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Portraits d'éditeurs de A à Z (1)

LE PORTRAIT DU MOIS (septembre 2002)

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Pierre-Jean Balzan, éditions de La Fosse aux Ours


Son arrière-grand-père était immigré italien, son grand-père berger, son père fonctionnaire. Rien ne prédisposait donc Pierre-Jean Balzan, né à Lyon en 1962, à devenir éditeur. Si son père était un grand lecteur ce ne fut pas son cas à lui, au moins jusqu’à l’adolescence. Le sport l’attirait davantage, notamment le rugby. Puis l’attitude change. Le lecteur devient boulimique : Flaubert, Maupassant, littérature américaine, récits de voyages... L’idée d’être éditeur se présente à vingt ans, mais n’oriente guère ses études. Histoire et droit public mènent notre homme vers la vie active. Et le mariage. Les enfants.  Des négociations foncières et fonctions dans l’urbanisme ne le satisfont pas. Ni des engagements de juriste et syndicaliste. A 33 ans, l’envie d’éditer revient, pour « ne pas avoir plus tard de regrets ». Secondé par sa femme, professeur de lettres classiques, il crée donc en 1997 La Fosse aux Ours, nom d’une place lyonnaise près de laquelle il habite et désormais travaille. Il commence avec deux livres, l’un français, l’autre italien. Et amorce une politique de défricheur. Très vite les premiers titres se retrouvent en poche. Mon grain de sable de Luciano Bolis, récit d’un partisan torturé par les fascistes, bénéficie de l’appui de Michel Polac et d’un succès de librairie. Ses origines familiales (Balzan vient de Balsano), la proximité géographique, le goût pour la langue (qu’il lit plus qu’il ne parle) poussent Pierre-Jean Balzan à explorer davantage la littérature italienne, plutôt délaissée par l’édition française. Chelli, Tommaseo, Montale, Ferrandino se succèdent dans un catalogue qui accueille deux auteurs phares ; le Sarde Sergio Atzeni (1952-1995), avec entre autre Le fils de Bakounine et Le Cinquième pas est l’adieu, ainsi que Mario Rigoni Stern, né en 1921, avec six livres ; les nouvelles d’En attendant l’aube se sont vendues à ce jour à plus de 7000 exemplaires. Ce qui n’empêche pas des incursions dans d’autres langues avec L’Enfant qui devint fou d’amour du Chilien Barrios ou les romans de l’Australien John Tittensor. Ni le soutien courageux du déroutant Alain Turgeon, des Cahiers de la Villa Gillet et, depuis peu, de l’ambitieuse revue italo-française Eutropia. Guidé par l’émotion, Pierre-Jean Balzan continue de franchir les frontières en se revendiquant « passeur de textes ».

(La Fosse aux Ours, 1, place Jutard, 69003 Lyon.)

 

LE PORTRAIT DU MOIS (mai 2000)

 

Patrick BEAUNE, éditeur savoyard.

 

