roman, « non comme culture ou marchandise, précise dans son introduction Olivier Renault, directeur de la revue, mais comme art. » Plusieurs écrivains et critiques tâchent de nous apporter leurs lumières, à commencer par Philippe Sollers qui condamne, entre autres, le roman familial (ou social). Vu le point de départ adopté, on ne s’étonne point de retrouver Lakis Proguidis ne jurant que par Rabelais (et son rire « de nature purement cognitive »), écrivain de référence également pour Guy Scarpetta dont la remarquable intervention rappelle que « la lecture des romans (des vrais romans) peut nous aider à mieux déchiffrer le monde. » Mais les oppositions radicales manifestées ici à propos de quelques auteurs contemporains (Muray ou Houellebecq, par exemple) prouvent que la vérité romanesque reste toujours discutable, la réflexion loin d’être achevée et le monde… déchiffré. (Le Trait n° 7, 47 bis, rue Bénard, 75014 Paris, 100F).

 

Le Trait propose un dossier sur les « affranchissements ». Un entretien avec Chantal Thomas permet de distinguer cette notion de celle de « liberté » à partir, notamment, de Sade et Genet. Sont également abordés Bataille, Swift, Maître Eckhart et bien sûr Casanova, dans une pertinente étude d’Olivier Renault montrant chez ce « libertin par excellence » comment se manifeste, dès le début d’Histoire de ma vie, sa « volonté d’affranchissement ». Notion qui renvoie aussi à l’esclavage (son refoulement en Martinique y est finement analysé ) ou à la musique free jazz… (Le Trait n° 8, 47 bis, rue Bénard 75014 Paris, 15.26 €).

 

Le Trait propose  un dossier sur l’écrivain italien Carlo Emilio Gadda (1893-1973). En l’absence d’une biographie en français et d’ouvrages posthumes non encore traduits (notamment Meditazione milanese) on trouve ici, pour la partie italienne, des textes de présentation de Gadda par lui-même à trois périodes de sa vie et un essai inédit en français de Pier Paolo Pasolini qui se veut le commentaire analytique d’un passage de La connaissance de la douleur (paru en 1963 et traduit en 1974). Mais aussi des études de Jacqueline Risset sur la lente découverte de Gadda en France et sur sa poésie, « expérience fondamentale qui produit dans l’œuvre le fragmentaire si caractéristique de Gadda », de Cécile Guilbert sur l’écrivain « politique » ainsi que de Jean-Paul Manganaro, traducteur, exégète, et Olivier Renault, directeur de la revue, sur son roman épique, comique et policier L’affreux Pastis de la rue des Merles où l’on découvre, d’après Jacqueline Risset, « une Rome différente de celle que l’on connaissait, que l’on avait appris à aimer. » (Le Trait n° 10, 47 bis, rue Bénard 75014 Paris, 16 €).

 

Le Travail de l’art donne la parole aux artistes de tous domaines (arts plastiques, littérature, cinéma, danse, musique, architecture...) et tous pays. Qu’ils soient contemporains, en pleine activité, ou disparus, mais aux textes non encore traduits en français, voire indisponibles. Se côtoient ainsi une réflexion d’Olivier Assayas sur l’actrice Maggie dans son film Irma Vep et “Le montage des attractions au cinéma” écrit par Eisenstein en 1924, l’année précédant la réalisation du Cuirassé Potemkine. Frédéric Durieux livre une analyse sur les rapports paradoxaux qu’entretiennent musique et texte dans ses œuvres vocales et Benoît Delbecq une signalétique d’articulation pour ses compositions. Une enquête de Jacques Imbert sur le regard critique porté par les poètes sur leurs écrits ou les considérations de Katalïn Molinar sur l’ “ékritur populèr” questionnent expression et langage. Les plasticiens Roman Opalka, Lygia Clark, l’architecte Alvar Aalto, la chorégraphe Yvonne Rainer complètent l’ensemble qu’illustrent des documents souvent inédits. (Le travail de l’art n°1, 4 rue Say, 75009 Paris, 75F).

 

Le Vilain petit canard n’est ni satyrique ni destiné aux enfants. Il s’adresse plutôt aux amateurs de philosophie et de lettres qui se retrouvent parfois dans un cercle ou café à prolonger  leurs écrits et penséesà l’oral, ou l’inverse. On y trouve, tous les trois mois et désormais chez les marchands de journaux; des poésies, des critiques théâtrales (Colombe, de Jean Anouilh), de courts essais philosophiques, des réflexions sur le bonheur, le savoir, l’opinion, des coups de cœur et de gueule, et des chroniques de livres... (Le vilain petit canard N°5, Editions Acofribas Nasier, 9 passage Cardinet, 75017, Paris, 10F).

 

Les Cahiers du Schibboleth continuent de rassembler des textes dont le premier air de famille n'est autre que la qualité. Ainsi cette nouvelle fantastique et caustique, La tête, de Georges-Olivier Châteaureynaud qui ouvre le numéro et les poèmes fantasques de Claude Aveline et Jean Lescure qui le ferment. Entre; d'autres poèmes de Hubert Haddad et Jean-Claude Pirotte, des proses de Marie Bronsard, Max Alhau ou Michel Ohl, et la réédition de Les Enfants d'Edom de Michel Fardoulis-Lagrange dont on peut lire respectivement aux éditions Dumerchez et Corti  Prairial et L'Inachèvement. (Les Cahiers du Schibboleth n°14, 40, rue du docteur Nancel-Pénard, 33000 Bordeaux, 78F).

 

Les Cahiers Henri Thomas, comme l’explique Frédéric Mangin dans son éditorial, succèdent aux 3 numéros du Migrateur qui devient bulletin de liaison trimestriel, conçu désormais pour être repris dans ces nouveaux et annuels Cahiers. Une belle livraison comportant une partie des premiers carnets de l’écrivain, qui n’avait encore rien publié en 1934, une étude de Jacques Borel sur sa poésie, une méditation de Roland Chopard (l’éditeur) sur ses rapports entre l’écriture et les circonstances existentielles, une nouvelle de François Boddaert, directeur des éditions Obsidiane fondées en 1978 par Henri Thomas et enfin une lettre d’Ernst Jünger (qu’il a tant traduit) accompagnée du récit d’un rêve extrait de son journal. (Les Cahiers Henri Thomas n° 1, Æncrages & Co, pré de la scierie, 88400 Xonrupt-Longemer, 100F).

 

Les Cahiers naturalistes proposent la publication des Actes du colloque "Emile Zola - Bilan et perspectives" qui s'est tenu en octobre 1991 à l'Université de Columbia. Une façon d'aborder les différentes facettes d'une étonnante personnalité; le romancier (dont se réclame d'ailleurs aujourd'hui Tom Wolfe) mais aussi le journaliste, le chroniqueur, le critique d'art et le photographe. On ne compte pas moins d'une vingtaine de participations traitant les rapports du texte avec l'histoire, les formes et les thèmes. Alain Pagès, le maître d'œuvre, qui s'intéresse pour sa part à l'Affaire Dreyfus, publie conjointement un Bilan critique tout à fait pertinent (Nathan Université, Coll.128, 49F) sur l'œuvre du susnommé Emile Zola (Les cahiers naturalistes n°67, BP 12, 77580 Villiers-sur-Morin,160F).

 

Jeanne Barré est la première femme à avoir fait le tour du monde, dans une expédition de Bougainville. Mme Hagen le révèle en 1899, dansLa Fronde, en démontrant que « la femme explorateur » a joué un rôle important dans la découverte de l’univers à travers ses voyages et ses écrits. Si Jeanne Barré n’a pas conté ses aventures, Rose de Freycinet, elle, les a confiées au talent de Jacques Arago (frère de François) et a donné son prénom à une île du Pacifique. Fanny Loviot a été chercheuse d’or en Californie, Lucie Delarue-Mardrus poétesse au Colorado. Bien d’autres femmes encore ont pris la plume pour dire ce qu’elles ont vu, ressenti, vécu (en Islande, au Maroc, au Yunnan...) Outre la présentation d’ouvrages peu connus, et la plupart du temps épuisés, des études abordent « l’exotisme au féminin » dans les œuvres de Bernardin de Saint-Pierre, Pierre Loti, Marguerite Duras ou Elsa Triolet... (Les Carnets de l’exotisme n° 1, nouvelle série, Le Torii éditions, BP 93 86003 Poitiers,100F).