On peut presque dire que Patrick Beaune n’a jamais quitté la Savoie. Qu’il y mène même une vie monastique. Ce qui n’est pas tout à fait faux pour deux raisons. La première c’est qu’il y est éditeur depuis vingt ans. La seconde, qu’il vit à Seyssel, sur le Rhône, dans... un ancien couvent.
Savoyard par sa mère, il naît à Aix-les-Bains en1952. Perd son père très jeune. Dernier rejeton de la famille, il se sent vite isolé à Lyon où il passe son enfance et fait ses études secondaires. A douze ans, avec ses premières économies, le gone s’achète le Larousse en 3 volumes, qui complète ses Tout l’Univers et autres encyclopédies. A cette passion du savoir s’ajoute celle de la fouille. On ne s’étonne donc pas de voir Patrick Beaune, après des études commerciales et d’archéologie à Paris, prendre en charge la revue Archéologia, sise à Dijon. Mais des fouilles à Seyssel, ancien port gallo-romain et lieu de culte paléochrétien, le poussent à s’y installer et à créer, en 1980, avec des historiens rencontrés sur place, les éditions Champ Vallon.
Le premier (beau) livre s’intitule le Photographe et le pharmacien. Le texte en est de John Berger, écrivain exilé dans la région dont on trouve aujourd’hui sept titres au catalogue parmi les poètes et prosateurs venus étayer un riche domaine littéraire; Robert Marteau, Anne Serre, Olivier Barbarant, Jude Stéfan… L’éditeur savoyard a su depuis convaincre plusieurs directeurs de collection afin de développer ses centres d’intérêt. Il fait ainsi paraître des ouvrages de sciences humaines, philosophie, histoire des techniques, architecture, paysages… Des études souvent très spécialisées, comme celles, par exemple, sur la psychanalyse esthétique. La collection « Des villes » de Luc Decaunes assure en quelque sorte, avec sa trentaine de titres (Paris de Julien Green, Rouen de Philippe Delerm, Venise de Frédérick Tristan…), un lien entre désir de connaissance et littérature. Un profond penchant pour la poésie s’exprime également, via Maulpoix et Millet, par les 50 livraisons de la revue Recueil, devenue en 1995 le Nouveau Recueil. Et par des essais sur Rimbaud, Michaux, Blanchot… qui font autorité. Tout ça à Seyssel. Chapeau bas, frère Beaune!

(Éditions Champ Vallon, 01420 Seyssel.)

 

LE PORTRAIT DU MOIS (avril 2000)

 

Christine BONNETON

 

Christine a la foi. Et Dieu sait s’il en faut pour faire des livres et vouloir en vivre. Surtout quand rien ne vous y prédispose. De plus, Christine n’est pas née sous une bonne étoile mais une bombe qui explose ce 18 août 1944 au-dessus d’Alès dans le Gard. Non loin de Chamborigaud, pays de Chabrol, où elle passe toutes ses vacances. Mais il y a aussi les études qui la mènent à Lyon puis Paris. Munie de licences ad hoc, elle enseigne ensuite l’anglais et le français, à Beauvais, où travaille son mari.
En 1969, Christine Bonneton revient à Paris avec sa famille déjà composée de trois fils. Elle étudie alors  l’ethnographie qui la passionne et entre presque par hasard aux Belles Lettres pour aider à constituer un fichier « clients ». De fil en aiguille, ou plutôt de fiches en dossiers, elle décide au bout de quelques années de fonder ses propres éditions. En 1977, tout en préparant une encyclopédie sur la Normandie, elle publie son premier livre: Les petits métiers des jardins publics. Face à l’accueil, l’année suivante, de son encyclopédie, dont l’originalité est d’accorder une large place aux littératures et langues régionales, elle développe une collection composée aujourd’hui d’une soixantaine de titres. Dix ans plus tard, l’amour des mots la pousse vers la publication d’un Dictionnaire du français régional de Normandie. Comme elle en vend deux mille en un mois, évidemment, elle en fait d’autres. Ce ne sont pas les régions qui manquent, ni les richesses de la langue! On en compte à présent une bonne dizaine, sans parler du Dictionnaire des couleurs de notre temps de Michel Pastoureau et autres petites merveilles langagières. Toute « esquichée » par ses envies, Christine Bonneton multiplie ses activités dans la vie comme dans les livres. Emue vraiment par toute une littérature régionale trop longtemps occultée, elle songe de plus en plus à la faire découvrir, à l’instar de ces Maîtres verriers d’un certain Maurice Fournier, de la Loire. La foi de Christine Bonneton, on le voit, soulève presque des montagnes et apporte toujours des bonheurs de lecture.