 

Afin de parfaire leur approche thématique et pluridisciplinaire Les Carnets de l'exotisme se penche dans leur dernière livraison sur les rapports étroits longtemps (et encore) entretenus entre la bande dessinée et l'exotisme. Ce dernier reste "avant tout visuel avant d'être narratif" rappelle Didier Quella-Guyot qui, de Yellow Kid à Lob de la Jungle, retrace en introduction une évolution ouverte par les séries américaines remontant à ... la fin du XIXe siècle! Pim Pam Poum, Tarzan ou Flash Gordon préfigurent à leur façon ce "sentiment d'exotisme (...) indissociable d'un pressentiment de supériorité chez celui qui s'étonne" que  décèle Pierre-Yves Bourdil dans les "faux voyages" de Tintin. Le héros d'Hergé donne ici lieu à plusieurs approches et nombreuses références, loin devant les créations de Jean Ray ou de E.P. Jacobs dont Alain Buisine analyse Le Mystère de la Grande Pyramide comme la bande dessinée la plus  "antiplatonicienne". En marge de cet excellent et inattendu dossier; quelques escales dans l'océan indien en compagnie, entre autres, d'Axel Gauvin ou Edouard Maunick... (Les Carnets de l'exotisme, n° 7-8, Le Torii Editions, BP 93, 86003, Poitiers Cedex, 100F).

 

Après un  excellent numéro spécial consacré au poète Armand Guibert (1906-1990), Les Carnets de l'exotisme s'attache cette fois au nomadisme, et plus particulièrement au "regard nomade", à commencer par celui de ce pionnier de la photographie en couleurs que fut Jules Gervais-Courtellemont. Ami de Loti, premier Français de souche européenne à avoir accompli le pèlerinage à la Mecque, il portera surtout son regard vers le Yunnan tibétain au tout début du siècle. Si Marcel Lobet, académicien belge, s'est également tourné vers l'Orient par des études historiques et des contes dans l'esprit des Mille et Une nuits, Emile Zavie, un disciple du "Groupe de Meudan", semble, lui, ne s'être jamais remis dans ses romans d'une expédition militaire aux limites de la Russie et de la Perse, comme le peintre Louis Tinayre de la désastreuse campagne de Madagascar... Thierry 0zwald analyse de son côté les paradoxes du "parisianisme exotique" de Mérimée et Guy Dugas, à travers L'Amant et de récentes productions cinématographiques s'interrroge à juste titre sur ces "retours à l'Indochine". Enfin la revue offre aussi avec, par exemple, une étude de Gérard Siary sur le New York, récit urbain de Paul Morand, ou un beau texte de Jean-Luc Coatalem sur Goa, "Venise désabusée, géorgique et tropicale", une exploration des villes du bout du monde. (Les Carnets de l'exotisme n° 10, Le Torï Editions, bp 93, 86003 Poitiers Cedex, 90f).

 

Au moment où Voltaire conseille dans Candide qu' "il faut cultiver notre jardin" ("jardin d'Istanboul, évocateur du jardin d'Eden") la vogue de l'exotisme horticole rejoint la littérature en allant chercher au bout du monde "une mémoire nomade". Comme le rappelle Alain-Quella Villéger dans son introduction aux derniers Carnets de l'exotisme "les premiers jardins du retour furent botaniques, la science cédant vite aux charmes du rêve". On doit donc aux botanistes voyageurs présentés dans cette revue (de Michel Bégon, cousin de Colbert et "père" du bégonia ramené des Antilles, à Jean-René Quoy ou Aimé Bonpland, le "pêcheur d'orchidées") des jardins comme il en existe encore aujourd'hui, notamment à Rochefort, depuis trois siècles environ. Nadine Beauthéac, qui a dirigé cette livraison, analyse ici comment la découverte du monde, et surtout de la Chine, a influencé la décoration et l'architecture européennes dans tous les parcs princiers, puis dans les constructions privées du XIXème siècle. La pagode, le kiosque à musique, sans parler de la serre (Victor Hugo eut la sienne!) en sont les plus fréquents symboles et vestiges. Théophile Gautier évoque les serres de l'Exposition de 1867 et Pierre Loti (dont le pseudonyme est le nom d'un laurier-rose de Tahiti!) nomme "ma Sainte Mecque à moi" son éclectique jardin rochefortais. Claire Meyrat-Vol montre  que La Curée de Zola  est "le roman de la serre par excellence" et Arlette Bouloumié comment le jardin exotique, et surtout celui d'Hammamet, traverse les œuvres romanesques de Michel Tournier (Les Météores), Catherine Hermary-Vieille (Le jardin des Henderson) ou Christiane Baroche (Le Collier). Enfin ce passionnant travail est dédié au photographe François-Xavier Bouchart (1946-1993) dont un cahier de photos en couleur retrace ici le parcours "exotique" d'un paysagiste hors pair. (Les Carnets de l'exotisme n° 13, "Jardins du retour", Le Torï Editions, BP 93, 86003 Poitiers Cedex, 150F).

 

Orients extrêmes est le titre de la dernière livraison des Cahiers de l’exotisme . Il y est question de la Corée, encore mal connue en France. Frédéric Boulesteix rappelle qu’elle “fournit longtemps à la Chine le meilleur de son papier, au Japon le bouddhisme, le confucianisme et ses techniques céramiques”. De la Chine, également, avec l’évocation du Napolitain Gemelli Careri, premier touriste européen à pénétrer dans la Cité interdite (en 1696), les poésies d’Herbert Wild ou le portrait de George Soulié de Morant, romancier sinologue et acupuncteur protégé de Judith Gauthier. De l’Indochine, aussi, à travers les archétypes féminins qu’illustre une abondante littérature des années trente. Du Viet-Nam, à travers son premier chantre en langue vernaculaire, le poète Nguyen Trai. Du Japon, enfin, révélé par les Japoneries d’automne de Loti, un témoignage ethnographique de Claudel sur le tremblement de terre de Tokyo (1923) ou La Bataille de Farrère, roman inspiré du conflit russo-japonais. La plupart des intervenants et des pays abordés se retrouvent au sein d’un imposant dossier sur “Le Péril jaune”, véritable mythe, en un contexte historique précis, confronté de plus au “Péril blanc”, dénoncé par Luxun pour “ces fondements racistes et anti-patriotiques”. (Les Carnets de l’exotisme n° 15-16, Le Torii éditions, BP 93, 86003, Poitiers Cedex, 200F).

 

Emmanuel Roblès (1914-1995) a écrit que “ l’œuvre de Camus n’a pas connu cette épreuve dite du purgatoire, qui après une mort relègue dans un oubli plus ou moins long certains écrivains”. Pour peut-être conjurer ce purgatoire, Les Carnets de l’exotisme consacrent un numéro entier à ce “frère de soleil” de Camus et de ceux qui lui rendent ici un bel hommage. D’abord ses compagnons de l’Académie Goncourt, où il fut élu en 1973. Robert Sabatier évoque l’homme en qui “tout était chaleur, tout était jeunesse, espoir” et Michel Tournier le subtil romancier de Venise en hiver. Son traducteur américain ou le romancier Arturo Serrano Plaja, que Roblès a lui-même traduit, soulignent un rayonnement bien au-delà des frontières. Ne manquent que les témoignages de Bunuel, qui adapta Cela s’appelle l’aurore, ou de Visconti, que Roblès aida à l’adaptation de L’Etranger. Des inédits émaillent bien sûr ce numéro; poèmes, conférences ou nouvelles, dont la belle histoire de Laurence, “La folle”. De quoi inciter à se plonger dans cette œuvre avec, comme Roblès l’écrit lui-même, “ce désir de partir, n’importe où mais loin, ailleurs en somme”. (Les Carnets de l’exotisme n° 19-20, Le Torï éditions, BP93, 86003 Poitiers Cedex, 150F).

 

Les Carnets de l’exotisme proposent un « Retour à Segalen ». L’auteur des Immémoriaux a si souvent été cité au fil des vingt numéros précédents, qu’il méritait à vrai dire cette attention. C’est donc 90 ans après l’ Essai sur l’exotisme qu’on tente de montrer comment « en matière d’exotisme l’œuvre de Victor Segalen s’impose naturellement à qui veut comprendre tout l’enjeu de l’expérience voyageuse du réel. » Pour approfondir cette compréhension, plusieurs études défont quelques idées reçues en situant l’écrivain dans la Belle époque. On voit ainsi que l’œuvre et la démarche de Segalen ne sont pas si éloignées de celles de Pierre Loti; tous deux ont eu par exemple un « intérêt commun pour la Chine » et une même fascination pour « la nature mystérieuse et cachée de la Cité interdite de Pékin. » Et Alain Quella-Villéger, responsable de la revue, rapproche Segalen d’un autre officier de marine, Claude Farrère, dont il partagea, outre l’opium, une autre drogue commune, l’écriture. (Les Carnets de l’exotisme n° 21, Le Torï Editions, BP 93, 86003 Poitiers Cedex, 80F).

 

Les Carnets du gueuloir reprennent le flambeau du Nouveau Gong sous une autre forme et intitulation dues aux activités théâtrales de François Craignou, leur animateur. Trois numéros ont déjà paru, reflétant des connivences de longue date. Chacun est dévolu à un auteur. Pour Jean Verdure, deux textes de présentation et un entretien éclairent la démarche du poète, réfugié aujourd’hui dans les Cévennes. Pour Yves Barbier, plusieurs approches encadrent Esquisse pour un diwan de pierres. Enfin Jean-Pierre Duprey, né à Rouen en 1930 et mort à Paris pendu à une poutre en1959, donne lieu à un rappel biographique ainsi qu’ à l’exhumation de textes jadis publiés dans Le Nouveau Gong et des témoignages de Julien Gracq, A. Pieyre de Mandiargues ou André Breton, comme sa lettre en réponse à l’envoi de Derrière son double, paru en 195O au Soleil noir. (Les Carnets du gueuloir, Editions Médianes, 72 rue d’Amiens, 76000 Rouen, 50F).

 

Les Chouettes associe philosophie et poésie, sous la responsabilité de Jean Delord. On y trouve la transcription d’un entretien avec Cornélius Castoriadis, réalisé en 1996 (un an avant sa disparition) par Daniel Mermet, pilote de l’émission « Là-bas si j’y suis » à France Inter. Où il est question de la « montée de l’insignifiance », de démocratie et d’ « apprendre à s’autolimiter, individuellement et collectivement ». Et puis des textes sur la violence à l’école, les mensonges des médias, la langue tragique ou la beauté de l’éphémère… (Les Chouettes n°1, Association Pallas, 27 bis rue André Delieux, 31400 Toulouse. Abonnement pour 2 numéros et une lettre mensuelle; 95F).

 

Les Cris de l’hélikon regroupe sous une bannière à la Bobby Lapointe des auteurs, éditeurs, libraires et bibliothécaires décidés à défendre le livre de création. Face à la logique de marché, ce bulletin trimestriel oppose les propos d’Henri Poncet ou Baptiste-Marrey, un agenda de manifestations, des avis de parutions et moult informations de choix. Hélikoneurs, unissez-vous! (Les cris de l’hélikon n°1, 3 rue Ravignan, 75018 Paris, 20FF).

 

Les Épisodes apprécie les auteurs anglo-saxons. Et le prouve en leur consacrant de sérieux dossiers. William T. Vollmann succède donc à Jim Harrisson et Malcom Lowry. On connaît encore peu en France cet écrivain américain né en 1959 à Los Angeles, auteur prolixe et barroudeur que certains n’hésitent pas à considérer comme un héritier de Burrhougs, Hubert Selby Jr ou même Melville. Des textes critiques, notamment de ses traducteurs, en permettent ici une bonne approche, étayée par un entretien avec Vollmann qui affirme: « Garder une attitude honnête face à la beauté et la brutalité des autres a toujours été au centre de mes préoccupations d’écrivain depuis The Rainbow stories. » En attendant la traduction de ce titre, on peut découvrir ici des extraits de son premier opus, You Bright And Rising Angels (1987), et prolonger la découverte avec Les Nuits du Papillon, Treize récits & treize épitaphes ou Des putes pour Gloria récemment traduits en France. (Les Episodes N°6, La Double flûte, 33 rue Saint-Sébastien, 75011 Paris, 45FF. Abonnement pour 3 numéros 150FF).

 

Jack Kerouac, Bryon Gysin, William S. Burroughs sont réunis comme au bon vieux temps de la Beat Generation. Les lettres écrites dans les années 60 depuis Tanger à Kerouac et Ginsberg par le futur auteur du Festin nu respirent une liberté de ton et force peu communes. Celles de Gysin à Knoebber, ami de longue date, évoquent la bohème parisienne. Mais c’est le très long entretien (plus de 40 pages!) que Jack Kerouac a accordé à Paris Review chez lui, dans le Massachusetts, en 1967, deux ans avant sa mort, qui est un véritable morceau d’anthologie. Le style « spontané » de Sur la route, les haikus, le bouddhisme, la drogue, l’alcool, la notoriété, les amitiés, amours et la littérature (Genet, Goethe, Pascal…) s’y bousculent pour s’achever sur un festival d’étymologie patronymique. L’humour et les provocations de Kerouac y voilent beaucoup de sagesse, d’érudition et une sensibilité à fleur de peau. (Les Épisodes n° 9, 83 rue duFaubourg St-Denis, 75010 Paris, 60F).

 

Les Épisodes donnent, grâce à Jean-Luc Bitton, jadis complice de Raymond Cousse (1942-1991), des extraits inédits du Journal de Cousse (à qui on doit la redécouverte d’Emmanuel Bove mais aussi Stratégie pour deux jambons ou A bas la critique!) et une correspondance de ce dernier avec Samuel Beckett qu’il admire au plus haut point. Un Raymond Cousse angoissé, alcoolique, cleptomane, suicidaire, tendre parfois, féroce souvent, plein de respect pour un Beckett chaleureux mais distant qui lui écrit en 1976, depuis Tanger, « Si j’ai l’air de m’éloigner c’est uniquement de tout. » (Les Épisodes n° 18, 83 rue du Faubourg-Saint-Denis, 75010 Paris, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 10 €).

 

Les Hommes sans Épaules entame une troisième vie avec une parution semestrielle, un comité de rédaction - où l’on retrouve les Breton, Alain et Jean - et Alain Castets comme rédacteur en chef. Cette revue entièrement consacrée à la poésie propose toujours ceux qu’elle recense comme « porteurs de feu » (René Depestre et Roger Kowalski), des sélections de poèmes d’auteurs maison (Librairie-Galerie Racine), des inédits de Michel Baglin ou de magnifiques rééditions de Christian Bachelin. Un dossier est réservé à un éditeur de poésie qui répond à un questionnaire et choisit des textes représentatifs de son fonds. Guy Chambelland, dont Yves Martin est à coup sûr sa « plus célèbre découverte », se prête au jeu avec une passion hostile au « verbiage », mise jadis au service de Cocteau, Tzara ou Morand et aujourd’hui d’Alain Simon ou Alfonso Jimenez. (Les Hommes sans Épaules n° 10, Herminose 3, allée des Ormeaux, 92160 Antony, 80F).

 

Les Moments littéraires accueilleront journaux intimes, carnets de notes, récits autobiographiques ou lettres. Gilbert Moreau, directeur de publication, compte ainsi privilégier ce qu’il nomme dans son éditorial « l’instant de vérité ». Un entretien avec Philippe Lejeune apporte d’ailleurs sur les écrits intimes et « leur désir tout à fait normal de communication » des informations et perspectives opportunes. Sont également convoqués une vingtaine d’écrivains répondant à une enquête intitulée comme jadis dans la revue Littérature (en 1919-1920): « Pourquoi écrivez-vous? ». Aux pages choisies de Vigny, Borges, Buzatti, Gracq ou Léautaud viennent s’ajouter celles de Rezvani ( « pour rester en état d’insatisfaction - donc d’intensité de vie. » ) ou de Marc Trillard (« Pour oublier que je vais mourir »). On pourrait suggérer à la revue, afin d’explorer de nouvelles énigmes, de s’appuyer sur cette réflexion de Julien Gracq; « c’est plutôt le fait de cesser d’écrire qui mérite d’intriguer. » (Les Moments littéraires n° 1, BP 175 92186  Antony cedex, 100F).

 

Jean Giono (1895-1970) entretint une abondante correspondance familiale. Quelques lettres inédites à sa femme et ses filles, présentées par Sylvie Durbet-Giono et commentées par Béatrice Bonhomme, prouvent un goût de vivre au quotidien émaillé de considérations telles que: « Ce n’est pas difficile de créer des monstres: il n’y a qu’ à copier. Le difficile c’est de créer des anges: là il faut inventer sans modèle. » Giono manifeste une générosité de grand bonhomme qu’Allen  Ginsberg trouve de son côté chez Henri Michaux rencontré plusieurs fois à Paris et auquel il rend un hommage à Madras, en 1987, dans une dizaine de pages aujourd’hui traduites par Marthe Rebel, dans la même revue. (Les Moments littéraires n° 5, BP 175 92186 Antony Cedex, 75F).

 

Les Moments Littéraires propose un dossier autour de Gabriel Matzneff. Un portrait enlevé de ce « dandy » par Dominique Noguez  souligne chez l’écrivain « ce mélange paradoxal d’hédonisme flamboyant et de ferveur religieuse ». Une bienveillante et sérieuse étude de Marthe Rebel s’attache à son dernier opus, les Soleils révolus, journal 1979-1982 (Gallimard, 2001). Quant à Matzneff, il répond aux questions de Gilbert Moreau, animateur de la revue, sur ses démarches et préoccupations de diariste impénitent. Il livre d’autre part des extraits inédits de ses Carnets noirs, datés de 1985, où on peut lire que « C’est cela qui est fatigant dans l’amour “sentimental” : qu’après l’amour ce ne soit pas fini. » ( Les Moments Littéraires n° 7, BP 175 92186 Antony Cedex, 12€).