(Christine Bonneton éditeur, 17 avenue Théophile-Gauthier, 75016 Paris)

 

LE PORTRAIT DU MOIS (mai 2003)

 

Nicole Czechowski

 

Sa mère a eu Bachelard et Jankélévitch comme professeurs de philosophie. Mais a toujours préféré la littérature qu’elle a su faire aimer à sa fille. Née en 1953 à Paris, Nicole Czechowski, qui a gardé pour nom d’usage celui de son premier mari, a eu la chance d’aller à l’« école active » de la Source, à Meudon. Qui l’a initiée à la recherche des connaissances et au travail de groupe. A l’adolescence, un professeur lui fait découvrir la poésie ; Joë Bousquet, Henri Michaux… Elle en reste éblouie et entretiendra une longue correspondance par la suite avec lui. Au cours d’un voyage de vacances, elle découvre également Israël et se met à apprendre l’hébreu. Mais l’idée fixe de devenir décoratrice la pousse vers l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs. Diplômée en 1976, elle poursuit des études d’Histoire de l’art et enseigne.
C’est alors qu’un projet d’exposition sur le voile se transforme pour elle en livre sur L’Intime aux éditions Autrement qui l’engagent en 1983. A partir de là, Nicole Czechowski enchaîne la direction de nombreux ouvrages collectifs sur des thèmes variés ; Le dimanche, La délation, La mère, Deuils… En 1991, elle crée la collection « Morales » qui reprend toutes les vertus d’un point de vue historique, philosophique, métaphysique... 31 titres paraissent, de La Fidélité à La Sagesse, en passant par La Politesse ou La Tolérance. Elle dirige elle-même La Curiosité et obtient en 1995 le Grand prix des lectrices de Elle pour Le Respect. La même année, elle crée la collection « Diableries » où elle publiera une douzaine de romans anglais (une passion!) tels L’Héritière de Robinson de Jane Gardam ou Dans l’ombre de Zennor d’Helen Dunmore. Et, last but not least, c’est elle qui sera à l’origine de la publication du désormais célèbre Inconnu à cette adresse de Kressman Taylor.
En 2002, elle rejoint EDP Sciences, maison fondée en 1920 par Paul Langevin. Elle y crée et dirige la collection « Mot à Mot ». Où se confrontent autour d’un mot (L’attraction, La défense, La mémoire…) les sciences « exactes » et « humaines ». Après La Force, L’Evolution et Le Risque viendront L’Exemple et Le Vide. Nicole Csechowski égrène ainsi avec bonheur et patience ces mots qu’elle aime, explore et défend envers et contre tout. Et dessine au fil du temps une façon de lire, une ligne de vie.

(EDP Sciences, 250 rue Saint-Jacques 75005 Paris.)

 

LE PORTRAIT DU MOIS (janvier 2003)

 

Max Chaleil, entre Montpellier et Paris

 

C’est dans le Gard, qu’il est né, Max, en 1937. D’une famille de paysans descendus des Margerides au milieu du XIXe siècle. Toute une enfance au jardin, Max Chaleil ne l’oublie pas, lui qui le cultive encore, son jardin, en fin de semaine, quand les livres lui en laissent le temps. Mais l’avenir n’est pas sûr pour un fils de maraîcher, juste après-guerre. Mieux vaut aller à l’école, devenir professeur. Max Chaleil, de toute façon, adore lire, à commencer par ce qui lui tombe sous la main; Lamartine, Henri Bordeaux, René Bazin mais aussi le Petit Journal et le Rire où il découvre Caran d’Ache qu’il publie en… 2002.
Ses études le mènent à Nîmes, Montpellier - où il habite aujourd’hui - et enfin Paris en 1965 où il habite aussi et enseigne après une thèse sur Lautréamont. C’est au Old Navy, bar germanopratin, qu’il rencontre Adamov, Roland Castro et André Laude avec qui il écrit Le petit livre rouge de la révolution sexuelle. A partir de là, ses activités littéraires et éditoriales se multiplient. Chez Stock (où il édite Armand Farrachi, Claude Duneton), Balland, 10/18, Belfond (où il crée les fameux « Dossiers » Céline, Breton…) Il dirige la revue Entretiens (numéros sur Delteil, Vailland, Lautréamont…), les pages culturelles de Nouveau Sud, travaille pour la radio et la télévision. En 1977, il fonde avec sa femme Rosy et des amis les Presses du Languedoc. Pour revenir au pays et explorer le patrimoine régional. Plus de 300 titres à ce jour, dont la Guerre des Cévennes d’Henri Bosc, en six volumes. La littérature, bien sûr, y est présente, avec Max Rouquette et Joseph Delteil. Mais cela ne lui suffit pas. Max Chaleil crée en 1984 les Editions de Paris dont il confie la collection « Littérature » à son fils Frédéric. Une complicité manifeste pour défendre aussi bien Delteil et Rouquette que Jacobo Machover (L’an prochain à la Havane), ou des inédits et introuvables de Jules Renard, Huysmans (Marthe, histoire d’une fille), Thackeray, Swift, ou ce Journal de Grace Elliott préfacé par Eric Rohmer qui en a fait au cinéma l’Anglaise et le duc. Le romancier du Sang des justes et l’essayiste de Prostitution, le désir mystifié disent également que Max Chaleil n’en a jamais fini avec l’écrit et la lecture…

(Les Presses du Languedoc, 17 rue Rigaud, 34000 Montpellier. Les Editions de Paris, 54 rue des Saints-Pères, 75007 Paris.)

 

LE PORTRAIT DU MOIS (février 2003)

 

Alain Dag’naud

 

Comme son nom breton ne l’indique pas, Alain Dagn’aud est né à Le Plessis-Robinson, en 1949. Il passe son enfance et sa scolarité à Morsang-sur-Orge, dans l’Essonne. C’est dans le Parisien libéré qu’il apprend à lire dès l’âge de trois ans et dans le Petit Larousse à s’instruire, les années suivantes, grâce à sa lecture non linéaire mais exhaustive. Puis de fréquents emprunts à la bibliothèque municipale poussent le jeune Alain vers des livres « qui ne sont pas de son âge » comme l’Emile de Rousseau ou les Mémoires de Chateaubriand. De bonnes dispositions aux études le mènent à l’Ecole normale d’instituteurs de Versailles et à celle, « supérieure », de Cachan.
L’ agrégation d’histoire en poche, il commence dès 1974 à enseigner en banlieue parisienne jusqu’au jour bénit où il rencontre l’écrivain Claude Duneton. Ce dernier lui propose de le rejoindre chez Hachette pour œuvrer à une encyclopédie sur les saints. L’idée de déceler une réalité humaine derrière l’hagiographie le séduit. Fin de l’enseignement, début de l’édition et du journalisme. La vie des saints, dont il devient un éminent spécialiste, lui fait écrire L’almanach des bienheureux ainsi que plusieurs ouvrages et guides historiques. Il communique sa passion à Notre histoire, avec articles et mots croisés (rubrique qu’il tient depuis 1985) et au Monde où il donne des itinéraires de promenades sur les traces du passé. En 1992, il publie un Dictionnaire inattendu des citations et, avec sa femme Françoise, crée dans la foulée la société d’édition et de formation Alphom. C’est dans ce cadre que paraît aujourd’hui le 9èmeGuide de la presse, entreprise gigantesque ayant débutée en 1985 sous l’égide de l’OFUP (Office Universitaire de Presse). Les quelques centaines de fiches techniques et pratiques d’origine se sont au fil du temps transformées en un volume de douze cents pages qui sélectionne, présente et commente avec intelligence, érudition et humour 3500 journaux, magazines, revues et sites français et étrangers. Linguistique et littérature sont bien sûr au rendez-vous. Faut-il préciser que ce guide d’investigation est indépendant et unique en son genre ? N’en déplaise à sa modestie, le Dagn’aud, comme le Larousse, est désormais une référence et source de savoir.

(Le Guide de la Presse, Alphom, 206 rue La Fayette 75010 Paris)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Informations supplémentaires

  • Editions: Le Magazine littéraire
  • Date de parution: de 2000 à 2003