 

Les Moments Littéraires explore « l’écriture intime ». Après Gabriel Matzneff ou Jocelyne François, voici Serge Doubrovsky sur la sellette. Un « portrait amical » de Michel Contat retrace le parcours de l’universitaire sartrien devenu chantre de l’autofiction. Un entretien approfondit les liens entre éthique et autobiographie, histoire individuelle et collective, thèmes et mythèmes, rites et style d’écriture. Un extrait de Monstre, manuscrit de 2500 pages dont a été tiré Fils (Galilée, 1977), donne un aperçu de cette démarche singulière. (Les Moments Littéraires n° 10, BP 175 92186 Antony Cedex, Les.moments.litté Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 12€).

 

« Le pouvoir des écrivains ». Après une mise au point sur "L'érotisme et ses tabous" Les nouveaux Cahiers de l'Est s'interrogent aujourd'hui sur le pouvoir des écrivains et leur rôle dans les sociétés de l'Est en pleine mutation, en regard bien sûr de celles de l'Ouest, plutôt condamnées à l'immobilisme. Une longue étude de Michel Deguy tente en premier lieu d'aborder " l'indivision de ces modes d'être pourtant distinguables, celui de l'écrivain et celui de l'intellectuel". Une façon de revenir sur la notion d'engagement et d'analyser le paradoxe du  "pouvoir des sans-pouvoirs", proposé comme axe du dossier. Un questionnement qui ne laisse peut-être pas indifférents les écrivains russes, hongrois, tchèques, polonais ou roumains amenés à s'exprimer à sa suite mais qui ne répond pas non plus à l'attente implicite qu'il pourrait impliquer.  Les révélations d'un Mikhaïl Zolotonossov sur l'engouement des soviétiques pour Tarzan ou le "général" Dourakine au détriment de la littérature contemporaine traduisent un indéniable malaise de l'écrivain face à une déroutante réalité. Et si un Lev Rubinstein, interrogé par Hélène Henry, se félicite de "faire partie de ceux qui ont déboulonné le stéréotype", Miklos Meszöly se contente pour sa part de "rester à l'écart, mais à l'intérieur du cercle, passionnément; toujours prêt à l'infidélité pour sauvegarder l'équilibre dialectique". Dans l'ensemble, ces écrivains restent plutôt sceptiques et soulignent chacun à sa façon cette insignifiance qui leur est impartie et n'est pas si lointaine à vrai dire de la situation exposée par Michel Deguy. Poèmes et proses ici proposées attestent des cheminements de longue haleine (Emil Julis) ou d'une incroyable prolixité (Dezsö Tandori). Autant d'itinéraires à découvrir en gardant à l'esprit que les illusions restent toujours à dissiper. (Les Nouveaux Cahiers de l'Est, n° 3, P.O.L. ,110 F)

 

Légendes reste fidèle à quelques noms qu'elle propose régulièrement tels Alain Lévêque, Edith de la Héronnière ou Jean-Baptiste Niel, auteur du récent Ceci est mon sang (Julliard). Elle affiche également des affinités avec Lorand Gaspar (des notes sur la musique faisant suite à celles données l'an passé dans la NRF), Roger Munier (Invocation), ou prouve une volonté de traduire des textes rares d'auteurs connus (William Blake, par Pierre Leyris) ou qui le sont moins (l'Espagnol Gabriel Miro, par Yves Roullière). Elle donne enfin sa chance à de nouveaux talents comme Valérie Frantz ou Cyrille Fleishmann dont la nouvelle ici publiée, Rendez-vous au métro Saint-Paul, donne son titre au recueil paru au Dilettante (Légendes n°4, Laurent Fassin, BP 37 95222 Herblay Cedex,75F).

 

Légendes poursuit son excellente prospection des talents rares ou trop perdus de vue comme le dramaturge espagnol Lope de Vega dont Yves Roullière traduit ici des extraits de la troisème journée de La Dette satisfaite (1610) où Leonide préfigure dix ans à l'avance le Don Juan de Tirso de Molina. Un "récit ouvert" du Polonais vivant à Naples, Gustaw Herling, prend appui sur un cimetière de la région de Salerne. L'assyriologue et philologue Jean Bottéro exhume des chansons d'amour d'Assur (Iraq) , conservées au musée de Berlin, à partir de vers reproduits sur des tablettes cunéiformes vieilles de trois mille ans. On y retrouve entre autres les contemporains Alain Lévêque, Jean-Baptiste Neil ou Edith de la Héronnière parmi des gravures  du peintre suisse Gérard de Palézieux. (Légendes n°5, B.P. 37 95222 Herblay cedex, 95F).

 

Il faut saluer le volumineux cahier hors série “Les écrivains de la conscience européenne” élaboré sous l’initiative de Laurent Fassin, animateur de la revue Légendes. Entreprise unique en son genre, à notre connaissance, et ouvrage désormais de référence sur cette “petite presqu’île du continent asiatique” qu’est l’Europe, selon Hermann von Keyserling. Suite à un indispensable historique, se succèdent une vingtaine d’ ”appels” en faveur de l’Europe. L’échange épistolaire et symbolique entre Romain Rolland et Marie Curie (1919) ou L’Europe comme mission, de Vaclav Havel côtoient le Message aux européens de Denis de Rougemont (1948), l’article Du racisme d’Elie Faure et autres textes de Cioran, Victor Serge, Séféris... Viennent ensuite environ quatre-vingt portraits de personnalités très connues (Goethe, Conrad, Pessoa, Zweig, Soljenitsyne...) ou qui mériteraient de l’être davantage (Schulz, Curtius, Andric...), avec citations de leurs œuvres à l’appui. Une exposition, d’abord présentée à l’Abbaye de Royaumont, puis conçue pour être itinérante, prolonge ce travail exemplaire. La lecture des nouveaux Cahiers d’Europe, semestriels, et aussi volumineux, apporte bien des informations complémentaires. Des “partisans d’une Europe sociale (...) riche de ses cultures et de ses peuples” y soulèvent une question essentielle: “De la démocratie, que faire?”. Avec les réponses d’Edgar Morin, Jacques Lacarrière, Guy Coq, Sami Naïr, François George...(Légendes, “Les écrivains de la conscience européenne”, BP n°37 95222 Herblay Cedex, 150F. Pour l’exposition; La Troisième agence; 01 40 25 03 30. Cahiers d’Europe n°2, Ed. du Félin, 10 rue La Vacquerie, 75011 Paris, 155F).

 

Letras libres n’est autre que la revue mensuelle mexicaine qui prend aujourd’hui le relais de Vuelta, jadis dirigée par Octavio Paz. Textes littéraires et thèmes de réflexion sur les grands sujets de notre temps (les Chiapas, dès la première livraison) sont au programme, ainsi que les plus grandes signatures de langue espagnole. (Letras libres n°1, Presidente Carrenza 210, Coyoacan, México 04000, México DF. Abonnement pour un an et l’Europe, USD$95).

 

Liber, revue internationale des livres, est un supplément de seize pages de la revue Actes de la recherche en science sociales, également dirigée par Pierre Bourdieu. Sa dernière livraison est consacrée aux “intellectuels” que Bourdieu souhaite “arracher aux limites de leurs univers nationaux” et libérer de “l’idolâtrie des idiotismes culturels que l’on identifie trop souvent à la culture”. On y trouve des contributions traduites de l’italien, l’allemand, l’espagnol, l’anglais... Avec des comptes rendus de livres européens et des glossaires riches d’enseignement sur la perception des intellectuels (thème qui sera repris dans le numéro suivant). Actes propose de son côté un dossier passionnant sur “la musique et les musiciens”. Notamment en abordant les liens qu’entretient le style musical avec les enjeux politiques (que ce soit à travers les trajectoires de Grieg, Beethoven, le Groupe des Six ou tout simplement les divisions internes d’un orchestre). (Actes de la recherche en sciences sociales n° 110, Liber n°25, Editions du Seuil, 69F).

 

Ligne de risque s’affiche revue indépendante. Sous l’égide de Sade, Frédéric Badré, Yannick Haenel (directeur de la publication) et François Meyronnis ont conçu un questionnaire « pour savoir s’il existe encore un DESIR DE LITTERATURE chez les écrivains ». Trente-quatre d’entre eux répondent finalement oui, sans éviter pour la plupart l’écueil narcissique d’un tel exercice. Ecrivains, encore un effort! aurait pu conclure le divin Marquis. (Ligne de risque n° 6-7, 16 rue Lauriston, 75016 Paris, 30F).

 

Ligne de risque s’affirme désireuse d’apporter une réflexion en profondeur sur « ce qu’on nomme encore littérature. » S’y enchaînent donc des entretiens avec François Meyronnis et Yannick Haenel (sous l’ombre tutélaire et obsédante d’Heidegger). Philippe Sollers parle de la mort de Dieu et de « la haine du prochain envers le prochain », Jean-Jacques Schuhl, évoque la mode, Ingrid Caven et la Nouvelle Vague allemande, Mehdi Belhaj Kacem, lui, aspire à « l’immanéantisation », François Jullien, montre avec brio comment la Chine « peut, et doit, servir à penser », Maurice G. Dantec prône « un nouvel art de la guerre » et Marie Darrieussecq rend hommage à BLV (Bernard Lamarche-Vadel)… (Ligne de risque n° 15, 16, rue Lauriston, 75016 Paris, 50F).

 

Ligne de risque s’interroge sur la notion du mal dans notre monde contemporain où « le maléfique est devenu un PROCES MONDIAL » et où « la prêcherie humaniste s’écroule, exhibant son obscène nullité », comme le souligne dans leur éditorial Yannick  Haenel et François Meyronnis. Ils en appellent à « Déchirer le diable », titre de leur dernière livraison avant d’aborder dans la prochaine une « Vie et mort de la littérature ». Ils se réfèrent avant tout à la philosophie d’Heidegger que vont commenter tour à tour Gérard Guest, Philippe Sollers et Bernard Sichère en de complexes parfois mais passionnants propos. La littérature y est bien sûr à l’honneur avec des incursions chez Malcom Lowry, Sade ou Lautréamont. Avec aussi des extraits des ouvrages des deux animateurs intitulés Evoluer parmi les avalanches et L’Axe du Néant. (Ligne de risque n° 18, 10 rue Charles-Nodier, 75018 Paris, 7,50 €).

 

Lignes publie une conférence inédite de Georges Bataille datant de 1938 : « La sociologie sacrée du monde contemporain ». Sur une vingtaine de pages l’écrivain analyse les mouvements sociaux d’ensemble et le rôle de « l’homme entre mille ». Ce qui le mène à parler du travail, du militarisme, de la guerre civile. Troublant écho au passionnant dossier « Le Nouveau désordre international » où Jacques Rancière, Abdelwahab Meddeb et autres éminents philosophes tentent de « penser » la guerre américaine contre l’Irak. (Lignes n° 12, Editions Léo Scheer, 132 rue du Faubourg Saint-Denis, 75010 Paris, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 16 €).

 

Litterall expose les multiples facettes d’une jeune littérature « essentiellement urbaine et berlinoise » où « les sujets sont empruntés au quotidien » et où « l’authenticité fait sens » comme le souligne Nicole Bary dans son éditorial. L’« état des lieux » qu’en donne la critique littéraire Frauke Meyer-Gosau mérite le détour, qui se réjouit de ce que « le politique redevient un thème littéraire ». En témoigne l’ironique inédit Des Allemands de Georg Klein, mais bien d’autres contributions souvent extraites d’un premier roman comme celui, savoureux, d’Annett Gröschner ou, plus mélancolique, de Marcel Beyer. Les nouvellistes ne sont pas en reste avec Nikita (Tanja Dückers), La pucelle de Postdam (Wladimir Kaminer) ou Temps forts ( Maike Tetzel). Une génération née dans les années soixante, soixante-dix, plutôt prometteuse. (Litterall n° 12/13, Les Amis du Roi des Aulnes, 6 rue Lacharrière, 75011 Paris, 18 €).

 

Lunes est une revue trimestrielle d’information consacrée aux femmes. Articulée autour de quelques grands axes, on peut y lire des approches sur le nouveau « contrat d’union », les agricultrices ou les cyberfemmes. Des parcours, comme ceux d’Olympe de Gouges, voire Nicole Notat. Anne-Sylvie Hommassel y propose une étude sur les héroïnes de Wilkie Collins. En plus de chroniques et notes, une artiste invitée (Flavia Nasio) y présente son travail. (Lunes n° 4, 16 rue de la Petite Cité, 27000 Evreux, 90F).

 

Mai hors saison a une périodicité irrégulière, mais constante, depuis presque trente ans. Chaque parution répond à une nécessité qu’on aimerait souvent trouver ailleurs. Aux hommages rendus à Armand Robin, Francis Giauque, Paul Valet ou Dominique Labarrière, succède donc celui à Benjamin Fondane. Tout d’abord par des inédits; deux réflexions sur « la poésie comme exercice spirituel » et « la conquête du possible » ainsi qu’un troisième, où l’on découvre que « Je se sentit grelottant, mal à l’aise, incommodé d’être plusieurs ». Ensuite par un magnifique texte de Patrice Repusseau sur « ce poète majeur dénoncé comme juif à la police française avant d’être déporté puis gazé à Birkenau en octobre 1944. » En fait une profession de foi, troublante de sincérité, d’émotion et profondeur, accompagnée de poèmes dont la teneur entre en harmonie avec les voix d’Alain Roussel, Paul Valet, Nanao Sakaki, et les dessins d’un artiste aujourd’hui disparu, Jean-Eric Fouchault. (Mai hors saison n° 14, Guy Benoît, logement 1122, 1 place de la Résistance, 93 170 Bagnolet, 60F).

 

Marginales renaît après sept ans d’un silence lié à la disparition d’Albert Ayguesparse, son fondateur. Jacques De Decker a repris le flambeau de cette revue qui a « joué un rôle primordial dans les lettres françaises de Belgique ». Extraits d’œuvres en cours d’écriture (William Cliff, Henri Ronse…) et auteurs étrangers en première traduction française (le Russe Kouprianov, la Suédoise Marianne Jeffmar…) côtoient des inédits écrits sur un thème d’actualité. Après l’évasion de Dutroux et la coupe du monde de football, vient ainsi un dossier suscité par deux prénoms féminins; « Délit d’adultère, surtout de parjure, pour ce qui est de Monica; délit de séjour inautorisé sur un territoire, pour ce qui concerne Sémira. » Didier Van Cauwelaert, Pierre Maury, Caroline Lamarche et neuf autres auteurs se livrent à cet exercice périlleux mais permettant de « voir un peu plus clair dans le réel qui nous cerne et nous laisse si souvent perplexe. » (Marginales n° 232, Atrive 48, 4280 Avin, Belgique, 52 FF).

 

Midi, en mémoire de Jean-Marie Gibbal, Dominique Labarrière et Marie Engelmann, tous trois disparus, entretient le désir de faire lire des poètes rassemblés autour de peintres amis. Plus d’une vingtaine de signatures s’y côtoient, entre des tableaux en couleur de Rougemont (texte d’Arroyo) ou Denise Aubertin qui fait des « livres cuits ». On retrouve Eric Sarner, Hubert Haddad mais aussi Françoise Thieck et Favretto ou Jérôme Peignot, auteur de... « typoésies »... (Midi n° 3/4, 94 boulevard Flandrin, 75116 Paris, 50F).

 

Missives, revue de la société littéraire de La Poste et de France Telecom, pose dans un « numéro spécial », et avec le plus grand sérieux, la question: « La fin du rayonnement de la littérature française? » Une formulation remise en cause par Edouard Glissant ou Timothy Findley mais qui, grâce à une enquête minutieuse, suscite des propos riches d’enseignements de la part d’une trentaine d’écrivains de tous pays. Etudiants étrangers, enseignants, responsables institutionnels, éditeurs et critiques littéraires sont aussi de la partie. ( Missives, 6, impasse Bonne-Nouvelle, 75010 Paris, 75F).

 

Missives propose une superbe livraison « sur ce qui se passe dans le monde de l’art et de la littérature moscovites qui, comme le souligne Josette Rasle, responsable de la revue, a beaucoup changé depuis la perestroïka. » Des articles sur les arts plastiques et la photographie accompagnent un dossier coordonné par Andreï Lebedev  qui dresse un tableau des mythes, générations et conditions de la vie littéraire contemporaine et présente une dizaine d’œuvres marquantes. Suivent des poèmes de Kirill Medvedev ou Alina Vitoukhnovskaïa aux titres révélateurs (Tout va mal, Je n’aime pas l’Europe…), des nouvelles ou extraits inédits en français de Pelevine, Bitov, Aristov ou Metelitsa ainsi qu’un passionnant entretien avec Ludmila Oulitskaïa, prix Médicis étranger pour Sonietchka. (Missives, numéro spécial Moscou à présent, Société littéraire de La Poste et de France Telecom, 142, rue du Faubourg Saint-Denis, 75010 Paris, 12,20 €).

 

Missives a demandé comment peut-on être Chinois aujourd’hui à des écrivains chinois aussi bien du continent que des îles (Taiwan, Hong Kong) ou de la diaspora. Une façon d’explorer ce que Martine Vallette-Hémery appelle les « sinitudes », terme évoquant aussi bien les richesses d’une culture millénaire que ses complexités contemporaines. A l’exception du témoignage de Richard Chu (né en 1965 aux Philippines), traduit de l’anglais, et d’un extrait de La Mémoire de l’eau, roman de Ying Chen écrit directement en français (Leméac, 1992), la totalité des contributions, la plupart inédites, sont traduites du chinois. Et classées selon la géographie des lieux de naissance ou d’activité. La nostalgie du pays natal, le poids de l’histoire, la hantise du nationalisme, la remise en cause identitaire des minorités ethniques, le mandarin confronté aux dialectes et, comme l’affirme Ma Jian, jusqu’au cannibalisme, sont autant de facettes d’une culture cristallisée parfois en un objet très spécifique comme le kang (lit spacieux et chauffé) ou le bambou. Le tout superbement illustré par des artistes chinois du XXe siècle. (Missives, numéro spécial Sinitudes , Société littéraire de La Poste et de France Telecom, 142, rue du Faubourg Saint-Denis, 75010 Paris, 12,20 €).

 

Neige d’août a un sous-titre, « Lyrisme et extrême-orient », qui indique sans ambiguïté ses centres d’intérêt. Large place est faite à la poésie française actuelle tout comme à celle de la Chine ancienne (Su Dongpo, Li Qingzhao...), voire de la Corée et du Japon contemporains (Hwang Chiu, Hisashi Okuyama...). On peut y lire des témoignages étonnants de rescapés du communisme ou de la guerre, une étude de François Jullien sur « le pouvoir communicateur du vent comme propagateur de l’émotion » - dans la tradition poétique chinoise - ou d’Adrien Gombeaud sur « le corps comme mode d’expression nationaliste dans le cinéma coréen ». Mais aussi un surprenant entretien inédit de Michel Mitrani avec José Bergamin, réalisé dans les années soixante-dix, ou quelques Caprices du Napolitain Giambattista Marino, jadis coqueluche de la cour de Louis XIII... (Neige d’août n° 2 (La Morsure) et n°3 (Vent et ossature), BP 543, 58005 Nevers Cedex, 90F).

 

Neige d’août propose un échange entre lettres chinoises et françaises. Annie Curien, chercheuse au CNRS et traductrice, y présente l’ALIBI (atelier littéraire bipolaire) : deux écrivains, un Français, un Chinois, composent sur un thème donné commun un récit, traduit ensuite dans la langue de l’autre puis sujet à commentaires. Ying Chen et Antoine Volodine abordent ainsi « la survie » en un texte révélateur de leurs univers respectifs. L’une affirmant que « survie et vie sont inséparables », l’autre qu’il « entretient la confusion entre rêve et réalité… » Sont également « entremêlés » aux poèmes de Pascal Commère ou Fabienne Courtade ceux de la Chinoise Wu Zao (1799-1863), une nouvelle du Coréen Chu Yosop (1902-1970) tout comme un édifiant portrait de l’actrice Anna May Wong - actrice chinoise née en 1905 à Los Angeles - à qui Joseph Von Sternberg a offert son meilleur rôle dans Shangaï Express. (Neige d’août n° 8, BP 543, 58005 Nevers Cedex, 14€).

 

Neige d’août poursuit ses échanges entre lettres chinoises et françaises sous la houlette d’Annie Curien. Entre cette fois les poètes Yang Lian et Jean-Baptiste Para autour du thème de « la mort. » Des textes de Su Dongpo (1037-1101) évoquent son exil dans les Mers du sud (« Ici, je me sens depuis longtemps au-delà des haies, où veux-tu donc aller ? »). Les personnages de Cinq, première pièce de théâtre du Coréen Yi Kangbaek, né en 1947, (d’une œuvre jouée et éditée en six volumes), donnée ici dans son intégralité, vivent un autre exil dans la cale d’un bateau. Et James Sacré côtoie Ryoko Sekiguchi… (Neige d’août n° 9, BP 543, 58005 Nevers Cedex, http:/www.neigedaout.fr.tc, 14€).

 

Nioques annonce, pour sa dixième livraison, la cessation de sa parution aux éditions La Sétérée. En attendant que cette belle revue, composée en linotype et reproduisant souvent des travaux photographiques comme ici ceux d’Anne Parian, retrouve un éditeur et des subventions moins réduites, on peut partager les choix de Jean-Marie Gleize, son directeur. Avant tout de la poésie, avec entre autres Jacques Dupin, Claude Royet-Journoud, Jacques Roubaud ( Pour Six petites pièces logiques assez facétieuses) ou Alain Veinstein dont une suite de quatorze poèmes s’achève sur un distique qui en dit long: «Le mutisme frappe de misère/toute terre née du rêve.» (Nioques n° 10, La Sétérée, 4 rue de Cromer, 26400 Crest, 115F).

 

Nomad’s land, consacrée aux littératures et musiques contemporaines, se veut à thèmes. Le premier, “Ambiances”, s’ouvre à l’ambient music, définie par Brian Eno comme “une influence environnante, une coloration” ayant pour “but de faire naître le calme ainsi qu’un espace propre à la réflexion”. Eno est d’ailleurs cité par David Toop dans la mouvance de Pynchon, Philip K. Dick et J. G. Ballard dont on peut lire ici un extrait de Vermilion Sands ( indisponible) et un inédit Projet pour un glossaire du XXeme siècle; “Le téléphone”, par exemple, n’est autre qu’ “un monument dédié à l’espoir irraisonné qu’un jour le monde nous écoutera”. La plupart des textes, traduits de l’ anglais (Eno, Bryars, Toop) ou l’ allemand (Kemper, Szepanski), viennent combler un vide éditorial. En prime, Richard B. Woodward, parvenu à s’entretenir avec Cormac McCarthy, écrivain américain paraît-il insaisissable, dresse de lui un beau portrait qu’on peut lire en exclusivité. (Nomad’s land n° 1, 14 rue de Cotte, 75012 Paris, 70F).

 

Nomad’s land propose une façon originale de penser la musique de cette fin de siècle avec des textes surprenants. A commencer par un “inédit” de Gilles Deleuze, la retranscription d’un cours de Vincennes de1977. Au-delà des tics de langage d’une époque bien révolue, la réflexion du philosophe s’exerce, à partir d’un livre de Dominique Fernandez, sur la musique, la territorialisation de la voix, celle du contre-ténor ou du castrat, la différence des sexes, et sur des musiciens tels que Verdi, Wagner, Bizet, Mozart, voire Boulez ou... Dylan. Le dossier principal est consacré au rock allemand des années 70 dont Julian Cope dresse une brève histoire qu’illustrent Tangerine Dream, Klaus Schulze, Kraftwerk, Popol Vuh et autres figures de cette “musique cosmique”. Stockhausen, leur maître à tous, ouvre ce dossier avec un Manifeste à la jeunesse de 1968 qui n’a pas pris une ride. Enfin, retenons une intervention de Greil Marcus qui analyse brillamment, dans une perspective situationniste, le phénomène Michael Jackson des années 80. (Nomad’s land n° 2, 38, rue de la Colonie, 75013 Paris, 70F).

 

Nomad’s land augmente en volume, ce qui n’est pas le moindre compliment pour une revue consacrée aux musiques contemporaines. Une demi-douzaine d’études (toutes traduites de l’anglo-saxon) y aborde la culture noire. De l’esclavage des côtes africaines aux modes les plus modernes d’expression musicale. Robert Palmer explore les racines du blues. Greil Marcus s’intéresse à Sly Stone, figure du mythe de Staggerlee - un type de Memphis qui aurait tué un certain Billy lors d’une partie de cartes truquée -, « image primordiale de l’homme libre ». Miles Davis, les trois marginaux Lee Perry, Sun Ra et George Clinton, voire le Nègre blanc de Norman Mailer annonçant Elvis Presley et Mick Jagger, symboles de la « négritude blanche », sont aussi du dossier. Monde en noir et blanc, mais aussi en couleur avec les photos d’Ira Cohen et tableaux de Mati Klarwein, auteur de pochettes de disques célèbres. Monde riche également des biographies des Rolling Stones ou de Monndog, d’un traité d’Athanasius Kircher, des propos de Pierre Henry ou Maurice G. Dantec… (Nomad’s land n°4, Editions Kargo, 7 rue Edmond-Gondinet, 75013 Paris, 65F).

 

Paul Verlaine, né à Metz, passe ses vacances d'enfant à Fampoux, Lécluse, puis retourne chaque fois qu'il peut à Arras, dans l'Ardenne belge ou l'Artois. Autant reconnaître avec Pierre Querleu de la revue Nord' que le poète a un lien privilégié avec les paysages, monuments et même le patois du Nord de la France. Nombreuses sont les références à cette région dans son œuvre ainsi, bien sûr, qu'à la Belgique. Diverses approches, thématiques  ou stylistiques,  le confirment. On en apprend donc davantage sur ce Paul-Auguste Bretagne, à l'origine des relations Verlaine-Rimbaud, les tournées de conférences, le poème XXI de Sagesse, la prosodie, la misère grise et même... le logement de Verlaine! (Nord' n° 18, 73, rue Caumartin, 59000 Lille, 45F).

 

Béatrix Beck semble avoir une vie en deux temps, si l’on suit la  chronologie de Valérie Marin La Meslée qui pour la revue Nord’ a établi un dossier composé d’une dizaine d’études et d’un curieux poème inédit intitulé Foire. Cette fille de l’écrivain belge Christian Beck, qui entretint une correspondance avec André Gide - dont il est ici question - et disparut très jeune, est née en 1914. Marquée par les étrangetés et le suicide de sa mère, Béatrix Beck connaît des hauts et des bas jusqu’à se retrouver veuve en 1940, avec une petite fille. Son troisième roman du “cycle autobiographique”, Léon Morin prêtre, obtient le Goncourt en 1952, et sera adapté par Melville au cinéma avec Jean-Paul Belmondo et Emmanuelle Riva. Une fortune passagère qui n’exclut en rien maintes galères pour survivre et se faire naturaliser française (en 1955, après dix-huit ans de démarches). C’est au Québec, où elle enseigne, qu’elle rencontre Nathalie Sarraute, une admiratrice qui la considère comme “un écrivain de premier ordre”. Outre ce précieux témoignage, ceux de Raphaël Sorin ou Serge Koster éclairent des étapes importantes de son itinéraire. Notamment son passage de Gallimard au Sagittaire puis chez Grasset, pour entamer, d’après sa biographe, un “second printemps”. Les approches de Barny, Contes à l’enfant né coiffé, Cou coupé court toujours, Stella Corfou et Un(e) permettent de redécouvrir une œuvre dont la clé, selon Hugo Marsan, se trouve dans Noli. Alors que Béatrix Beck “écrit au bic un 26e petit livre à venir”. (Nord’ n° 28, 41 rue Béranger, 59000 Lille,50F).

 

Camille Lemonnier (1844-1913), animateur de nombreuses revues littéraires, auteur de quelque soixante-dix ouvrages, père fondateur du naturalisme et figure de proue de la littérature belge à partir de la publication d’Un mâle, en1881, mérite d’être mieux connu. Plusieurs articles de la revue Nord’ permettent donc de cerner cet écrivain et son influence dans ses rapports avec la peinture (notamment avec Courbet), la nature (son univers est la campagne, où s’opposent civilisation et mythes édéniques), la littérature (Barbey d’Aurevilly contre Zola) et la sexualité. A cet égard, Jean de Palacio analyse « la confusion des sexes » dans son  œuvre, et surtout dans Quand j’étais homme. Cahiers d’une femme (1907), où convergent naturalisme et décadence. Des préoccupations qu’on retrouve chez son compatriote Georges Eekhoud (1854-1927) ou Paul Adam, auteur de Chair molle (histoire d’une prostituée) condamné en 1885 pour « outrages au bonnes mœurs »... D’autres épigones, Léon Bocquet, Heurtebise (1935), ou Maxence Van der Meersch (Prix Goncourt en 1936 pour L’Empreinte du dieu) complètent ce tableau d’une époque où la liberté d’expression semblait plus grande à Bruxelles qu’à Paris. (Nord’ n° 30, 73 rue Caumartin, 59000 Lille, 55F).

 

Nord’ explore l’expression du Romantisme dans le nord de la France à partir des liens qu’ont pu entretenir avec cette région des poètes comme Lamartine, Sainte-Beuve ou Marceline Desbordes-Valmore. Une manière de relire La semaine sainte d’Aragon qui raconte l’épique exode royal de Louis XVIII en 1815 dans les plaines du Nord et montre, selon Agnès Piquel, « comment l’événement travaille l’individu et l’appelle à créer sa liberté ». Ainsi découvre-t-on Lamartine à travers, entre autres, ses convictions politiques. La revue publie d’ailleurs la joute polémique entraînée par ses ambitions à la députation de 1831. En alexandrins, s’il vous plaît! Quant à Sainte-Beuve, né à Boulogne, ou Marceline, à Douai, ne prouvent-ils pas dans leurs écrits que leur région y est toujours présente? Les études réunies ici par Christian Leroy dépassent en fait un tel constat. Et permettent « d’explorer les territoires romantiques du vers, de la prose et de la langue. » (Nord’ n° 33, 73 rue Caumartin, 59000 Lille, 65F).

 

Pierre Dhainaut ouvre la revue nord’ par un beau texte autobiographique. Premières lectures mythifiées, premiers vers brûlés, tout ce qui d’emblée fait figure de rêves et d’aventures amorce le portrait de ce poète né en 1935 que vient étayer une dizaine d’études de son œuvre. Plusieurs s’attachent aux notions de souffle et respiration, constantes du Poème commencé à Dans la lumière inachevée, recueils parus au Mercure de France en1990 et 1996. En sus des contributions de Max Alhau, Lucien Wasselin, Daniel Leuwers ou André Doms, on retiendra celle superbe de Jean-Yves Masson qui voit dans Dhainaut un proche de Rilke. (Nord’ n° 34, SLN, 73 rue Caumartin, 59000, Lille, 65F).

 

Pierre Herbart est un écrivain pour qui le Nord fut « un véritable paradis ou, plutôt, Herbart n’étant pas du tout croyant, une Arcadie. » C’est ce que développe une approche de son œuvre et sa vie à partir de deux thèmes essentiels ; « le roman familial et l’amour des garçons » . L’influence de la comtesse de Ségur ou l’importance accordée au sommeil sont des aspects moins connus. Et ses relations avec Gide, son anticolonialisme ou ses voyages en U.R.S.S autorisent, en effet, aujourd’hui, un regard nouveau porté à l’auteur de La ligne de force ou Histoires confidentielles. (Nord’ n° 37, 73 rue Caumartin, 59000 Lille, 65F.

 

Paul Gadenne (1907-1956) est lu dès Siloé, premier de ses sept romans, par Gaston Bachelard qui, rappelle Michèle Hecquet, « en accordant à deux reprises au jeune écrivain le voisinage de Rilke, (…) souligne et exalte la valeur poétique et la portée ontologique de son écriture ». Auteur assez vite oublié, il est redécouvert dans les années 70, notamment avec la publication posthume des Hauts-Quartiers, volumineux roman testamentaire dans l’ombre de Proust et Simone Weil. Didier Sarrou en présente des extraits inédits et montre que « c’est une nouvelle relation de l’auteur avec son œuvre que propose Gadenne ». Un excellent dossier où il est aussi question de ses romans La Plage de Scheveningen et L’Invitation chez les Stirl, de même que de ses Carnets ou de ses relations complexes avec le cinéma… (Nord’ n° 43, 73 rue Caumartin, 59000 Lille, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , 11€).

 

« Belgitudes ».Certaines revues littéraires prennent parfois la tournure d'un panorama anthologique. C'est le cas du dernier et triple numéro de Nota Bene dont les convictions et l'érudition d'Alain Bosquet en font une fois de plus un document incontournable pour prendre le pouls très contemporain d'un pays voisin aussi mystérieux que les contrées les plus lointaines ou les plus imaginaires. A l'exception de quelques noms qu'on aurait pu souhaiter y rencontrer, comme Francis Dannemark, Jean-Claude Bologne ou Eugène Savitzkaya, ces "Pages de Belgique" de Nota Bene contiennent ainsi plus d'une vingtaine d'auteurs dont, pour bon nombre d'entre eux, l'originalité, le talent et même la prolixité n'est plus à démontrer. Si la poésie y occupe une place prépondérante, nul ne s'en plaindra. On retrouve ainsi avec plaisir Jacques Izoard; à quelques brefs textes secrets il ajoute des proses autobiographiques entre rêve ironique et nostalgie. Et fait découvrir en plus, fidèle à ses généreuses habitudes, un nouveau venu, Serge Delaive, que l'on peut placer aux côtés de Karel Logist ou Carl Norac dans les espoirs les plus prometteurs. Troublant d'érotisme et de blasphème au sein d'un confessionnal est le Chemin de soi de Marc Baronheid; aux antipodes, la sagesse presque asiate d'un Werner Lambersy. La nouvelle occupe aussi une place de choix avec Dominique Rolin qui nous conte des amours de vacance belles à pleurer, Colette Lambrichs, à l'humour noir mais lyrique évoquant Michaux ou Jean-Luc Outers faisant L'éloge du genre, à savoir le plus difficile  pour ne pas dire le plus... mortel; l'éloge funèbre. Enfin place est laissée à la critique avec deux de ses plus brillantes plumes. Pol Vandromme parle de l' "allure morale" de François Nourissier, plus particulièrement dans son roman Un petit bourgeois. Pierre Mertens s'insurge, à propos de la réédition chez Circé de l'essai sur Kafka de Günther Anders contre "les rodomontades et les tartarineries pseudo-philosophiques", vouant aux gémonies à l'occasion le "réalisme critique" de Georges Lukacs. Et pour conclure l'inclassable Marcel Moreau, en guise d'expiation, d'incriminer les mots, "kystes stylés de l'esprit"! De la verve donc, pour cette "belgitude" plus vivante que jamais. (Nota Bene n° 41-42-43, Editions de La Différence, 149F).

 

Notes de lecture est un titre bien trop modeste et discret pour une entreprise, unique en son genre, qu’il convient de signaler et d’encourager. L’initiative en revient à une libraire, Josette Vial, qui désirait guider ses clients désorientés au milieu d’une déferlante production éditoriale dans le domaine des sciences humaines, sociales, et de la philosophie. La rédaction d’un bulletin trimestriel d’informations a donc été imaginée afin d’opérer un choix, ni exhaustif ni impératif, de plusieurs ouvrages autour d’un grand thème. Ce bulletin, acheté par un réseau de librairies de qualité, est ensuite mis à la disposition de lecteurs potentiels. L’originalité de la démarche est que ces comptes rendus, une dizaine environ, s’insèrent dans une réflexion d’ensemble, une sorte de parcours de lecture. Jean-Marc Mandosio, seul maître à bord, parvient par exemple, dans la dernière livraison, à explorer la notion de contrat social, partant d’un livre à succès de Viviane Forrester pour terminer sur les thèses de Guy Debord, analysant des livres sur l’économie contemporaine, la technocratie, la “violence urbaine”, la résistance, le terrorisme et l’Ecole de Francfort. Avec clarté et ouverture d’esprit, arguments et mises en perspectives historiques, ce bulletin, d’une trentaine de pages répond en tout cas à une attente extrêmement attentive. (Notes de lecture n° 3, Cluny-Sorbonne, 31 rue du Sommerard, 75005 Paris, 12F).

 

NRV, avec un sigle évocant en clin d’œil celui de la NRF, se veut le lieu d’expression d’une nouvelle génération “énervée”. Au-delà du jeu de mots, et d’une maquette naïvement déroutante, cette nouvelle revue trimestrielle propose à une dizaine d’auteurs sept à douze feuillets pour parler politique, littérature, société et autres sujets leur tenant à cœur. La tendance serait donc à la “révolution de velours” prônée par Frédéric Beigbeder, fondée sur “l’art et l’amour” (Nouvelle Réalité à Vivre?), avec cet humour qu’on retrouve par exemple, ô combien symbolique, dans la prose du sous-commandant Marcos. On y lance des anathèmes, développe des paradoxes, juge à l’emporte-pièce la littérature française, discrédite le chiraquisme, capitalisme et consorts, établit des listes de conduite, flirte avec le situationnisme, fait l’éloge de la traîtrise, provoque quelque peu avec un langage souvent cru, qui se délivre parfois même d’une syntaxe trop convenue. C’est tonique, en tout cas, à défaut d’être nouveau. (NRV n° 1, Editions Florent-Massot, BP 438, 75327 Paris Cedex 07, 59F).

 

NRV continue son combat, même si elle hésite, selon la formule de Frédéric Beigbeder, un de ses animateurs, “entre éclater de rire et fondre en larmes”. Contre les deux menaces que sont pour elle “le Front national et l’Affront international”, la revue tient à régler ses comptes. Ca tire dans tous les coins et l’ensemble, illustré dans le genre affreux, sale et méchant, ne manque ni de ferveur ni d’arrogance; des imprécations de Benoît Duteurtre contre la “non-gauche” aux propos acerbes sur la télévision de Christophe Tison, en passant par un entretien avec Serge Doubrovsky sur ses “livres monstres” ou un poème inédit de Charles Bukowski, extrait de Yeah Man! qui à lui seul résume le sordide bonheur de nos temps ici bien chamboulés. (NRV n° 3, Editions Florent-Massot, BP 438-07, 75327 Paris Cedex 07, 65 F).

 

NRV prône « sous les pavés la page » en compagnie de Frédéric Beigbeder et Benoît Duteurtre, afin de prendre des vacances. L’un nous entraîne à Roissy sur le mode interrogatif, l’autre à Etretat, sur fond de lutte des classes. Ils ont même commis tous deux un entretien avec Philippe Sollers qui concède « regarder les oiseaux et vivre nu sans se laver (sauf dans l’eau de mer) ». Chacun donne libre cours à ses fantasmes pour changer un tant soit peu de peau, le temps d’un voyage réel à Cuba (Ono-dit-Bio), imaginaire aux Seychelles (Fabrice Pliskin) ou destructuré à l’Aquaboulevard (Morgan Sportes). On aura compris que l’humour est de la partie, du noir de Dominique Noguez à l’érotique d’Alain Turgeon ou au désenchanté de Mathieu Térence. Il y a même des poèmes de François Taillandier et Michel Houellebecq! Les vacances en prennent un coup, non de soleil mais d’insolence. (NRV N°4, éditions Florent-Massot, BP 438-07 75327 Paris cedex 07, 65F).

 

Mahmoud Darwich, né en 1941 en Galilée, a connu l’exil dès l’âge de sept ans, note Gilles Ladkany qui, avec Pierre Grouix, a réalisé un beau dossier sur le poète palestinien. L’auteur d’Oiseaux sans ailes (son premier recueil, en 1960) a passé presque toute sa vie à l’étranger ; il a donc de quoi dire sur l’exil et tout ce qui s’y rattache dans de nombreux et foisonnants entretiens accordés en 1982 (à Beyrouth), 1995 (à Fontenay-aux-roses) ou 1999 (à Ramallah). Et Farouk Mardam-Bey, un de ses traducteurs, apporte de précieuses informations sur un itinéraire aussi riche que complexe. Ainsi qu’une quinzaine d’études inédites (Marc Kober, Dounia Abourachid) ou venant d’autres revues (Jean-Michel Maulpoix, Bernard Mazo) et notamment de la Revue d’Etudes Palestiniennes. Des poèmes de Mahmoud Darwich, traduits et commentés, dont certains extraits de ses derniers recueils, sont en plus accompagnés d’une anthologie de poèmes palestiniens. (NU(e) n° 20, 29 avenue Primerose 06000 Nice. 15 €).

 

Henry Bauchau accorde à Indira de Bie, à l’occasion de la parution de son journal Passage de la bonne graine (Actes Sud, 2002), des poèmes inédits et un remarquable entretien. Il y évoque l’enfance, la poésie (« art premier »), l’influence chrétienne, quelques écrivains (Jouve, Giono, Mallarmé…), l’importance du temps, du roman, de la prière (« pour moi, c’est une respiration »), des mythes grecs (Antigone et Œdipe) et voit notre époque écartelée entre beauté et laideur, technique et morale… Une approche spirituelle et philosophique qu’on retrouve dans la contribution fondée sur les travaux de Berdiaev et Sloterdjik de l’historien Franck Damour ou de Dominique Avon sur le « Choc des Civilisations » d’après Samuel P. Huntington. Sans parler des poèmes de José Bergamin, Jean Grosjean, ou des lavis de Bernard Alligan… (Nunc n° 2, Editions de Corlevour, 97 rue Henri Barbusse 92110 Clichy, 17€).

 

Otrante, revue « ouverte à toutes les tendances de l’art et de la littérature fantastique » propose un volumineux dossier sur l’œuvre de Claude Seignolle. Né à Périgueux en 1916, l’auteur de la Malvenue (réédité chez Phébus), a d’abord éprouvé une passion pour l’archéologie, puis l’ethnologie des campagnes à travers contes et traditions populaires. Parallèlement, il a composé une œuvre personnelle, ramifiée et complexe, analysée ici avec brio et empathie. Ainsi l’auteur de La Brume ne se lèvera plus se montre-t-il héritier de Nerval, celui de L’Oubliette d’Edgar Poe, etc. Au-delà des filiations, sont convoqués loups, loups-garous, vampires, sorcières et autres figures polymorphes des ténèbres qui hantent son univers. (Otrante n° 10, 218 rue Vulfran-Warmé, 80000 Amiens, 95F).

 

Informations supplémentaires

  • Editions: Le Magazine littéraire
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